● Courrier International 📅 05/05/2026 à 17:45

En Thaïlande, de faux certificats de naissance au service du blanchiment d’argent

Géopolitique
Illustration
Un soldat thaïlandais, le 7 avril 2026, dans un complexe qui était utilisé pour des cyberescroqueries, dans une zone contestée située à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. PHOTO CHALINEE THIRASUPA/REUTERS Tout a commencé par l’arrestation d’un ressortissant chinois soupçonné d’être à la tête d’un vaste système financier ayant permis de blanchir 70 milliards de bahts (environ 1,8 milliard d’euros). Les enquêteurs ont ensuite établi un lien entre celui-ci et une femme d’origine chinoise, supposée être sa femme. Tous deux, ainsi que leurs trois enfants, détenaient des papiers d’identité thaïlandais, ce qui a éveillé les soupçons sur la manière dont ils ont acquis la nationalité. Un audit a donc été lancé dans les services de l’état civil, raconte le média en ligne Thai Enquirer. À lire aussi : Justice. Chine : plus de 338 000 personnes condamnées pour cyberescroqueries depuis quatre ans Les enquêteurs ont découvert une structure bien établie : des hommes de nationalité thaïlandaise contractaient, contre rémunération, des mariages blancs avec des femmes chinoises. Les hommes reconnaissaient faussement être les pères d’enfants étrangers. Un mensonge permettant à ces enfants, et à leurs mères, d’obtenir la nationalité thaïlandaise grâce à des certificats de naissance frauduleux. L’ensemble de ces données mensongères était validé par des employés corrompus de l’état civil. Ainsi, selon le South China Morning Post, une vague de “naissances fantômes” serait en passe d’être découverte. “Des milliers de cas” feraient l’objet d’investigations, selon le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul. Fausses adresses Ce système organisé concernerait en particulier des enfants chinois, frauduleusement déclarés thaïlandais “par des fonctionnaires corrompus, manière pour leurs parents d’acquérir des droits de propriété foncière ou sur des entreprises”. La législation thaïlandaise limite l’accès des étrangers à la pleine propriété des terrains et des sociétés. Mais ce système est miné par la corruption depuis longtemps, ce qui permet à des ressortissants étrangers, notamment chinois, russes, israéliens et indiens, de créer illégalement des sociétés écrans et de posséder des terrains, souligne le South China Morning Post. À lire aussi : Cybersécurité. À Singapour, les bons citoyens sont plus vulnérables aux arnaques “Ces fausses déclarations pourraient être liées aux réseaux des cyberescrocs chinois ayant besoin de blanchir de l’argent par l’intermédiaire d’entreprises dont ils ont le contrôle”, poursuit le quotidien. Dans la province de Nakhon Ratchasima, dans le centre du pays, des dizaines d’enfants chinois ont vu leur naissance enregistrée dans la commune de Pho Klang. Une situation qui a surpris le maire de la commune, entraînant l’ouverture d’une enquête. “Nombre d’entre eux, détaille le quotidien Bangkok Post, ont été déclarés comme vivant dans deux maisons, mais, en se rendant aux adresses indiquées, les enquêteurs ont découvert que les maisons avaient été démolies en 2023.” Des milliards de dollars de biens saisis Plusieurs fonctionnaires sont accusés d’avoir accepté des pots-de-vin s’élevant à plusieurs milliers d’euros pour tamponner des documents d’enregistrement de domicile et de faux certificats de naissance censés avoir été délivrés par des hôpitaux locaux. La corruption est un problème endémique en Thaïlande, dans des domaines aussi variés que le détournement de fonds publics ou le non-respect des normes de construction, mis en cause dans l’effondrement d’un immeuble à Bangkok en mars 2025, par exemple. À lire aussi : Criminalité. Les arnaques en ligne rapporteraient plus de 600 milliards d’euros par an dans le monde “D’importantes sommes d’argent liées aux immenses complexes criminels installés par des réseaux chinois dans les zones frontalières à proximité de la Birmanie, du Laos et du Cambodge inondent le pays. Les réseaux criminels tentent de blanchir ces sommes par l’intermédiaire de comptes bancaires, d’entreprises, ou dans l’immobilier”, souligne le South China Morning Post. Des centaines de millions d’euros ont été saisis depuis un an et demi. La partie émergée d’un iceberg. À la fin de l’année 2024, les activités de cyberescroquerie dans les pays du Mékong généraient environ 44 milliards de dollars (plus de 37 milliards d’euros) par an, soit l’équivalent d’environ 40 % de l’économie, peut-on lire dans une enquête du Guardian. Courrier international Corruption Cybercriminalité et cybersécurité Criminalité Asie Sur le même sujet Récit. Bienvenue à Myawaddy, capitale mondiale de l’arnaque en ligne Témoignages. Arnaques en ligne : comment reprendre confiance après avoir tout perdu ? Politique. Le Premier ministre Anutin reconduit, “stabilité inhabituelle” en Thaïlande Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? 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