● BFM Tech 📅 06/05/2026 à 18:25

"Cet article n’aurait jamais dû être publié": relayée en masse, une étude vantant les effets de ChatGPT sur l'apprentissage a été rétractée un an après sa publication

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Une étude vantant les mérites de ChatGPT à l'école a été retirée en raison de nombreuses incohérences - BFM TechPubliée en 2025, une étude affirmant que ChatGPT améliorait les performances des élèves a été retirée pour incohérences méthodologiques. Mais ses conclusions, largement diffusées dans des revues scientifiques et sur les réseaux, continuent d’alimenter le débat sur l’IA en éducation.Une étude a été brandie comme preuve que ChatGPT pouvait améliorer les résultats scolaires… avant de disparaître discrètement. Près d’un an après sa publication, un article scientifique qui vantait les bénéfices du chatbot d’OpenAI sur l’apprentissage des élèves a été rétracté par son éditeur, Springer Nature. Ce dernier invoque plusieurs "incohérences" dans l’analyse et un manque de confiance dans les conclusions, selon ArsTechnica.Le mal, lui, est déjà fait. Publiée en mai 2025 dans la revue Humanities & Social Sciences Communications, l’étude a été largement relayée, cumulant plusieurs centaines de citations et des centaines de milliers de lectures. Sur les réseaux sociaux, elle a souvent été présentée comme une démonstration solide des effets positifs de l’intelligence artificielle en éducation.Une démonstration fragile"Beaucoup l’ont considérée comme l’une des premières preuves irréfutables que ChatGPT, et plus largement l'IA générative, sont bénéfiques aux apprenants", souligne Ben Williamson, chercheur à l’université d’Édimbourg, interrogé par ArsTechnica.L’article reposait sur une méta-analyse de 51 études censées mesurer les effets de ChatGPT sur les performances scolaires, la perception de l’apprentissage et la pensée critique. Les auteurs concluaient à un effet positif "important" sur les résultats des élèves, et "modéré" sur leur capacité à réfléchir.Mais ces conclusions reposaient sur des bases fragiles. Selon Ben Williamson, l’étude mélangeait des travaux difficilement comparables, voire de faible qualité. "Dans certains cas, il semble que l'étude ait synthétisé des recherches de très mauvaise qualité, ou mélangé les résultats d'études tout simplement impossibles à comparer avec précision en raison de méthodes, de populations et d'échantillons très différents", détaille-t-il."On a vraiment l’impression que cet article n’aurait jamais dû être publié", estime le maître de conférences au Centre de recherche en éducation numérique de l'université d'Edimbourg.Autre problème: le calendrier. Publiée à peine deux ans et demi après le lancement de ChatGPT, l’étude prétendait déjà s’appuyer sur des dizaines de recherches robustes. Une accumulation jugée peu crédible. "Il n'est pas plausible que des dizaines d'études de haute qualité sur ChatGPT et ses performances d'apprentissage aient pu être menées, examinées et publiées dans ce laps de temps", rappelle-t-il.Une diffusion incontrôlableMalgré ces failles, l’étude a largement circulée. Depuis sa publication, l'étude a été citée plus de 500 fois dans des artictes scientifiques. Elle a également attiré près d'un demi-million de lecteurs. De quoi lui permettre de se classer dans le 99e centile des articles de revues scientifiques en termes de score d'attention."Bien sûr, le problème avec ce type de diffusion sur les réseaux sociaux, c'est que tous les détails de l'étude ont été gommés", déplore Ben Williamson. "Il ne restait que les principales affirmations, que certains utilisateurs des réseaux sociaux ont contribué à amplifier et à populariser."L'IA fait officiellement sa rentrée à l'école – 01/09 26:37Résultat, l’idée selon laquelle ChatGPT améliorerait l’apprentissage s’est largement diffusée, indépendamment de la solidité des preuves. D’autres chercheurs avaient pourtant tiré la sonnette d'alarme dès la publication de l'étude. C'est par exemple le cas d'Ilkka Tuomi.Sur LinkedIn, le directeur scientifique de l'institut de recherche Meaning Processing Ltd. avait mis en garde contre les écueils de telles méta-analyses qui tentent de "tirer des conclusions sur des résultats incompatibles et mal définis" à partir de résultats expérimentaux impliquant des populations très différentes. Il avait alors critiqué une méthode consistant à produire "des chiffres qui ont l’apparence de la science" à partir de données hétérogènes.Retrait dans l'indifférence généraleLe 22 avril 2026, Springer Nature a finalement publié un avis de rétractation... près d'un an après sa publication initiale. "La rédaction a décidé de retirer cet article en raison de préoccupations concernant des incohérences dans la méta-analyse", indique la note de rétractation. "Ces problèmes remettent en cause la confiance que la rédaction peut accorder à la validité de l’analyse et des conclusions qui en découlent." L'éditeur de la revue précise également que "les auteurs n'avaient pas répondu aux courriers concernant la rétractation".Mais cette décision est restée largement invisible. Il a fallu que Ben Williamson la relaie sur les réseaux sociaux pour qu’elle attire l’attention. Entre temps, l’étude avait déjà laissé une empreinte durable. "La conclusion principale selon laquelle ChatGPT améliore les performances d'apprentissage pourrait persister malgré sa rétractation", s'inquiète le professeur.L’épisode illustre les tensions autour de l’intelligence artificielle dans l’éducation. D’un côté, les entreprises technologiques vantent des outils capables d’aider à apprendre, réviser ou s’entraîner. De l’autre, enseignants et chercheurs s’inquiètent d’un impact négatif sur la réflexion et l’autonomie des élèves. Face à ces incertitudes, certains systèmes éducatifs commencent même à revenir à des méthodes plus traditionnelles, privilégiant les supports papier et l’écriture manuscrite."Ce dont nous avons besoin, ce sont des recherches de qualité", insiste Ben Williamson. À défaut, le débat pourrait continuer à dériver au gré d’études peu solides.Les plus lusHantavirus sur un navire de croisière: un passager infecté par la souche des Andes, transmissible entre humains"Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne": Élisabeth Borne annonce sa démission de la direction de RenaissanceLa justice a tranché: une compagnie aérienne ne peut pas refuser un passager muni d'un passeport périmé pour voyager en EuropeReal Madrid: comment Kylian Mbappé s'est retrouvé dans une zone de turbulencesMort de l'actrice Chantal Nobel, héroïne de la série "Châteauvallon" au destin brisé
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