● Siècle Digital 📅 05/05/2026 à 16:11

Le renseignement français veut accéder aux messageries chiffrées comme WhatsApp, Signal et Telegram

OSINT 👤 Jennifer Larcher
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Cybersécurité Le renseignement français veut accéder aux messageries chiffrées comme WhatsApp, Signal et Telegram La délégation parlementaire au renseignement demande un mécanisme d'accès ciblé aux conversations chiffrées, sur le modèle des écoutes téléphoniques classiques. Par Jennifer Larcher Publié le 5 mai 2026 à 16h11 Le chiffrement de bout en bout protège vos conversations. Il empêche aussi les services de renseignement de lire celles des personnes qu’ils surveillent. Ce dilemme n’est pas nouveau, mais la délégation parlementaire au renseignement (DPR), présidée par la sénatrice Muriel Jourda, vient de le remettre sur la table avec une recommandation qui ne laisse pas beaucoup de place au doute. 97 % des messages passent par des tuyaux que l’État ne peut pas ouvrir Le constat posé par la DPR donne le cadre. La quasi-totalité des messages envoyés depuis un smartphone transite par des applications de messagerie. Entre 60 et 80 % d’entre eux bénéficient d’un chiffrement intégral. Les données quittent le téléphone de l’expéditeur déjà verrouillées et ne sont déchiffrables que sur celui du destinataire. Aucun serveur intermédiaire ne voit passer le contenu en clair. 📩 L’actu digitale évolue vite. Restez à jour.Recevez la newsletter quotidienne, gratuitement. En vous inscrivant vous acceptez notre politique de protection des données personnelles. Pour les services de renseignement, de police et de justice, il s’agit d’un mur. Les méthodes de contournement existent. La DPR les appelle le recueil des données informatiques, mais elles sont lourdes à déployer, coûteuses et gourmandes en personnel. Sur un petit nombre de cibles, cela fonctionne. À l’échelle d’un réseau criminel ou terroriste qui communique en permanence sur Signal ou WhatsApp, ça ne tient pas. Une écoute numérique encadrée comme pour le téléphone La DPR demande un dispositif comparable aux interceptions téléphoniques traditionnelles. Un accès ciblé, sur décision judiciaire ou administrative contrôlée, à des conversations spécifiques. Et non une surveillance de masse, une porte dérobée permanente ouverte dans le code des applications. La délégation estime que la bonne échelle pour construire ce mécanisme est européenne. Des discussions sont déjà en cours avec les partenaires du continent. Si la voie diplomatique n’aboutit pas, la DPR n’exclut pas qu’une loi française prenne le relais. Un texte de loi dit exactement le contraire L’article 16 bis du projet de loi résilience, déposé en octobre 2024 et dont l’examen devrait intervenir avant l’été, interdit dans sa rédaction actuelle d’imposer aux fournisseurs de messageries chiffrées un accès non consenti aux données. La DPR tire la sonnette d’alarme. Selon elle, cet article présente un risque, notamment pour la politique publique du renseignement. De ce fait, il affaiblirait les outils juridiques dont disposent déjà les services et donnerait aux plateformes un argument pour refuser toute coopération. Le gouvernement se retrouve coincé entre deux logiques incompatibles dans son propre calendrier législatif. D’un côté, une volonté affichée de renforcer la cybersécurité en garantissant l’inviolabilité du chiffrement. De l’autre, une demande pressante des services pour pouvoir lire ce que ce chiffrement protège. Soit le chiffrement protège tout le monde (y compris ceux qu’on aimerait surveiller), soit on perce un trou. Ce dernier finira par être exploité par d’autres que l’État. Pour aller plus loin Signal visé par une vaste opération d’espionnage russe en AllemagneAdieu SMS ? Le RCS s’impose comme le nouveau standard mobile en FranceManychat lève 140 millions de dollars et veut devenir incontournable sur les messageriesLes « Communautés » arrivent sur Messenger, vers une concurrence avec WhatsAppClap de fin pour ICQ, pionnière des messageries instantanéesApple cède une fois de plus à la pression des censeurs chinois messagerie WhatsApp
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