● Courrier International 📅 06/05/2026 à 16:51

La “personnalité Ozempic”, ou quand la vie devient fade après la perte de poids

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Si l’on ne peut pas encore affirmer que cette “apathie généralisée” est un effet secondaire de la prise d’Ozempic, pour les patients concernés, entendre les difficultés partagées par d’autres est un soulagement. Car après des mois à se sentir découragé, las, voire apathique, un peu de déculpabilisation est la bienvenue, rapporte la presse anglo-saxonne. DESSIN DE FALCO, CUBA Santé. La “personnalité Ozempic”, ou quand la vie devient fade après la perte de poids 6 mai 2026 Le coucher de soleil vire au rose ce soir et, dans l’air printanier, les rires de ses enfants fusent. Mais Korrie ne ressent rien. Même le sport, sa grande passion, ne peut lui arracher un sourire. Pourtant, elle affirme ne pas souffrir de dépression : elle se sent juste “bof”. Le coupable derrière cette “apathie généralisée” pourrait être le traitement antiobésité Ozempic que Korrie prend depuis trois ans, explique le quotidien américain The Washington Post. Comme Korrie, les patients à qui l’on a prescrit de l’Ozempic – et ils sont de plus en plus nombreux – s’attendent à des effets secondaires tels que les nausées et la fatigue. Mais pas, détaille le média de la capitale fédérale, à ce que la disparition du désir de manger induite par le traitement s’accompagne d’une perte d’entrain, d’envie et de goût pour ce qui les animait autrefois. Sous le hashtag #anhédonie sur TikTok ou Instagram, ils sont des milliers à décrire leur quotidien avec cette “nouvelle personnalité Ozempic”. Les témoignages se succèdent. Et la rançon de cette “perte de poids miracle” ne fait pas rêver. Désengagement de ses activités favorites, incapacité à ressentir de l’émerveillement, et parfois même à aimer leur partenaire… Les internautes qui suivent le traitement font état d’une “anesthésie” de leurs émotions. PHOTO KAROLA/PEXELS Il s’agit d’“une sorte de polissage émotionnel, explique le Washington Post, un manque d’enthousiasme qui ne touche pas uniquement la nourriture, mais toutes les sources de plaisir”, comme la lecture, le jardinage ou même le sexe, tous devenus étrangement fades. “La personnalité Ozempic, c’est finalement l’effacement de la personnalité. Les gens au régime ne sont jamais très marrants, mais la morosité de certaines personnes sous Ozempic est plus profonde”, résume pour sa part la journaliste Katie Glass dans le quotidien britannique The Times. “Lorsque j’en prenais,j’étais souvent submergéepar un étrange sentimentde vide, et tout ce quime passionnait autrefoisme paraissait soudainmoins captivant.” La journaliste du Times Katie Glass sur son expérience des régimes et de la prise d’Ozempic “Une perte de poids aussi drastique ne modifie pas uniquement le corps. Elle peut aussi transformer l’identité, les habitudes et les interactions sociales. Si bien qu’il est difficile de démêler les effets secondaires directs du médicament de toutes les répercussions annexes”, explique le Washington Post. L’appellation “personnalité Ozempic” n’est pas née d’un diagnostic officiel, mais d’une synthèse des expériences partagées en ligne, rappelle le “National Post”. Le quotidien canadien la compare en cela au “visage Ozempic” devenu viral : décharné et plus ridé en raison de la perte de volume et de graisse au niveau du visage qu’induit le traitement. Plus récemment, c’est le “fessier Ozempic” qui a retenu l’attention, flasque et à la peau relâchée, là encore à cause de la perte de graisse. PHOTO AMANN/PEXELS En ce sens, la dopamine et le système de récompense sont une piste. “L’une des hypothèses est que le GLP-1 [l’hormone utilisée dans ces traitements] viendrait court-circuiter les régions du cerveau associées au plaisir, et altérer, chez les personnes sous traitement, le shoot de dopamine généré par les activités satisfaisantes. Résultat : elles ne voient plus l’intérêt de chercher à se faire plaisir”, précise le Times. À un dosage plus élevé, l’effet de ce médicament, qui réduit l’envie de nourriture comme celui d’autres substances (alcool et nicotine notamment), peut être d’“émousser d’autres circuits de la récompense”. Tout ce vers quoi l’on aurait été attiré dans un élan spontané ou un craving semble soudain moins irrésistible, voire laisse indifférent. Malgré ces témoignages en série, il n’existe pas de diagnostic officiel permettant de confirmer ces ressentis comme un effet secondaire attesté, nuance le National Post, au Canada, qui rappelle l’absence de tests à grande échelle. Sur la chaîne de production de l’Ozempic dans l’usine de Novo Nordisk à Hilleroed, au Danemark, en février 2024. Si cette anhédonie n’a pas encore été prouvée à grande échelle, l’atténuation des “cravings” provoquée par le traitement a, elle, fait l’objet d’une étude, parue le 4 mars dans la revue scientifique britannique “BMJ”. Menée sur plus de 600 000 vétérans diabétiques américains, elle montre que ceux traités par des médicaments analogues du GLP-1 ont été moins susceptibles de développer des troubles liés à des addictions à l’alcool, à la nicotine et à d’autres substances. PHOTO CHARLOTTE DE LA FUENTE/THE NEW YORK TIMES Les premières observations avaient même plutôt montré une amélioration de la santé mentale des patients grâce au traitement. En particulier chez ceux souffrant de troubles psychologiques graves. En l’absence de consensus scientifique, attention donc à ne pas émettre de jugement hâtif sur des patients qui “auraient l’air” de développer cette “personnalité Ozempic”, prévient Kaberi Dasgupta, médecin et chercheuse à l’université McGill, au Canada, auprès du National Post. “L’essor de ce genred’expressions m’inquièteun peu, car on risquede venir coller des étiquettessur tous ceux qui utilisentces traitements pour desraisons médicales valables.Au risque de les stigmatiser.” Kaberi Dasgupta, médecin et chercheuse à l’université McGill, au Canada, auprès du National Post “Aujourd’hui, les personnes qui cherchent à réguler [leur poids] pour des raisons de santé – peut-être aussi à cause de considérations esthétiques et de la pression sociale – seront doublement jugées, alerte la chercheuse. D’une part parce qu’elles étaient en surpoids [au regard de la société du moins], et d’autre part parce qu’elles ont eu recours à un médicament pour y remédier. Et peut-être ensuite à cause de ces effets secondaires. Ça fait beaucoup à supporter.” Pour l’heure, une seule chose est sûre : mieux vaut éviter de qualifier quiconque de “personnalité Ozempic”.— Chloé Boyer À lire aussi : Vidéo. Qu’est-ce que l’Ozempic, ce médicament qui booste la croissance danoise ? À lire aussi : Tendance. Sentir bon ne suffit plus, il faut sentir le sucre À lire aussi : Santé. Quand on arrête Ozempic ou Wegovy, les kilos reviennent en moins de deux ans
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