● BFM Tech
📅 07/05/2026 à 17:25
Entre manoir hanté, "mouton", milliards et menaces physiques: la deuxième semaine du procès entre Elon Musk et OpenAI prend des airs de saga tragi-comique stupéfiante
Géopolitique
Après plus de dix jours de procès, les esprits d'Elon Musk et de Sam Altman se sont échauffés. Le premier a attaqué le second pour sa gestion d'OpenAI, qu'ils ont cofondés, et le tribunal a pour mission de savoir si l'entreprise derrière ChatGPT s'est détournée de sa mission première et a dévoyé son intention originelle.L’avenir d’OpenAI et des centaines de milliards de dollars sont en jeu. Depuis deux semaines, le procès qui oppose Elon Musk à son ancien allié Sam Altman plonge la Silicon Valley dans une guerre ouverte où s’entremêlent ambitions personnelles, rivalités industrielles et révélations embarrassantes.Elon Musk reproche à son rival de l’avoir trahi en transformant OpenAI, qui était à l’origine une fondation à but non lucratif quand les deux hommes l’ont créée en 2015, en société commerciale avec l’aide de Microsoft. Pire, Sam Altman aurait profité de cette mutation pour capter un avantage industriel majeur dans la course à l’IA.L'affaire donne surtout lieu à de nombreux échanges entre les différents géniteurs du projet et lève le voile sur ces nombreuses informations, plus ou moins personnelles, ce qui permet très concrètement de jeter un œil aux coulisses de ce qui est aujourd'hui l'une des plus puissantes entreprises de la planète IA.• OpenAI fondé sur une partie de Dota 2Pour comprendre le conflit qui oppose OpenAI à Elon Musk, il faut revenir à la naissance d’OpenAI. Greg Brockman, un autre cofondateur de la start-up, explique que tout a commencé grâce à un jeu: Dota 2. Le titre, développé par Valve, permet à un bot d'OpenAI de se faire la main. Et en août 2017, il réussit à remporter des parties face à des joueurs professionnels, l'une d'elles lors d'un événement spécial à Seattle.Face à cette prouesse, Elon Musk envoie un mail à Sam Altman, Greg Brockman et Ilya Sutskever, annonçant qu'il souhaite s'associer au futur d'OpenAI. Au lendemain de leurs échanges, le trio sera même invité à fêter ça dans son luxueux manoir - hanté, selon lui - à 30 millions de dollars et situé dans les hauteurs de San Francisco: "C'était un moment de célébration", évoque Brockman.• Créer une ville sur Mars grâce à OpenAIMais entre août 2017 et février 2018, tout bascule. Au fil des discussions, Elon Musk aurait tenté d'obtenir "le contrôle total" de l'entreprise, selon Greg Brockman.Les choses vont très vite s'envenimer lorsqu'il faut diviser le capital et qu'Elon Musk en veut pour son argent. Il réclame 62% pour disposer de "80 milliards de dollars pour créer une ville sur Mars", précise-t-il.• Des Tesla pour faire plier ses partenairesAfin de convaincre ses partenaires d'abdiquer en sa faveur, Elon Musk va tenter de les amadouer en offrant à chacun d'entre eux une voiture de son entreprise, Tesla. Si Elon Musk se défend d'avoir cherché à les convaincre par ce biais, Greg Brockman estime, au contraire, qu'il s'agissait de leur faire accepter "une clause de contrat défavorable".Quand on connaît ce qu'il s'est passé par la suite, le cofondateur précise malicieusement aujourd'hui avoir "au moins" reçu une Tesla sans dépenser un sou.• Une réunion violenteA la fin du mois d'août 2017, la lune de miel entre les quatre cofondateurs vole en éclats. Le 29 août, lors d’une réunion décisive, Sam Altman, Greg Brockman et Ilya Sutskever refusent la demande d’Elon Musk de prendre le contrôle majoritaire de la future entité commerciale de l’entreprise. Le milliardaire se serait alors mis dans une colère noire: "J'ai cru qu'il allait me frapper", admet Greg Brockman. Si finalement, rien ne se passe, Elon Musk annonce qu'il va stopper son financement.• OpenAI aurait pu devenir une filiale de TeslaElon Musk ne se laisse pas abattre et tente un ultime tour de passe-passe pour reprendre la main. A l'automne 2017, Greg Brockman explique que le milliardaire aurait eu l'idée glorieuse d'intégrer OpenAI à Tesla. Il décrit cette demande comme "une tentative désespérée" qui laisse le trio perplexe.• "C'est notre seule chance de sortir Elon"Sans accord et dos au mur, ces trois cofondateurs d'OpenAI cherchent un moyen de se débarrasser du quatrième, d'Elon Musk. Les notes de Greg Brockman sont sans appel: “C’est notre seule chance de sortir Elon”, écrit-il.Au fil des derniers échanges avec le milliardaire, Greg Brockman en est convaincu: Elon Musk va tenter de construire sa propre start-up dédiée à l'IA. Et avant même qu'il n'arrive à trouver comment évincer Musk, ce dernier quitte définitivement ses fonctions chez OpenAI en février 2018.Le temps aura néanmoins donné raison à Brockman: en 2023, Elon Musk annonce la création de xAI, une entreprise qui donnera naissance à Grok, une IA décrite comme "non politiquement correcte".• Pas de place pour "les moutons"L'idée de disposer d'une IA qui ne répond à aucune règle de sécurité remonte à bien avant la création de xAI. Dès son discours de départ d'OpenAI, Elon Musk aurait expliqué qu'il fallait "rattraper Google" et que cela n'avait aucun sens d'être "un mouton" suivant des règles de sécurité que "le loup (Google)" ne respectaient pas, révèle Greg Brockman.• Quand xAI a utilisé ChatGPT pour s'entraînerL'autre révélation de ces premiers jours de procès, c'est l'admission, par Elon Musk, que ChatGPT a été utilisé pour entraîner Grok. S'il s'agit d'une pratique courante dans l'industrie, cela montre néanmoins qu'en dépit des nombreuses critiques du milliardaire, les modèles d'IA d'OpenAI étaient suffisamment bons pour être utilisés.Elon Musk a expliqué qu'un tel entraînement avait été réalisé mais "en partie" seulement. Pour OpenAI, c'est une petite victoire. L'entreprise dénonce la distillation des modèles depuis longtemps: en janvier 2025, elle accusait Deepseek, une IA chinoise qui avait bousculé l'industrie, des mêmes pratiques.• Une offre de rachat surprenanteElon Musk n’a d'ailleurs jamais vraiment abandonné l’idée de récupérer OpenAI. L’homme d’affaires et plusieurs partenaires ont tenté de racheter les actifs de l’entreprise l’an dernier pour près de 100 milliards de dollars. Une partie du témoignage sur cette offre a toutefois été supprimée par la juge faute de preuves directes impliquant Sam Altman.• Elon Musk est "un idiot"Mais ce procès est avant tout une guerre d’égo entre deux anciens amis. Devant la cour, et interrogé en premier, Elon Musk n'a pas mâché ses mots à l'égard d'OpenAI: "J'ai été l'idiot qui les a financés gratuitement pour créer une start-up," explique-t-il à la barre.Il raconte avoir donné 38 millions de dollars au départ, qu'il n'a jamais réclamé, avant de promettre un don d'un milliard. Si OpenAI confirme avoir reçu la première somme, elle dément la seconde, insistant sur le fait qu'il n'avait versé "qu'une fraction" de cette somme. Une fois sur le départ, rappelons que l'entrepreneur a créé sa propre start-up dédiée à l'IA, xAI, qui gère notamment Grok.• Sam Altman "pas digne de confiance"Rien d’étonnant pour Elon Musk puisque Sam Altman "n'est pas digne de confiance". Pire, il serait même "un danger considérable pour le monde entier".• Les 30 milliards de Greg BrockmanEt Greg Brockman ne serait guère mieux. Dans un ancien email présenté au tribunal, il annonce vouloir faire un don personnel à OpenAI en 2015. Finalement, il ne l’a jamais fait. Forcément, l'avocat d'Elon Musk n’a pas manqué d’utiliser cet argument pour attaquer sa crédibilité morale.Au passage, il n’a pas hésité à insister sur le fait que Greg Brockman n’avait jamais personnellement investi dans OpenAI. Pourtant, le cofondateur détient aujourd’hui une participation évaluée à près de 30 milliards de dollars. Une manière pour la défense du milliardaire de remettre en cause la prétendue mission philanthropique d’OpenAI.• Les revirements d'Elon MuskCe que dit le procès, c'est aussi qu'Elon Musk aurait tout simplement changé d'avis régulièrement. Selon la défense d'OpenAI, l'entrepreneur n'aurait jamais vraiment décrit les géniteurs de ChatGPT comme une "organisation caritative volée". Il aurait attendu de lancer son propre concurrent pour le faire, réclamant au passage 130 milliards de dollars et qu'OpenAI redevienne une fondation à but non lucratif.Des documents laissent toutefois transparaître que dès les débuts de l'aventure, Elon Musk aurait reconnu que l'organisation à but non lucratif n'était pas viable et ne permettait pas de récolter les fonds nécessaires à son développement.• Ralentir la concurrenceAvant le début du procès, OpenAI a, de ce fait, souhaité clarifier certains propos d'Elon Musk. Selon l'entreprise, la plainte de son ancien associé résulte en fait d'un problème "d'égo et de jalousie". Elle l'accuse en outre de vouloir "ralentir la concurrence". Car si le procès tourne en sa faveur, cela pourrait considérablement nuire à OpenAI et favoriser, de fait, d'autres solutions... dont celles d'Elon Musk.• Une image fissurée face à la sélection du juryC'est ce dernier point qui a fait que le procès aurait pu dérailler dès le départ. Le 27 avril 2026, lors de la sélection des neuf jurés - dont le verdict sera consultatif, la juge Yvonne Gonzalez Rogers ayant le dernier mot - la difficulté aura été de trouver des personnes n'ayant pas une opinion trop négative ou positive du milliardaire.• Des SMS étrangesIronie de l’histoire, toute cette histoire aurait pu ne jamais exister. Deux jours avant l’ouverture des audiences, Elon Musk a envoyé un SMS à Greg Brockman pour lui proposer de régler l’affaire hors tribunal. Lorsque ce dernier a suggéré que les deux camps abandonnent leurs poursuites respectives, Musk aurait répondu. "D’ici la fin de cette semaine, vous et Sam serez les hommes les plus détestés d’Amérique." Le milliardaire a le don pour mettre l’ambiance…• 150 milliards de dollars de dommages et intérêtsMaintenant que le procès à bel et bien démarré, l’homme d'affaires sud africain réclame 150 milliards de dommages et intérêts. Il demande aussi que Sam Altman soit écarté du conseil d’administration.Au-delà des dommages financiers, Elon Musk cherche à faire annuler la structure “for profit” adoptée récemment par OpenAI afin de revenir à l’organisation non lucrative d’origine. Une décision qui serait une aubain pour xAI...• "Le fondement de la philanthropie" en danger?Elon Musk estime que ce procès pourrait faire jurisprudence, et ce, qu'importe le verdict final. S'il est en sa faveur, cela permettra d'éviter, selon lui, que d'autres ne viennent "piller un organisme de bienfaisance".Si en revanche, ceux qu'il accuse sont déclarés non coupables, Musk explique que cela "ouvrira le voie au pillage de toutes les organisations caritatives aux Etats-Unis".Des mots très forts, mais que l'avocat d'OpenAI, Bill Savitt, a balayé d'un revers de la main en traitant le milliardaire d'hypocrite. La défense de l'entreprise explique qu'Elon Musk n'aurait tout simplement pas supporté la réussite d'OpenAI, utilisant une promesse de don d'un milliard de dollars à la fois pour prendre le contrôle d'un succès de la Silicon Valley, mais aussi comme levier de chantage.• A la fin, c'est la bourse qui gagneDans cette affaire, il y a néanmoins l'éléphant dans la pièce qui n'a jusqu'ici pas encore été débattu: l'entrée en bourse d'OpenAI. Depuis plusieurs mois, l'entreprise dirigée par Sam Altman boucle des levées de fonds pour rassurer les investisseurs. Elle est aujourd'hui valorisée à 852 milliards de dollars. Mais si le verdict de ce procès est en sa défaveur, cela coupera toute possibilité d'introduction en bourse.Et dans le même temps, Elon Musk doit aussi mener à bien un projet similaire. Pour ce faire, il a fait absorber xAI par SpaceX, son entreprise spatiale et de télécommunication par satellites dans le but de regrouper ces deux activités et de préparer une entrée en bourse géante. A elles seules, la "co-entreprise" est valorisée à l'heure actuelle à plus de 1.250 milliards de dollars.A plus d'un titre, ce procès fleuve risque de créer des remous. Et qu'importe le verdict: il s'agit sans aucun doute d'une première étape qui pourrait durer des années. Il faudra néanmoins constater à quel point cela impactera les projets futurs d'OpenAI, qui espère toujours être rentable d'ici 2030, et vise dans le même temps l'IAG, une intelligence artificielle pensant comme un humain.Dossier : OpenAI, cette société qui révolutionne l'intelligence artificielleIl se rêvait en big boss d'OpenAI, il voulait en faire une entreprise lucrative... 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