● Journal du Net
📅 05/05/2026 à 10:11
On a testé le "Claude Cowork chinois" : la claque est réelle, le prix aussi
Géopolitique
👤 Benjamin Polge
Manus My Computer promet plus d'autonomie et de vitesse que Claude Cowork. Nous l'avons testé sur un cas d'usage concret de machine learning. Verdict : l'agent impressionne, mais le pris aussi. C'est l'agent IA qui a fait perdre plusieurs milliards de dollars de valorisation aux actions SaaS. Lancé en janvier par Anthropic, Claude Cowork s'est attaqué aux tâches difficilement automatisables des travailleurs du savoir. Avec une spécialisation sur le volet data (grâce à un partenariat avec Microsoft sur la suite Office), Claude Cowork s'est rapidement imposé comme l'agent de référence pour les knowledge workers. Moins de deux mois après, Manus, concurrent chinois le plus sérieux d'Anthropic sur le volet agentique, a dévoilé Manus My Computer, un clone de Claude Cowork avec un positionnement axé sur l'autonomie et la vitesse. Est-il pour autant aussi bon que son concurrent de San Francisco ? Réponse. Manus, Claude : un fonctionnement différent Pour utiliser Manus My Computer, l'éditeur chinois spécialisé dans l'agentique a développé une application Desktop sur le principe de Claude Desktop. Le mode My Computer fonctionne peu ou prou comme Claude Cowork : l'agent d'IA prend le contrôle de votre machine pour exécuter des tâches complexes. L'agent de Manus, cantonné comme Claude Cowork dans un dossier, utilise des commandes bash pour analyser et modifier les fichiers en local et peut contrôler vos applications locales avec son mode computer use. Manus demande l'approbation avant de réaliser une action, sauf si vous lui accordez l'autorisation par défaut. L'application est disponible sur macOS et Windows. De manière similaire à Dispatch, Manus My Computer peut être contrôlé depuis votre téléphone avec l'application Manus ou depuis Slack, Telegram ou encore Line. Manus va même au-delà des capacités de Claude et propose une API clef en main pour créer et lancer des tâches à distance. Manus met en avant des cas d'usage classiques (tri de photographies dans un dossier, gestion de factures...) mais aussi des cas plus avancés. L'éditeur chinois affirme par exemple qu'il est possible de créer des applications from scratch avec ce mode. Un collaborateur de la start-up aurait ainsi créé entièrement une app de traduction et de sous-titres en temps réel en Swift en seulement 20 minutes. Manus markete sa solution comme une alternative à OpenClaw (sans le nommer nommément) tournée vers l'usage réel en entreprise. L'entreprise conseille, ainsi, d'installer My Computer sur un Mac mini dédié allumé 24h/24. Manus Desktop se base sur la famille d'agents développée par Manus : Manus 1.6. Trois versions sont proposées : 1.6 Light pour des tâches simples 1.6 classique pour des tâches de difficulté moyenne 1.6 Max pour les cas d'usage complexes A la différence d'Anthropic, Manus ne maîtrise que le scaffold de son agent. Si la start-up ne communique pas les modèles utilisés par ses agents, les sous-traitants déclarés sur son Trust Center aiguillent fortement nos suspicions : Anthropic et Google Cloud notamment. On peut ainsi raisonnablement penser que Claude est le modèle moteur, complété par la suite Gemini sur d'autres tâches en fonction de la complexité. Dans tous les cas, tous les partenaires étant basés aux Etats-Unis, vos données personnelles ne devraient pas être envoyées en Chine. Un prix au crédit A la différence de Claude, facturé 20 dollars par mois avec Claude Pro ou 200 dollars pour l'offre Max, Manus fonctionne sur un système de crédits. Chaque action exécutée par l'agent consomme un nombre de crédits variable en fonction de sa complexité : une tâche simple de tri de fichiers coûtera quelques dizaines de crédits, tandis qu'un workflow complexe (création d'une application, recherche approfondie multi-sources) peut en engloutir entre 500 et 900. Free Standard Customizable Extended Team Prix / mois Gratuit 20 $ 40 $ 200 $ Sur devis Credits mensuels 0 4 000 8 000 40 000 4 000 / poste Credits quotidiens (refresh) 300 300 300 300 300 Taches simultanees 1 20 20 20 20 Taches planifiees 2 20 20 20 20 Deep research Non Oui Oui Oui Oui Deep research agentique Non Oui Oui Oui Oui Builder de site Non Oui Oui Oui Oui Generation de slides Non Oui Oui Oui Oui Acces beta Non Oui Oui Oui Oui SSO / Admin Non Non Non Non Oui Crédits partagés Non Non Non Non Oui Trois formules payantes sont proposées : Standard à 20 dollars par mois (4 000 crédits mensuels), Customizable à 40 dollars par mois (8 000 crédits) et Extended à 200 dollars par mois (40 000 crédits). Tous les plans, y compris le gratuit, bénéficient de 300 crédits de rafraîchissement quotidiens, d'un accès aux trois versions de l'agent Manus 1.6 et de 20 tâches simultanées. Une offre Team est également disponible avec un pool de crédits partagé entre les membres et des fonctions d'administration (SSO, contrôles d'accès). La facturation annuelle offre une remise d'environ 17%. Le positionnement tarifaire de Manus est agressif sur le papier (plus d’usage, dans la théorie, que Claude Cowork), mais le modèle au crédit introduit une imprévisibilité absente chez Anthropic. Le test du JDN Pour tester concrètement les capacités de l'agent de Manus, nous lui avons soumis un défi de machine learning appliqué au quotidien : construire, à partir de zéro, un modèle capable de classer automatiquement les fichiers du dossier Téléchargements. L'agent devait scanner le dossier, extraire les métadonnées de chaque fichier (extension, taille, horodatage, pattern de nommage), construire un dataset exploitable, entraîner un classifieur pour prédire la catégorie de destination de chaque fichier (documents de travail, factures, images, fichiers éphémères à supprimer...), puis appliquer le modèle pour réorganiser concrètement le dossier. Le tout de manière régulière. Nous donnons ainsi le prompt suivant à Manus Desktop avec l’agent le plus avancé (Manus 1.6 Max) : "Analyse mon dossier Téléchargements et construis un modèle de machine learning capable de classer automatiquement mes fichiers dans des catégories pertinentes. Commence par scanner l'ensemble du dossier pour extraire les métadonnées de chaque fichier (nom, extension, taille, date de création, date de dernière modification, profondeur dans l'arborescence), puis crée un dataset structuré à partir de ces données. Fais du feature engineering sur les noms de fichiers pour en déduire des signaux utiles (présence de dates, de hash, de mots-clés comme facture, contrat, screenshot, IMG...). Entraîne un modèle de classification (random forest ou gradient boosting) pour prédire la catégorie de destination de chaque fichier (documents de travail, factures et administratif, photos et images, installateurs et archives, fichiers temporaires à supprimer), évalue ses performances, puis applique-le pour réorganiser concrètement mon dossier en créant les sous-dossiers et en déplaçant les fichiers. Produis un rapport final. Et met en place un routine de trie basée sur le modèle une fois par semaine." © JDN / Capture d'écran Une fois le prompt envoyé et l'autorisation permanente d'accès au dossier Téléchargements donnée, Manus se lance. L'agent commence par créer un plan. Il exécute ensuite l'ensemble des commandes nécessaires à l'accomplissement de notre cas d'usage dans un environnement virtualisé (une VM Ubuntu). L'agent consulte les fichiers, construit un dataset et entraîne ensuite un modèle de classification. Il finit enfin par appliquer le modèle, produit notre rapport et met en place la routine de tri hebdomadaire demandée. Premier constat : Manus est beaucoup, beaucoup plus rapide que Claude Cowork. La tâche prend seulement une dizaine de minutes. Le résultat final est à la hauteur de nos attentes : le rapport produit (consultable ici) est propre, structuré, avec les métriques du modèle et le détail des fichiers déplacés par catégorie. Le classifieur a correctement identifié la grande majorité de nos fichiers et l'arborescence créée dans le dossier Téléchargements est immédiatement exploitable. Côté crédits, la tâche a consommé 1 078 crédits, soit plus d'un quart du forfait mensuel Standard (4 000 crédits) pour une seule opération. A raison de quelques tâches complexes par semaine, le budget crédits peut fondre très rapidement. Un excellent agent, malgré un pricing mésadapté Au terme de notre test, le constat est clair : Manus My Computer est, sur le papier, une excellente alternative à Claude Cowork. L'agent chinois fait le travail, et il le fait vite, très vite même. Le vrai point noir, c'est la consommation de crédits. Sur un usage intensif, la facture peut très vite dépasser celle d'un abonnement Claude Pro à 20 dollars, voire rivaliser avec l'offre Max à 200 dollars, sans la prévisibilité qu'offre un forfait fixe. Pour les entreprises qui veulent réellement automatiser leurs processus, Manus garde toutefois des avantages de taille : son API clef en main, son architecture pensée pour le déploiement (Mac mini dédié, pilotage distant) et son autonomie quasi-totale. On espère maintenant que Manus reverra le pricing… A moins que cette tarification (de plus en plus courante -> lien Devin) ne reflète tout simplement le coût réel de l'IA agentique en 2026, ce que personne n'a encore vraiment envie d'admettre.
🔗 Lire l'article original
👁️ 0 lecture