● Courrier International 📅 07/05/2026 à 18:14

Autour de Poutine, le pouvoir se fissure et la peur gagne le sommet

Géopolitique
Illustration
Le président russe, Vladimir Poutine, lors d’une réunion consacrée aux mesures de sécurité pour les élections législatives de 2026, à Moscou, le 28 avril 2026. Photo Mikhail Metzel/REUTERS Ce n’est pas encore une “rébellion”, mais plutôt un changement de ton. Dans The Economist, un ancien haut responsable russe signe un texte au titre alarmiste : “Vladimir Poutine perd son emprise sur la Russie”. L’article, écrit depuis la Russie, est accompagné de la formule “sale temps à Moscou”. Selon l’auteur, les hauts fonctionnaires, gouverneurs et hommes d’affaires ne disent plus “nous” lorsqu’ils parlent de la guerre ou des décisions du Kremlin. Ce qui était encore l’an dernier “notre” guerre, “notre” agenda, “notre” projet commun, deviendrait désormais “son” histoire – celle de Vladimir Poutine. À lire aussi : Interview. “Un seul peuple, un seul État, un seul chef” : comprendre la fabrique idéologique du pouvoir russe Ce changement lexical, prévient l’auteur, laisse entendre que le régime aurait perdu “sa mainmise sur la définition de l’avenir”, tout en conservant “la peur, l’inertie et la répression”. L’invasion de l’Ukraine, lancée en 2022 pour préserver le pouvoir, l’enfermerait dans une impasse provoquée par quatre facteurs : “le coût croissant de la guerre”, qui pèse désormais sur toute la société ; le besoin de règles plus claires pour protéger les fortunes des élites russes, contraintes de régler leurs conflits en Russie depuis la rupture avec l’Occident ; l’affaiblissement des leviers géopolitiques traditionnels de Moscou ; et un durcissement idéologique qui exige la loyauté sans garantir d’avenir. Poutine, estime l’auteur, peut réprimer davantage, voire lancer une nouvelle guerre, mais “tout ce qu’il fait pour préserver son pouvoir ne fait qu’accélérer son déclin”. Cette usure du système se traduirait également, selon The Washington Post, par des tensions de plus en plus visibles au sommet de l’appareil russe. FSB vs technocrates Le quotidien américain décrit des “fissures” dans l’élite russe, sur fond de guerre interminable, d’économie dégradée et de restrictions numériques de plus en plus impopulaires. Selon le journal, les tensions se cristallisent notamment entre l’administration présidentielle, autour de Sergueï Kirienko, membre clé de la colonne vertébrale technocratique du régime, et le FSB, service du renseignement russe, “où Poutine a bâti sa carrière”. À lire aussi : Russie. Les hommes dans l’orbite de Vladimir Poutine Les coupures d’internet, justifiées par la crainte de frappes de drones ukrainiens ou de mobilisation antigouvernementale irriteraient jusqu’aux milieux pro-Kremlin les plus connectés, écrit le Washington Post. “Une bataille acharnée pour le pouvoir est en cours”, lâche dans les pages du journal Ilia Remeslo, propagandiste qui a longtemps travaillé avec Kremlin, œuvrant notamment à la diffusion de fausses informations contre des opposants politiques, avant de désavouer publiquement Poutine en mars dernier. Et il ajoute : “Poutine ne dispose pas d’un seul sbire à sa solde. Ils sont tous en concurrence les uns avec les autres.” Une source proche du dossier, interrogée par le Washington Post, compare même la situation aux luttes internes de 1996, avant la réélection de Boris Eltsine, lorsque les “plus radicaux” prônaient la loi martiale et le report du scrutin pour maintenir Eltsine au pouvoir, tandis que les “oligarques” préféraient financer et “contrôler” sa campagne électorale. “S’accommoder d’une nouvelle réalité” C’est dans ce climat de nervosité publique – consécutif à l’intensification de frappes ukrainiennes visant, de plus en plus loin dans le territoire russe, des raffineries et des terminaux pétroliers ainsi que des bâtiments proches de Moscou – que s’inscrivent les révélations de Vajnye Istorii, média d’investigation indépendant, mais aussi celles du Financial Times et du site de CNN, lesquelles s’appuient sur un rapport attribué à un service du renseignement européen. Ce dernier affirme que le Service fédéral de protection, le FSO, a fortement renforcé les protocoles de sécurité autour du président depuis le début du mois de mars. Poutine et le Kremlin craindraient “des fuites d’informations sensibles, un complot interne ou un coup d’État, voire une tentative d’assassinat par drone mené par des membres de l’élite politique russe”. À lire aussi : Défense. Russie : autour de la résidence de Poutine, un bouclier antiaérien en pleine expansion En conséquence, écrit Vajnye Istorii, le FSO aurait réduit certains déplacements présidentiels – délaissant notamment des résidences habituelles de Moscou et du Valdaï –, banni les téléphones portables connectés à Internet pour les proches collaborateurs et installé des systèmes de surveillances chez les cuisiniers, les photographes et les gardes du corps du président. Ce même rapport associe Sergueï Choïgou, ancien ministre de la Défense devenu secrétaire du Conseil de sécurité après la rébellion avortée du chef de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, à un risque de coup d’État en raison de ses relais dans l’armée. CNN tempère toutefois, y voyant une possible stratégie européenne pour miser sur un “effondrement de l’intérieur” de la Russie. Alors que le soutien américain s’essouffle, les services du renseignement auraient de “sérieux intérêts” à feindre une paranoïa au Kremlin. Cité par l’agence de presse Tass, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rejeté jeudi 7 mai les informations relayées dans les médias internationaux sur un éventuel coup d’Etat en Russie, affirmant que ces allégations, fondées sur un “prétendu rapport du renseignement européen”, ne sont “absolument pas fiables”. À lire aussi : Russie. Viktoria Bonya, mannequin et porte-parole inattendue des “gens ordinaires” auprès de Poutine “Poutine passe 70 % de son temps à gérer la guerre, confirme enfin une source qui connaît le président au Financial Times. Les 30 % restants, il les passe à rencontrer [des personnes comme] le président indonésien ou à s’occuper de l’économie.” Andreï Kolesnikov, politologue installé à Moscou, le compare à “la nouvelle sculpture de Banksy à Londres [un homme brandissant un drapeau qui recouvre son visage] – il ne veut rien voir ni rien entendre”. “Il n’écoute que les services du renseignement, qui contrôlent désormais tous les aspects du quotidien, et espère que la population s’en accommodera comme une nouvelle normalité.” Aruzhan Yeraliyeva Tensions Russie-Europe Europe Société Sur le même sujet Succession. Comment l’État russe s’emploie à constituer sa nouvelle nomenklatura Guerre. En Russie, des célébrations du 9 Mai sous haute surveillance : “Vous devinez pourquoi” Cinéma. 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Je participe → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. Je tente ma chance →
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