● BFM Tech 📅 06/05/2026 à 17:44

Un “laboratoire de la guerre du futur”: comment les premières vagues d’une invasion de Taïwan par la Chine pourraient être assurées par des drones et des robots de combat

Géopolitique
Illustration
Comment la Chine prépare une invasion de Taïwan avec des drones et des robots de combat (illustration) - BFM TechAlors que Pékin accélère le développement de la robotique, des drones et de l’intelligence artificielle, la Chine pourrait miser sur ces technologies pour atténuer le coût humain et matériel d’une invasion de Taïwan. Des robots quadrupèdes armés serviraient ainsi en première vague.Certains évoquent 2027, d’autres un horizon plus lointain. Pour le renseignement américain en revanche, la Chine ne prévoit pas, à ce stade, d’invasion de Taïwan et n'a pas de calendrier fixé pour une "réunification forcée". Pékin n’en revendique pas moins l’île comme partie intégrante de son territoire et multiplie les démonstrations de force, avec des incursions quasi quotidiennes de navires et d’avions de combat autour de Taïwan.Ces dernières années, les tensions se sont intensifiées et les discours sont devenus de plus en plus explicites sur la possibilité d’une invasion. Face aux équations complexes d’un débarquement et de la poursuite des opérations, ainsi qu’aux nombreuses variables (réaction du Japon et de la Corée du Sud, ou encore intervention potentielle des forces américaines), les stratèges chinois miseraient de plus en plus sur la robotique dans leur préparation militaire, notamment dans la perspective d’un conflit autour de Taïwan.Des navires chinois patrouillent, dans la province du Fujian, à l'est de la Chine, le point le plus proche de Taïwan, le 30 décembre 2025 © Photo par ADEK BERRY / AFPSelon une récente étude de la Foundation for Defense of Democracies (FDD), un groupe de réflexion américain proche des républicains et des conservateurs, l’île constituerait un terrain d’expérimentation particulièrement pertinent pour tester ces systèmes de pointe.La stratégie robotique de l’Armée populaire de libération (APL) serait en effet cruciale. Un conflit dans le détroit contraindrait l’armée chinoise à affronter ses défis opérationnels les plus complexes, notamment dans les zones littorales disputées, les environnements urbains denses, et où communications dégradées et risque de pertes importantes dès les premières phases.Une invasion grâce à des robots et des drones?Dans ce contexte, les plateformes semi-autonomes et autonomes pourraient être déterminantes pour maintenir la dynamique opérationnelle ou, au contraire, provoquer un enlisement au moment critique. Parmi les systèmes en développement, les “loups robotisés” illustrent cette évolution. Ces quadrupèdes, issus des progrès de la robotique commerciale, du LiDAR et de la stratégie de fusion civilo-militaire chinoise, sont capables de repérer des positions ennemies, franchir des obstacles et transporter du matériel.Des "robots-loups" chinois lors d’un défilé militaire. Ils sont accompagnés de drones aériens (capture d’écran de la télévision d’État) © capture d’écran de la télévision d’État)Pensés comme des éléments interconnectés et coordonnés, ils peuvent fonctionner en réseau. Selon la FDD, “une 'meute' de loups en réseau peut couvrir plus de terrain, soutenir plusieurs unités simultanément et continuer à fonctionner même lorsque des systèmes individuels tombent en panne”.Le quotidien britannique The Times estime toutefois que cette évolution ne constitue pas une rupture majeure avec les premières doctrines militaires de la République populaire de Chine. Selon "la doctrine maoïste", notamment utilisée pendant la guerre de Corée, la Chine s’appuyait sur la force du nombre et des tactiques dites de "vagues humaines" pour submerger les positions ennemies, en mobilisant l’immense population et l’armée de plusieurs millions d’hommes de l’APL.Cette stratégie, coûteuse en pertes humaines, a montré ses limites à plusieurs reprises et n’est aujourd’hui plus véritablement d’actualité dans sa forme historique. Comme d’autres armées, Pékin a également tiré des enseignements de la guerre russo-ukrainienne, où les drones ont joué un rôle central dans la reconnaissance et les frappes ciblées.Caroline Loyer : Taïwan, la Chine prête au "recours à la force" - 15/10 3:45Dans cette logique, les “loups robotisés” pourraient être déployés en grand nombre, comme des vagues mécaniques destinées à saturer les défenses adverses. Selon The Times, “comme pour les forces amphibies humaines conventionnelles, les loups opèrent sous le couvert de l’artillerie, sauf que celle-ci prend désormais aussi la forme d’attaques de drones aériens sur les lignes de défense”, ajoutant que ces systèmes peuvent interagir grâce à l’intelligence artificielle, avec des unités spécialisées entre reconnaissance, combat et transport de munitions.Eviter des "scènes de carnage" sur les plagesEn somme, ces systèmes autonomes, dont les coûts de production ne cessent de diminuer et la qualité de s’améliorer, apparaissent comme des atouts importants pour la réussite d’une opération visant l’île de Taïwan, d’autant plus que Pékin envisage déjà un conflit long et difficile. Pour le think tank américain qui a étudié le sujet, c’est déjà le "laboratoire de la guerre du futur" qui se joue ici.Dans la presse de la médecine militaire chinoise, citée par Le Monde, le ton est sans ambiguïté: "Les unités vont être exposées à d’horribles scènes de carnage, de bombardements assourdissants et de combats féroces." Car Taïwan ne serait pas une cible facile. L’île, forte de plus de 23 millions d’habitants, s’est progressivement "bunkérisée" face à la menace continentale, tout en investissant massivement dans la modernisation de ses capacités militaires.Des obusiers automoteurs américains M110 sont déployés en amont d'un entraînement d'artillerie à tirs réels, dans une zone côtière à Taichung, Taïwan, le 7 août 2024 (photo d'illustration) © Daniel Ceng / ANADOLUTaïwan bénéficie en outre d’avantages naturels majeurs: des côtes hostiles, un terrain montagneux et un détroit large de 130 à 180 kilomètres qui la sépare du continent. L’île mise également sur une stratégie dite du "porc-épic", reposant sur le déploiement d’armes défensives mobiles et dissimulées, notamment des missiles antiaériens et antinavires. Face à ces obstacles, Pékin chercherait donc à anticiper tous les scénarios. Les robots apparaissent, pour l’heure, comme les idées les plus intéressantes.Sur le même sujetDans sa course à la modernisation militaire, la Chine mise sur DeepSeek, son IA star, pour faire entrer son armée dans l’ère de la guerre algorithmiqueGéopolitique du jeu vidéo (2/5): comment la Chine investit patiemment, reconstruit et diffuse habilement son récit national, pour établir sa domination futureDans ce contexte de conflits de plus en plus robotisés, Taipei cherche également à rester dans la course. Le gouvernement s’est fixé l’objectif de produire jusqu’à 15.000 engins aériens sans pilote par mois d’ici 2028. Cette ambition illustre la bifurcation de l’industrie insulaire. Exemple marquant, l’entreprise taïwanaise Thunder Tiger, qui fabriquait dans les années 1980 des jouets télécommandés encore prisés des collectionneurs, a entamé sa mutation pour devenir un acteur du drone militaire. Elle a ainsi transformé ses modèles en systèmes de combat, comme l’Overkill ou encore un drone kamikaze à aile delta récemment développé.Les plus lusHantavirus sur un navire de croisière: un passager infecté par la souche des Andes, transmissible entre humains"Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne": Élisabeth Borne annonce sa démission de la direction de RenaissanceLa justice a tranché: une compagnie aérienne ne peut pas refuser un passager muni d'un passeport périmé pour voyager en EuropeReal Madrid: comment Kylian Mbappé s'est retrouvé dans une zone de turbulencesMort de l'actrice Chantal Nobel, héroïne de la série "Châteauvallon" au destin brisé
← Retour