● Courrier International
📅 04/05/2026 à 16:16
La Chine veut généraliser le recours à l’IA pour assister les juges
Géopolitique
Un policier interagit avec le premier “robot de police routière doté d’une intelligence artificielle” à Wuhu, dans la province d’Anhui, en Chine, le 8 janvier 2026. photo CHEN XIAOBAO/CFOTO/AFP Avoir rendu les juges plus “productifs”… C’est ce dont se félicite le tribunal populaire intermédiaire de Shenzhen (TPIS), qui vient de publier un rapport sur un système pilote de “justice assistée par IA” lancé en juin 2024, dont se fait l’écho Xinlang Toutiao, la page d’actualités de la plateforme Sina Weibo. “Alors que tout le monde débat encore de la question de savoir si l’IA peut être utilisée dans le domaine crucial de la justice, voilà que nous apportons une réponse très concrète”, se félicite Kuang Xiaohua, le vice-président du TPIS, qui supervise l’ensemble des tribunaux de cette ville de la province du Guangdong, située dans le sud-est de la Chine. À lire aussi : Technologie. En Chine, des failles de sécurité inquiétantes chez les robots humanoïdes Pour appuyer ses dires, le juriste avance des chiffres : chaque juge de Shenzhen a expédié en moyenne 744 affaires en 2025, soit 249 de plus que l’année précédente. De fait, “les juges ont traité 50 % d’affaires de plus l’an dernier qu’en 2024”, calcule le South China Morning Post (SCMP). “Ce qui fait des juges de Shenzhen les plus efficaces du Guangdong, puisqu’ils ont traité 261 affaires de plus que la moyenne provinciale”, avance le quotidien de Hong Kong, dont Shenzhen est voisine. Un infatigable assistant numérique Le nombre moyen d’affaires traitées par les juges de Shenzhen en 2025 “est également deux fois supérieur à la moyenne nationale de 354 affaires recensées en 2024”, ajoute le Shenzhen Shangbao, ou “Journal commercial de Shenzhen”. Qui décline ses propres chiffres : 600 000 affaires traitées, 24 millions de tâches de modélisation accomplies, plus de 13 millions de dispositions de jurisprudence “suggérées de manière intelligente”… Le journal l’affirme : “Ce système est comparable à un assistant numérique travaillant 24 heures sur 24 pour chaque juge.” Mais de quoi parle-t-on exactement ? “Ce système intègre un moteur multimodèles combinant approches générales et spécialisées, ainsi qu’une base de connaissances juridiques faisant autorité, détaille Kuang Xiaohua, peu avare en verbiage technologico-juridique, auprès du site. Cela permet de résoudre efficacement le problème des hallucinations lié à la complexité des modèles [de langage à grande échelle].” À lire aussi : Société. Pour Pékin, la jeunesse chinoise subit un “lavage de cerveau” de l’étranger l’incitant à l’oisiveté Plus concrètement, le système se décline en cinq modules, qui permettent de “résumer avec précision les éléments de preuve”, d’“organiser les faits et identifier les points litigieux” ou de “transformer le processus de production standard de document de justice en algorithmes intelligents”. Forte des “gains de productivité accrus des juges” permis par cette expérience pilote, “la Cour suprême populaire a émis un avis très positif, et la prochaine étape consiste à la déployer à l’échelle nationale”, annonce Xinlang Toutiao. Quid de l’impartialité ? Cependant, relativise le SCMP, “le tribunal de Shenzhen souligne que les juges utilisant l’outil d’IA restent responsables de la décision finale à chaque étape du processus”. “Tout en encourageant les pratiques innovantes, ajoute le quotidien, cette mise en œuvre devra aussi résolument éviter l’idée fausse selon laquelle ‘les machines remplaceront les juges’.” À lire aussi : Tech. Leader mondial des drones grand public, la Chine va les interdire à Pékin Surtout, de sérieux doutes sont émis sur le fond : les droits de la défense seront-ils solubles dans les algorithmes ? Interrogée par le SCMP, Hao Yachao, avocate au barreau de Pékin, est sceptique : “L’IA est certes utile, mais elle ne peut remplacer l’élément le plus important dans un procès : l’impartialité et la droiture du juge.” Or, selon elle, l’IA va précisément renforcer “le caractère ‘trop mécanique’ du travail de certains juges chinois”, alors que c’est là que le bât blesse – la justice en Chine étant, in fine, soumise à la mainmise du Parti communiste au pouvoir pour chaque question dite “sensible” : “Cela ne résoudra pas la réticence [des juges] à assumer leurs responsabilités et le manque persistant d’indépendance de la justice.” Daniel Bastard Justice Asie Sur le même sujet Culture. Copyright : les entreprises d’IA remportent deux victoires judiciaires aux États-Unis Témoignages. Fatigue, stress, sentiment d’aliénation : en Chine, l’IA fait le tri entre les travailleurs Vu d’Asie. Sondages de popularité : la Chine est devant les États-Unis, qui “perdent le monde” Tech. Leader mondial des drones grand public, la Chine va les interdire à Pékin Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. 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