● Courrier International
📅 05/05/2026 à 18:00
Royaume-Uni : les universités exploitent cyniquement les étudiants étrangers
Géopolitique
Photo quicksandala / Pixabay / CC Le Royaume-Uni transforme ses universités en marché mondial des étudiants étrangers, où recrutement, dettes et promesses d’emploi s’imbriquent dans un système décrit par The Guardian, dans une longue enquête, comme largement hors de contrôle. À lire aussi : Éducation. Universités britanniques : les tests de compétences en anglais sur la sellette Chaque année, environ 400 000 visas étudiant sont délivrés au Royaume-Uni. En 2023, les universités britanniques ont dépensé environ 585 millions d’euros en commissions versées à des agents de recrutement, peu régulés. Une ancienne employée d’agence, Priya Kapoor, décrit une logique industrielle : “Cela ressemblait à une chaîne de production industrielle, où les étudiants étaient le produit.” Dans ce système, les choix d’orientation sont souvent guidés par les commissions. “L’établissement qui paie le plus obtient le plus d’étudiants. Ce n’est pas sorcier”, résume Prabakaran Srinivasan, un recruteur indépendant installé en Inde. Les recruteurs enchaînent les candidatures à grande vitesse, parfois vingt par jour. Priya Kapoor raconte que les dossiers les moins sélectifs étaient traités en quelques minutes seulement : “L’attitude était : tu n’es qu’un dossier parmi d’autres pour moi, et j’ai des objectifs à atteindre.” Beaucoup d’étudiants, issus de milieux modestes, s’endettent fortement, parfois en hypothéquant les terres familiales, sans mesurer les contraintes réelles du système britannique. À lire aussi : Emploi. Royaume-Uni : la galère des jeunes diplômés en informatique Le décalage est brutal entre promesses et réalité. Ajith, étudiant indien en marketing, explique que “rien de ce qu’on [lui] avait dit n’était vrai”. Logement difficile à trouver, emploi rare, règles migratoires strictes : beaucoup doivent accepter des emplois précaires pour survivre. Et certains cumulent études et travail de nuit. Un enseignant, interrogé au cours de l’enquête, décrit une situation banalisée : “Il est courant d’avoir des étudiants qui parlent à peine anglais. Ils sont clairement là parce que l’université veut leur argent. C’est tellement cynique.” Cette dépendance s’explique par la structure même du financement universitaire. Depuis 2012 et la baisse des subventions publiques, les universités britanniques reposent fortement sur les frais des étudiants étrangers, parfois trois fois plus élevés que ceux des étudiants nationaux. Elles en tirent environ un quart de leurs revenus. Résultat : une course au recrutement international via des réseaux d’agents et de sous-agents difficilement contrôlables. À lire aussi : Destinations. Étudier à l’étranger : il n’y a pas que le Royaume-Uni et les États-Unis ! Certains acteurs du secteur dénoncent une dérive systémique. Gautham Kolluri parle sans détour : “Je vois cela comme du trafic d’étudiants.” Entre 2017 et 2022, les inscriptions internationales ont presque doublé, dépassant les 750 000 étudiants, accentuant la pression sur un système déjà fragile. Dans le même temps, les règles migratoires britanniques se sont durcies, réduisant les perspectives d’installation dans le pays après les études. Face aux critiques, le Royaume-Uni a commencé à encadrer les agents en 2025, mais The Guardian souligne que les mécanismes de commission et de sous-traitance restent intacts. Pour de nombreux étudiants, l’issue est une dette lourde et des perspectives limitées. L’un d’eux résume son expérience sans détour : “Si j’avais la possibilité de revenir en arrière, je ne recommencerais pas.” Courrier expat Universités Étudiants internationaux Europe Éducation Sur le même sujet Universités. Londres mise sur les campus offshore plutôt que sur les étudiants étrangers Témoignage. L’expérience qui change tout : un étudiant indien raconte ses études à Chicago Classement. Les pays qui ferment la porte aux étudiants étrangers en paient le prix Universités. Au Royaume-Uni, des refus de visa d’études injustifiés Source de l’article Courrier Expat (Paris) Lancé en avril 2016 et destiné aux expatriés français et aux candidats à l’expatriation, Courrier Expat offre des informations puisées dans la presse internationale sur l’environnement professionnel et personnel des Français de l’étranger, sur le même modèle que Courrier international. Ces infos sont organisées en trois rubriques : business, éducation, santé.Courrier Expat explore également de nouvelles frontières, en alliant informations, services et dimension communautaire. Les lecteurs peuvent, en devenant membres du Club Courrier Expat, avoir accès aux informations du site, accéder à des conseils d’experts, consulter des offres d’emploi, participer à des forums et voyager grâce aux blogs de nos correspondants expatriés. Lire la suite Nos services Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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