● Journal du Net 📅 05/05/2026 à 17:05

L'IA est un miroir, parfois sans pitié

👤 Anthony Bergès
🏷️ Tags : free rag
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94 % des entreprises françaises lancent l'IA, mais 50 % échouent au test par manque de gouvernance des données. Un passage à l'échelle difficile. Selon une étude SalesForce et OpinionWay, 94 % des entreprises françaises ont lancé des projets IA. Pourtant, un projet sur deux ne passe pas la phase de test. Ce paradoxe résume la réalité de la transformation IA en France : peu de passage à l'échelle malgré une réelle volonté. Et une cause sous-estimée : l'absence de gouvernance des données. Ce que le baromètre ne dit pas Derrière les chiffres d'adoption se cache une réalité plus contrastée. Comme le relève Jonathan Bodin, directeur stratégie de Seenovate, la quasi-totalité des entreprises qui déclarent "utiliser l'IA" pratiquent en réalité le Shadow IA, c'est-à-dire des usages isolés, non coordonnés, hors du radar de la DSI. Seules 20 % intègrent réellement l'IA dans leurs processus. L'IA comme révélateur, pas comme solution Depuis plusieurs années, nous accompagnons des entreprises de tailles et de secteurs très différents dans leurs projets IA. Souvent, un même constat s'impose, là où le projet achoppe, il existait déjà un dysfonctionnement. Des responsabilités floues sur la donnée. Des équipes en silos. Des processus décisionnels qui ne permettent pas les arbitrages nécessaires. L'IA révèle ces fragilités. Sans stratégie data, l'IA reste théorique voire risquée Ce n'est pas une opinion de consultant. C'est ce que confirme Élise Tissier, directrice de Bpifrance Le Lab : "s'il n'y a pas de stratégie Data, avec collecte et structuration, il est impossible de tirer pleinement parti de l'IA." Olivier Marcheteau, DG de Freelance.com, va dans le même sens : "L'exploitation de l'IA repose sur un socle Data bien posé, des compétences technologiques spécifiques à l'IA, et des compétences métiers permettant de repenser entièrement les processus." La gouvernance data est la condition de réalité de tout projet IA sérieux. On parle beaucoup du coût des outils et de l’adéquation des talents. Mais le coût le plus sous-estimé de l'IA sans gouvernance, c'est un risque opérationnel concret. Comme le formule Olivier Marcheteau : "C'est extraordinaire de dire que l'on obtient 97% d'exactitude avec l'IA. Mais dans un business, les 3% d'inexactitude et d'hallucinations peuvent coûter très cher." De nouveaux métiers qui ne s'improvisent pas La réponse à cette fragilité ne passe pas uniquement par des recrutements techniques et l’identification des compétences. Elle passe par des profils que les entreprises ont encore du mal à identifier et à valoriser. Les Data Governance Experts, Data Stewards, AI Ethics Officers, chefs de projet formés à l'IA : ces fonctions hybrides, à l'intersection de la technique, du métier et de la conformité, deviennent stratégiques. Elles ne sont pas des luxes réservés aux grands groupes, elles sont la condition d'un déploiement IA durable, dans un contexte réglementaire de plus en plus exigeant avec l'IA Act. Le défi RH est réel : selon notre baromètre, 62 % des entreprises estiment ne pas disposer des compétences internes nécessaires à leurs projets IA. Le marché répond, les offres d'emploi liées à l'IA ont progressé de 273 % en France entre 2019 et 2024, mais l'adéquation entre besoins et profils disponibles reste insuffisante. Ce que les dirigeants doivent entendre L'IA est souvent présentée en CODIR comme une opportunité de performance. C'est vrai. Mais à condition que les organisations soient prêtes à accepter que leurs données soient imparfaites, leurs processus perfectibles, leurs chaînes de responsabilités parfois floues. Cette “faiblesse”, c'est le point de départ de toute transformation sérieuse. Les entreprises qui avancent le plus vite sont celles dont les dirigeants ont initié les conversations que la technologie rendait inévitables. Au fond, le message est simple. Pas de bon projet IA sans gouvernance de la data. Pas de gouvernance sans des personnes qui en ont la responsabilité, la légitimité et les moyens d'agir. Et pas de transformation durable sans une direction générale qui traite la donnée comme un actif stratégique et non comme un sujet technique délégué à la DSI. L'algorithme est prêt. La question est : votre organisation l'est-elle ?
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