● Presse-Citron
📅 09/05/2026 à 10:00
« La course contre la montre est lancée » : plongée dans le combat mondial pour protéger les câbles sous-marin
Cybersécurité
👤 Mathilde Rochefort
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© Vismar UK / Shutterstock.com 0 Imaginez, en une fraction de seconde, que les paiements par carte bancaire s’arrêtent, les serveurs de Netflix s’éteignent et les communications militaires deviennent muettes. Ce scénario n’est pas hypothétique, c’est une réalité physique : aujourd’hui, 99 % du trafic internet mondial transite par des câbles sous-marins. Derrière l’image du cloud immatériel, notre civilisation numérique est littéralement branchée sur un réseau de 600 câbles qui jonchent les fonds océaniques. Car cette infrastructure vitale est d’une fragilité déconcertante. On dénombre environ 200 ruptures chaque année à l’échelle mondiale. En cause, principalement, des accidents liés à des séismes, des filets de pêche ou d’imposants navires : même blindés, ces fils de verre ne font pas le poids face aux gigantesques porte-conteneurs qui traversent les océans. Mais ce n’est pas tout, le sabotage volontaire étant désormais considéré comme une arme géopolitique redoutable. Et elle est bien réelle. En mer Baltique, le navire chinois Yi Peng 3 a été suspecté, en 2024, d’avoir sectionné deux câbles vitaux reliant la Finlande à l’Allemagne et la Suède à la Lituanie en traînant son ancre sur plus de 150 kilomètres. Au large de Taïwan, les câbles reliant l’île principale aux archipels de Matsu ont été rompus à plusieurs reprises par des navires de pêche et des cargos battant pavillon chinois. En Europe, les grands opérateurs télécoms accusent directement Moscou de vouloir détruire les infrastructures sous-marines pour semer le chaos. © Encyclopædia Britannica, Inc./Refugio Mariscal Les auteurs sont difficiles à identifier Si la menace est identifiée, la riposte, elle, est paralysée par un obstacle majeur. En effet, il est extrêmement difficile de prouver qu’un capitaine a agi sur ordre d’un gouvernement, et justement, les navires impliqués utilisent souvent des pavillons de complaisance, puis changent de nom ou de registre en quelques jours pour brouiller les pistes. « Ce défi de l’attribution paralyse la réponse de la communauté internationale », estimait récemment Jason Hsu, ancien législateur taïwanais, lors d’un témoignage aux États-Unis. Sans preuve irréfutable d’une intention criminelle, il est difficile d’engager des sanctions diplomatiques ou militaires. De quoi nourrir un débat intense entre les grandes puissances. D’un côté, les États-Unis considèrent que les coupures répétées sont des actes de sabotage délibérés visant à tester la résilience des alliés. Dans ce contexte, la menace russe et chinoise sur les infrastructures critiques est une réalité qui impose des mesures d’urgence et des sanctions ciblées. L’Europe, elle, est plus nuancée. En mars 2026, le service de renseignement finlandais affirmait que les récentes investigations en mer Baltique n’avaient pas trouvé de preuves formelles d’une activité étatique russe délibérée. Selon lui, une grande partie des dégâts proviendrait plutôt de la « flotte fantôme » russe, composée de navires vétustes, mal entretenus et manœuvrés par des équipages sous-formés. Ceux-ci multiplieraient les erreurs techniques non intentionnelles en tentant de contourner les sanctions internationales. © Shutterstock AI / Shutterstock.com La riposte : des câbles qui écoutent l’océan Cette situation fait naître une toute nouvelle industrie de défense sous-marine, notamment en transformant les câbles en microphones géants grâce au Distributed Acoustic Sensing (DAS). Cette technologie consiste à envoyer des impulsions laser à l’intérieur de la fibre optique, permettant aux opérateurs de détecter la moindre vibration à proximité. « Nous pouvons vous dire s’il s’agit d’un pétrolier, d’un bateau de pêche ou d’une vedette rapide », explique Zack Spica, cofondateur de Lumetec. Cette technologie vise à repérer un navire suspect même s’il a coupé son transpondeur pour agir en toute discrétion. La surveillance physique s’automatise aussi. L’entreprise Anduril Industries déploie désormais le Seabed Sentry, un drone sous-marin autonome capable de rester des mois au fond de l’eau pour patrouiller le long des infrastructures critiques. De son côté, l’OTAN a lancé en 2025 la mission Baltic Sentry, qui exploite des navires et des avions pour protéger les fonds marins européens. Objectif : saturer la zone de capteurs pour lutter contre l’impunité des saboteurs. © SpaceX Le « Repair Gap » Mais ces solutions ne permettent pas d’agir une fois que le câble est coupé. Car les experts alertent sur le « Repair Gap » : alors que le nombre de câbles explose pour soutenir l’essor de l’intelligence artificielle (IA), la flotte mondiale de navires câbliers, elle, fait du surplace. On compte moins de 60 navires spécialisés à l’échelle planétaire pour entretenir plus d’1,3 million de kilomètres de fibres. Pire encore, ils sont souvent anciens, lents et disposent d’agendas complets des mois à l’avance. En cas d’attaque coordonnée sectionnant plusieurs artères simultanément, le temps d’attente pour une réparation pourrait se compter en semaines, voire en mois. Cette pénurie représente un avantage stratégique pour l’adversaire, puisqu’il suffit de couper plus vite que l’on ne peut réparer pour isoler numériquement une région entière. Conscients du problème, les géants de la tech comme Google ou Meta financent désormais leurs propres câbles et évitent soigneusement les zones rouges comme la mer de Chine méridionale ou la mer Rouge, quitte à rallonger les distances et augmenter les coûts. Et si l’on pourrait croire que l’essor des mégaconstellations de satellites comme Starlink ou Amazon Leo pourrait remplacer les infrastructures sous-marines, les experts sont unanimes : le satellite est un excellent complément d’urgence pour l’armée ou le gouvernement, mais il ne pourra jamais remplacer la fibre. Les câbles sous-marins transportent des volumes de données colossaux, plus de 100 térabits par seconde pour une seule liaison. Un débit inatteignable pour les satellites. 99 % du trafic internet mondial dépend de câbles sous-marins vulnérables, dont la protection est devenue un enjeu de sécurité nationale. Entre sabotages suspectés et accidents de navires vétustes, l’impossibilité de prouver l’intentionnalité paralyse aujourd’hui la réponse diplomatique. Pour sécuriser nos données, les grandes puissances déploient des capteurs laser et des drones. 📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp. Opera One - Navigateur web boosté à l’IA Par : Opera Télécharger gratuitement À la unefibreinternet [ Source ] Sur le même sujet Pourquoi cette île gagne autant d’argent pour chaque site en « .ai » créé ? Le premier câble de fibre optique transatlantique a été arraché de l’océan : plongée dans une opération impressionnante Après 2 ans de galère, Starlink devient une option sérieuse en France pour accéder à internet Quel est ce mystérieux routeur qui promet un Wifi 3 à 10 fois plus performant ? 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