● BFM Tech
📅 09/05/2026 à 08:27
Comment des vidéos absurdes de Hitler bodybuildé et d’ovnis nazis servent de porte d’entrée à des récits suprémacistes blancs sur Tiktok
Géopolitique
La tendance Agartha transforme des idées radicales, parfois explicitement liées à l’extrême droite et à la mouvance suprémaciste blanche, en contenus viraux - BFM TechSous couvert d’humour ou de fantasy, la tendance "Agartha" recycle des imaginaires issus de l’extrême droite dans des formats calibrés pour les algorithmes. Une stratégie de diffusion plus subtile que la propagande classique, mais potentiellement plus efficace.81 ans après la mort d’Adolf Hitler dans son bunker, on ne s’attendait pas à le retrouver ailleurs que dans les livres d’histoire. Et pourtant, sur Tiktok, il apparaît désormais en Antarctique, sourire aux lèvres, corps de bodybuilder, en train de siroter une canette de White Monster. Le tout, sur la musique Down Under de Men at Work. Une scène absurde. Et c’est précisément pour cela qu’elle est redoutablement efficace.Cette vidéo générée par intelligence artificielle n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large sur les réseaux sociaux baptisée "Agartha". Selon ce mythe, une civilisation entière vivrait à l'intérieur de la Terre (creuse, évidemment, en espérant qu'elle ne soit pas plate en même temps, ce qui compliquerait beaucoup les choses). Il mélange également les thèmes suprémacistes blancs avec des vaisseaux spatiaux du Troisième Reich ou des ovnis nazis. Pourquoi pas, après tout…Le concept? Transformer des idées radicales, parfois explicitement liées à l’extrême droite et à la mouvance suprémaciste blanche, en contenus viraux, proches des codes de la science-fiction ou du jeu vidéo. Une manière efficace de faire circuler ces idées auprès de millions d’utilisateurs sans qu’ils ne s'en aperçoivent.L’extrême banalisation du bizarreDes chercheurs de l'Université des sciences appliquées de Neu-Ulm en Allemagne ont analysé plus de 43.000 vidéos liées à ces contenus, rapporte The Conversation. Selon eux, quatre mécanismes reviennent systématiquement.D’abord, le "camouflage esthétique". Car, sur Tiktok, il faut éviter tout ce qui ressemble de près ou de loin à un discours politique explicite. À la place, les contenus prennent la forme d’univers de science-fiction, de fantasy ou de fitness générés par IA. Paysages glacés, cités souterraines, corps sculptés, figures héroïques… tout est fait pour que l’image accroche. Résultat, cette idéologie est diluée dans ce qui semble être du divertissement. Surtout, cette technique permet de contourner les systèmes de modération automatisés.Deuxième levier: les codes cachés, ou "dog whistles". Des signes que la majorité des utilisateurs ne verra pas, mais que certains identifient immédiatement. Certains symboles ou chiffres circulent ainsi de façon récurrente, glissés dans des vidéos en apparence anodines. C’est par exemple le cas du lait cru, qui symbolise la suprématie blanche, ou du numéro "271", emblème de la négation de la Shoah.Parler le langage des algorithmesCertains signes, comme le Hakenkreuz (croix gammée) n’apparaissaient que pendant une fraction de seconde, façon signal subliminal. Parfait pour normaliser la présence de marqueurs d’extrême droite en ligne tout en désensibilisant lentement les utilisateurs.Troisième levier: les hashtags. Car ces vidéos ne restent pas dans des bulles fermées. Elles se greffent à des hashtags grand public, comme le gaming, le sport, l’humour ou la culture internet, pour apparaître dans des flux qui, à première vue, n’ont rien de politique. Viralité garantie.Certains contenus adoptent également une stratégie plus ciblée en misant sur les communautés potentiellement plus sensibles à ces messages. C’est par exemple le cas des adeptes du fitness et du "looksmaxxing", cette tendance qui propose des astuces, parfois dangereuses, aux jeunes hommes pour changer leur apparence et conquérir les femmes. Ici, l'enjeu est moins de convaincre que d’exposer.Dernier ressort: l’ironie comme couverture. C’est sans doute le plus efficace. Hitler en version bodybuildée buvant une boisson énergisante, figures de la pop culture détournées, scénarios volontairement absurdes… tout est construit pour pouvoir être lu comme une blague. Cette couche humoristique permet de rendre les contenus viraux tout en offrant une porte de sortie permanente. Car ce n'est qu’une blague, pas vrai?Zone grise de la modérationCombinez ces quatre techniques et vous voilà transporté dans un écosystème hybride, où cohabitent fitness, mèmes et idéologie radicale. Une vidéo peut ainsi associer des corps sculptés, des références à des célébrités comme Logan Paul ou Mads Mikkelsen, et des symboles extrémistes sans que l’on y prête attention. La musique joue aussi son rôle. Le morceau Down Under de Men at Work revient fréquemment comme bande-son ironique de ces mondes imaginaires.Ces vidéos ne franchissent pas toujours les seuils de modération. Elles restent souvent dans une zone grise. Certes, elles sont dérangeantes. Mais elles restent légales. Et c’est précisément cette ambiguïté qui fait leur force. Ni totalement explicites, ni totalement neutres, ces contenus circulent facilement, notamment auprès d’un public jeune, attiré par l’esthétique, qui peine parfois à repérer les sous-entendus.Pour les chercheurs, "Agartha" n’est pas seulement une énième tendance virale. C’est un modèle de fabrication de contenus extrémistes calibrés pour les plateformes. Des vidéos courtes, esthétiques et optimisées pour l’engagement... souvent bien plus efficaces que des vidéos classiques de propagande.Dans cet univers, les frontières entre humour, culture internet et idéologie deviennent poreuses. Et parfois, au détour d’une vidéo de musculation ou d’un mème absurde, l’idéologie d’extrême droite refait surface, transformée en décor de science-fiction.Les plus lusBoris Vallaud quitte la direction du Parti socialisteGuerre au Moyen-Orient: une marée noire détectée au large de l'île de Kharg, principal terminal pétrolier de l'Iran"Un puissant symbole de résilience, de liberté": un pasteur américain se justifie après avoir béni une statue dorée de Donald TrumpChambres retournées, extincteur vidé…. Des joueurs de l’OM sont-ils partis en vrille lors de la dernière soirée de la mise au vert à la Commanderie?Un maire du Nord agressé et blessé en marge d'une cérémonie du 8-Mai, un suspect interpellé
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