● Journal du Net 📅 05/05/2026 à 10:05

David Kostman (Teads) : "Teads a délivré des revenus supérieurs à cent millions de dollars en CTV en 2025"

Data Science 👤 Luciana Uchôa-Lefebvre
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CTV, retail media, LLM, open web premium... David Kostman, le CEO de Teads, explique comment l'entreprise chahutée en bourse entend renouer avec la croissance cette année. JDN. Surendettement lié au rachat de Teads par Outbrain, résultats négatifs avec une perte nette de 517 millions de dollars en 2025, chute de sa capitalisation. Comment décrivez-vous la situation de Teads en 2025 et quelles sont vos perspectives ? David Kostman est le CEO de Teads © Criteo David Kostman. La fusion Teads/Outbrain a été finalisée en février 2025 et nous avons été fortement occupés l’année passée à rendre concrète cette intégration. Il nous a fallu revoir la gouvernance de l’entreprise, simplifier sa structure organisationnelle et faire évoluer nos produits. Cette mobilisation liée à l’intégration a impacté nos résultats. Mais il est important de noter que la perte de 517 millions de dollars à laquelle vous faites référence est une donnée comptable exacte, mais liée à un ajustement que nous avons dû intégrer au vu de la capitalisation boursière de l’entreprise, qui a baissé. Cela n’a rien à voir avec la dette que nous avons contractée pour nous permettre de réaliser cette opération de fusion. Cette dernière suit son cours comme prévu. Nous avons clôturé le quatrième trimestre avec 139 millions de dollars de trésorerie. Par ailleurs, notre EBITDA ajusté du dernier trimestre de l’année (de 36,5 millions de dollars, ndlr) s’est avéré bien au-delà de nos attentes. Ce qui prouve bien que d’un point de vue opérationnel, la stratégie qui a motivé cette fusion, qui consiste à proposer à nos clients annonceurs et publishers une approche combinant à la fois performance et branding, a bel et bien été validée. Nous nous attendons à revenir à la croissance dès le dernier trimestre de 2026 étant entendu que la croissance que nous avons obtenue en 2025, de 46%, est quant à elle liée au fait d’avoir fusionné les deux entreprises. Comment expliquez-vous que l’action de Teads ne cesse de perdre de la valeur ? Comparé à juillet 2024, la perte est de l’ordre de 85%... Nous ne pouvons maîtriser les mouvements du marché. Lorsque nous avons annoncé la fusion entre Outbrain et Teads, nous nous attendions à obtenir de meilleurs résultats en 2025. L’intégration a pris plus de temps que prévu. Nous sommes en bien meilleure position en 2026 pour revenir progressivement à la croissance. Nous pouvons également utiliser notre cash pour baisser notre niveau d’endettement, c’est une piste que nous étudions. L’open web est en rétraction. Cette désaffection n’est-elle pas un frein au développement de Teads, vu que les publishers sont au cœur de votre modèle ? Tant que l’open web sera en capacité d’offrir de la valeur incrémentale aux marques, il gardera son attractivité.Tout est une question de résultats et Teads est en capacité d’offrir les bons signaux et données pour permettre à l’annonceur de mesurer chaque KPI de campagne, qu’il soit axé performance ou branding, et de constater de l’incrément. Nous croyons fermement à l’open web et continuerons d’y investir beaucoup de ressources en innovation afin de nous assurer du succès des publishers. La montée en puissance des robots conversationnels n’est-elle pas une énième menace à l’économie de l’open web et par conséquent de Teads ? On observe le déclin du trafic lié à l’IA, c’est un fait. Mais ce déclin de trafic ne représente pas une menace pour les publishers premium que nous représentons. La raison est que le trafic de ces derniers est majoritairement organique, composé de lecteurs attachés à ces marques, qui vont sur l’application ou sur le site spontanément. Pour ces publishers premium, les pertes de trafic ne dépassent pas les 15%, un manque à gagner qu’il est aisé pour Teads de compenser grâce à une meilleure monétisation des pages existantes. Par ailleurs, nous nous diversifions également pour intégrer la CTV et le retail media. Que proposez-vous concrètement en CTV ? La CTV est notre principal moteur de croissance aujourd’hui. Nous avons délivré des revenus supérieurs à cent millions de dollars l’année passée en CTV. Nous sommes partenaires exclusifs de LG et Samsung sur certaines régions du monde et nous avons signé avec Google TV pour accéder à son inventaire home screen à l’échelle mondiale. Les écrans d’accueil représentent un inventaire extrêmement premium en CTV. Pour ce qui est de l’inventaire CTV instream, nous monétisons Fubo, Paramount, PlutoTV, ShowMePlus, TCL, LG Channels, Samsung TV Channels, Vidaa, Plex, Dazn et, en France, M6+, RMC BFM Play et Molotov. Pour les annonceurs, le fait que Teads soit désormais le trait d’union entre branding et performance signifie concrètement qu’ils sont en capacité de cibler sur le web les utilisateurs ayant visionné leurs campagnes sur la CTV. Ils peuvent également avec Teads mesurer l’impact de leurs campagnes CTV sur leurs performances business online. Pour les publishers, cela signifie que Teads parvient à tracter vers l’open web des budgets importants issus de ces packages de campagnes combinant CTV et open web. Et concernant le retail media ? Notre objectif est de permettre à nos clients annonceurs d’activer des campagnes sur de multiples réseaux de retail media à partir d’un seul point d’accès. Aujourd’hui nous sommes partenaires de Pentaleap (Home Depot, Farmacia San Pablo et Pague Menos, ndlr), par exemple, et nous continuerons d’annoncer d’autres alliances stratégiques. C’est une activité qui se structure chez nous et qui portera sans doute ses fruits dès 2027. OpenAI travaille avec Criteo pour monétiser ChatGPT. Teads est-elle en discussions avec les LLM ? Nous avons des expérimentations avancées avec des plateformes LLM de plus petite taille. Ce sont des acteurs qui équipent les sites d’éditeurs et de marques avec des agents conversationnels. Teads teste en ce moment pour ces fournisseurs l’insertion publicitaire. Ce sera sans doute notre prochain moteur de croissance. Par ailleurs nous accompagnons les marques et les éditeurs à être mieux cités par les grands LLM. Enfin, nous intégrons l’agentique à nos produits pour permettre aux agences de passer moins de temps sur notre plateforme tout en améliorant encore davantage leurs performances. Ces deux dernières années nous avons intégré l’IA pour faciliter la génération d’assets créatifs et optimiser les AB tests à la volée. L’IA et l’agentique sont intégrés à tous les niveaux de notre entreprise, la transformation que nous vivons avec l’IA est profonde.
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