● FrenchWeb 📅 06/05/2026 à 05:50

SAP tente de reprendre la main sur les données d’entreprise avec DREMIO et PRIOR LABS

Data Science 👤 LA REDACTION DE FW.MEDIA
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Christian Klein, CEO de SAP SAP vient d’envoyer un signal stratégique fort au marché du logiciel d’entreprise, en annonçant presque simultanément l’acquisition de Dremio, spécialiste des architectures lakehouse reposant sur Apache Iceberg, et de Prior Labs, jeune pousse allemande spécialisée dans les modèles d’IA appliqués aux données tabulaires. L’éditeur allemand tente surtout de reprendre le contrôle de la future chaîne de valeur des données d’entreprise, à un moment où l’intelligence artificielle redéfinit l’architecture même du logiciel métier. Les montants des acquisitions n’ont pas été officiellement communiqués. Toutefois, selon plusieurs sources citées par Pathfinders et TechCrunch, l’opération autour de Prior Labs représenterait un exit supérieur à 425 millions d’euros, essentiellement en numéraire, avec plus de 255 millions d’euros versés immédiatement aux fondateurs Frank Hutter, Noah Hollmann et Sauraj Gambhir. SAP a également annoncé un investissement supplémentaire d’un milliard d’euros sur quatre ans afin de transformer Prior Labs en laboratoire mondial dédié à l’IA appliquée aux données structurées. Depuis plusieurs années, une partie croissante de la valeur générée autour des données d’entreprise s’est progressivement déplacée hors des ERP traditionnels. Les grandes plateformes cloud et analytiques, comme Databricks, Snowflake ou Google Cloud, ont capté une part essentielle des usages liés à l’analyse, à l’IA et à l’exploitation avancée des données. Dans ce modèle, les ERP risquent progressivement d’être relégués au rang de simples systèmes transactionnels alimentant des plateformes externes devenues beaucoup plus stratégiques, et c’est précisément ce scénario que SAP tente aujourd’hui d’éviter. Fondée en 2017, la société américaine Dreamio s’est imposée comme l’un des acteurs majeurs des architectures data ouvertes, capables d’unifier des données dispersées entre différents clouds, data lakes et bases analytiques. Avant son rachat,la startup avait levé environ 306 millions d’euros auprès d’investisseurs comme Sapphire Ventures, Lightspeed Venture Partners, Cisco Investments ou Adams Street Partners. Sa dernière valorisation estimée dépassait les 850 millions d’euros. Sa technologie permet d’interroger, structurer et gouverner de grands volumes de données via une couche SQL unifiée, tout en s’appuyant fortement sur des standards open source, en particulier Apache Iceberg. Ce point est central car Iceberg est en train de devenir pour les architectures data ce que Kubernetes est devenu pour l’infrastructure cloud, à savoir une couche standardisée permettant l’interopérabilité entre différents environnements. Le format permet notamment de gérer des volumes massifs de données analytiques tout en conservant un historique détaillé des modifications, une gouvernance fine et une meilleure traçabilité des flux. L’autre opération est celle de Prior Labs, fondée il y a moins de deux ans à Fribourg, la startup avait levé environ 7,9 millions d’euros lors d’un pré-seed annoncé en février 2025. Le tour était mené par Balderton Capital, avec la participation de XTX Ventures, Atlantic Labs et Hector Foundation. Parmi les business angels figuraient notamment Peter Sarlin, fondateur de Silo AI, Christopher Lynch d’AtScale, Guy Podjarny, fondateur de Snyk et Tessl, Edward Grefenstette de Google DeepMind, Robin Rombach de Black Forest Labs, Ashutosh Kulkarni d’Elastic, Thomas Wolf de Hugging Face, ainsi que Steve Anavi, cofondateur de Qonto. La société développe des modèles d’IA spécialisés dans les données tabulaires, c’est-à-dire les données structurées en lignes et colonnes qui constituent le cœur des systèmes ERP. Leur modèle TabPFN-2.5 est conçu pour produire des prédictions, détecter des anomalies ou automatiser certaines analyses métier directement à partir de bases de données ou de tableurs massifs. Ce positionnement diffère fortement des grands modèles de langage. Depuis l’explosion de l’IA générative, le marché s’est essentiellement concentré sur les LLM capables de générer du texte ou d’interagir de manière conversationnelle. Mais dans les entreprises, la majorité des données critiques restent profondément structurées : comptabilité, supply chain, achats, ressources humaines, trésorerie, gestion des fournisseurs ou contrôle des stocks. SAP semble considérer que la prochaine vague de valeur dans l’IA d’entreprise viendra moins des interfaces conversationnelles que de la capacité à exploiter intelligemment ces bases transactionnelles gigantesques. Le groupe avait déjà amorcé cette trajectoire avec RPT-1, son Relational Pre-Trained Transformer lancé l’année dernière. L’acquisition de Prior Labs lui permet désormais d’accélérer brutalement cette stratégie, tout en récupérant une équipe de recherche particulièrement reconnue dans le domaine des modèles tabulaires. Mais derrière ces acquisitions se joue aussi une bataille beaucoup plus large : celle des agents IA. Les grands éditeurs logiciels savent désormais que l’interface traditionnelle des applications métiers pourrait progressivement disparaître au profit d’agents capables d’interagir directement avec les systèmes d’information. Dans ce modèle, celui qui contrôle la couche d’orchestration des données, des permissions et des workflows contrôle potentiellement la future interface de l’entreprise. SAP cherche donc à éviter qu’un acteur tiers, qu’il s’agisse d’OpenAI, d’Anthropic ou d’une nouvelle génération de plateformes agentiques, ne capture cette relation stratégique. Le durcissement récent de sa politique API va dans ce sens. Ainsi l’éditeur interdit désormais certains agents IA non approuvés sur ses systèmes et privilégie des architectures validées par SAP, notamment autour de sa propre couche agentique Joule. Au fond, ces acquisitions traduisent une même inquiétude chez les grands éditeurs historiques : éviter que l’IA ne transforme leurs logiciels en simples infrastructures invisibles alimentant des plateformes externes beaucoup plus puissantes. Avec Dremio et Prior Labs, SAP cherche à reconstruire une position centrale dans la future pile technologique de l’entreprise, non plus seulement comme éditeur d’ERP, mais comme infrastructure unifiée de données, d’IA et demain d’agents autonomes. À propos Articles récents LA REDACTION DE FW.MEDIAPour nous contacter, nous vous avons préparé un petit formulaire pour bien gérer votre demande et pouvoir l'adresser en toute confidentialité. Cliquez ici pour y accéder Les derniers articles par LA REDACTION DE FW.MEDIA (tout voir) SAP tente de reprendre la main sur les données d’entreprise avec DREMIO et PRIOR LABS - 06/05/2026 Trois personnalités à suivre, au cœur des couches invisibles de la tech: Mariam Hakobyan, Sebastian Klaus, Ruben Bryon - 05/05/2026 Sebastian KLAUS, de l’armée allemande à la logistique orbitale - 05/05/2026 06/05/2026 3 minutes de lecture
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