● Courrier International
📅 05/05/2026 à 17:52
“Académie mondiale du viol” : la journaliste Saskya Vandoorne raconte son enquête pour CNN
Géopolitique
COURRIER INTERNATIONAL : Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre enquête ? Quand et comment avez-vous découvert l’existence de Motherless ? Saskya Vandoorne : Tout a commencé par le procès des viols de Mazan. J’étais dans la salle d’audience quand l’avocat de Gisèle Pelicot, Antoine Camus, a parlé de Coco, qui était le site que Dominique Pelicot a utilisé pour recruter tous ces hommes qui ont violé sa femme. Et Antoine Camus a décrit Coco comme étant l’arme du crime. Alors, même si le site avait été fermé, nous étions très intéressés, avec mes collègues Kara Fox, Niamh Kennedy et moi, de savoir s’il existait d’autres plateformes similaires où des hommes se rassemblent pour partager ce type de fantasmes. Et c’est alors que nous avons entendu parler de Motherless, un site qui existait même avant Coco. À lire aussi : Violences sexuelles. Ouverture d’une enquête après la réapparition du site Coco qu’utilisait Dominique Pelicot Comment s’est déroulée l’enquête ? Notre travail a duré 7 mois et s’est fait en deux temps. D’abord on a créé un profil masculin sur Motherless où on a eu accès à des vidéos de femmes inconscientes, abusées par des hommes. Ces vidéos étaient d’ailleurs parfois rangées dans des catégories comme “femme sédatée” ou “inconsciente”. Il y avait aussi un hashtag “eyecheck”, qui se traduit par “vérification des yeux”, où des hommes soulevaient les paupières des femmes pour montrer qu’elles étaient complètement inconscientes, avant de passer à l’acte. Puis, sur Motherless, on a trouvé des liens à des groupes Telegram privés que nous avons infiltrés. Et là encore on a découvert l’existence de conversations où des centaines d’hommes s’échangeaient des conseils sur comment sédater et violer leur partenaire. Votre investigation porte sur des faits extrêmement graves et pénalement répréhensibles. À quel moment avez-vous averti les autorités de vos découvertes ? Déjà lorsqu’on était dans le groupe Telegram, on consultait régulièrement nos avocats. Il y avait un cadre très précis dans lequel on pouvait travailler, et, par exemple, on ne pouvait bien sûr pas partager d’images de femmes sédatées. Les discussions étaient donc assez difficiles parce que rapidement les hommes qui échangeaient avec nous nous trouvaient louches et quittaient la discussion. À lire aussi : Société. Je suis une ado de 15 ans, voilà la misogynie à laquelle je suis exposée sur les réseaux Mais un jour, un homme qu’on va appeler Piotr a mordu à l’hameçon. Après plusieurs mois d’échange, il s’est mis à m’envoyer des photos et des vidéos de sa femme, m’expliquant l’avoir droguée et violée. C’est à ce moment-là que l’on s’est dit qu’il fallait absolument l’identifier. Et on y est parvenu, il habitait en Pologne. On a donc partagé des éléments de notre enquête avec les autorités polonaises, et une semaine plus tard, il a été arrêté et a plaidé coupable. Vous avez retrouvé des anciennes victimes de ces réseaux, et beaucoup d’entre elles vous ont parlé de Gisèle Pélicot. Quel écho cette affaire a-t-elle eu pour elles ? Quand on parle avec les victimes de ce type de crimes, on comprend qu’il y a vraiment un avant et un après Gisèle Pélicot. Les trois femmes que j’ai interviewées m’ont dit que c’était grâce à Gisèle Pelicot qu’elles souhaitaient aujourd’hui partager leur histoire, et qu’il fallait que la honte change de camp. Je pense qu’elle a réellement libéré la parole de ces femmes, et qu’elle a fait beaucoup pour qu’elles se sentent capables de pouvoir aller porter plainte. Les femmes sont aussi désormais mieux informées sur les symptômes de la soumission chimique, et malheureusement, depuis que notre enquête a été publiée, je suis inondée de messages de femmes inquiètes, qui pensent qu’il pourrait exister des vidéos d’elles sur ces plateformes. Mélissa David Violences faites aux femmes Sur le même sujet Reportage. Procès Pelicot : “Pour les familles des condamnés, la honte fait partie du quotidien” Vu de l’étranger. Après le verdict, “le visage de Gisèle Pelicot ne doit pas être oublié” Vu du Canada. Procès en appel des viols de Mazan : “Le mal a encore des racines bien accrochées” Société. Le Brésil envisage de criminaliser la misogynie Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. Je tente ma chance →
🔗 Lire l'article original
👁️ 2 lectures