● Courrier International 📅 08/05/2026 à 16:00

La vraie histoire du V de la victoire

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Winston Churchill en avril 1945 devant le 10 Downing Street. Qui a inventé le symbole du V de la victoire ? Une histoire qui convoque un homme politique belge, Victor de Laveleye, la BBC et Beethoven, raconte la presse belge. Phoot Pictorial Press Ltd/Alamy Symbole. La vraie histoire du V de la victoire 8 mai 2026 Deux doigts levés. “C’est l’un des symboles les plus connus du monde”, observe la BBC. “Il vous évoquera peut-être les hippies et leur peace and love, ou le geste d’un farceur qui s’invite sur une photo de groupe. Mais au départ, il avait un tout autre sens”, raconte le média public britannique. Quelle est la véritable histoire du V de la victoire ? On le doit à un Belge, Victor de Laveleye, un politicien libéral qui s’est exilé en Angleterre lorsque les nazis ont occupé son pays, en 1940, écrit le journal belge De Standaard. À Londres, il prend la tête de Radio Belgique, une antenne qui, avec l’appui de la BBC, s’adressait aux Belges en français et en néerlandais pour leur donner du courage et les tenir informés de la guerre. L’équipe londonienne de Radio Belgique, en septembre 1944 (photo issue d’une plaquette de la BBC). Victor de Laveleye est en bas à gauche. PHOTO BBC/WIKIMEDIA COMMONS Radio Belgique “faisait contrepoids à Radio Bruxelles, qui était, elle, entièrement aux mains des collabos”, rappelle De Standaard. En janvier 1941, c’est de Laveleye qui a eu l’idée d’utiliser la lettre v comme signe de ralliement et d’opposition aux nazis. Au micro, il a invité ses auditeurs à s’en emparer. Le V avait l’avantage de fonctionner dans les deux langues, puisque c’est la première lettre de “victoire” en français et de vrijheid (“liberté”) en néerlandais. Et d’être très facile à reproduire, relève le journal belge. Il s’est répandu en Belgique, aux Pays-Bas et dans le nord de la France, puis ailleurs en Europe. Une vitrine de robes Garry’s Gowns arborant le V de la victoire, dans les années 1940, . Photo Alamy On l’a vu peint sur des murs, gravés sur la carrosserie de voitures allemandes, mais aussi évoqué “de façon plus inventive, relève le quotidien flamand : une allumette pliée, une assiette où fourchette et couteau étaient placés en forme de V”. C’était une manière de s’encourager et d’envoyer un message clair aux Allemands : “L’écrasante majorité de la population occupée n’attend qu’un signe de faiblesse de votre part.” Le V s’est aussi répandu en Grande-Bretagne, territoire qui échappait à l’occupation. En juillet 1941, on l’a même vu esquissé par le Premier ministre Winston Churchill, qui en a fait “sa marque de fabrique”. Le symbole s’est à tel point imposé que le 8 mai 1945, jour qui verra la capitulation nazie, sera désigné comme le V-Day, le “jour de la victoire”. Si l’idée vient d’un Belge, la BBC a joué un rôle important dans la diffusion du V, en lui donnant une traduction rythmique. Winston Churchill célébrant la victoire le 8 mai 1945 depuis le balcon du ministère de la Santé britannique. Photo War Office official photographer Major W. G. Horton/IWM/WIKIMEDIA COMMONS L’antenne britannique s’était mise à ouvrir “tous les bulletins radios à destination de l’Europe occupée par trois points et un tiret”, l’équivalent en code morse de la lettre v, explique De Standaard. Il se trouve que cette rythmique (ta-ta-ta-taaaam) correspond aux quatre premières notes de la Symphonie no 5 de Beethoven. Symphonie qu’“on s’est mis à jouer partout dans les territoires occupés”, relate la BBC. “L’ironie de l’affaire ne pouvait échapper à personne, pas même aux nazis : le compositeur allemand le plus célèbre utilisé comme symbole de résistance. Ils pouvaient interdire le V – ils l’ont d’ailleurs fait. Mais interdire Beethoven ? Ç’aurait été aller trop loin.”— Carole Lyon À lire aussi : Expo. L’“art dégénéré” : comment la répression de l’art par les nazis résonne avec Trump À lire aussi : Histoire. “Enola Gay”, l’embarrassant bombardier de Hiroshima À lire aussi : Vidéo. Face à la menace de troisième guerre mondiale, la Gen Z choisit le rire
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