● Silicon.fr Télécom 📅 04/05/2026 à 15:59

Elon Musk contre OpenAI : une semaine pour cerner les enjeux

Intelligence Artificielle 👤 Philippe Leroy
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Pendant trois jours, Elon Musk a monopolisé l’attention. Habitué à contrôler son image publique depuis son empire ( SpaceX, Neuralink, X ), il a dû affronter un terrain nettement moins docile. « En général, les personnes dans sa position se battent bec et ongles pour ne pas être déposées ni aller au procès », observe Ann Lipton, professeure de droit à l’Université du Colorado, citée par le Washington Post « C’est une situation où il ne peut pas vraiment contrôler le récit. » Et cela s’est vu. Elon Musk a parfois paru irritable, a lancé des traits d’humour, glissé des références au film Terminator, et s’est attiré les foudres répétées de la juge Yvonne Gonzalez Rogers. Lorsqu’il a reproché à l’avocat principal d’OpenAI de poser une question suggestive, la juge l’a interrompu et lui a demandé de répéter après elle : « Je ne suis pas avocat. » Elon Musk s’est exécuté non sans ajouter : « J’ai quand même suivi le cours « Droit 101 », techniquement. » L’assistance a ri. Le tribunal, lui, a rapidement repris ses droits. La juge a également dû le rappeler à l’ordre lorsqu’il a répété, à plusieurs reprises, que l’IA pourrait « nous tuer tous » si elle n’était pas développée de manière responsable. « Ce n’est pas un procès sur les risques de sécurité de l’intelligence artificielle », a-t-elle tranché sèchement, en dehors de la présence du jury. « Je soupçonne qu’il y a beaucoup de gens qui ne voudraient pas mettre l’avenir de l’humanité entre les mains de M. Musk ; mais peu importe, nous n’allons pas aborder ces questions. » Des aveux qui font désordre La contre-interrogation menée par les avocats d’OpenAI a livré plusieurs moments saillants. Elon Musk a admis, sans y être directement contraint, que xAI ( son entreprise d’IA récemment absorbée par SpaceX ) était une « très petite société », environ dix fois plus petite qu’OpenAI. Il a même proposé spontanément un classement des acteurs du secteur : Anthropic en tête, suivi d’OpenAI, Google, les modèles open source chinois, et enfin xAI en cinquième position. Lire aussi : Stargate : le grand chantier d'OpenAI qui se dégonfle Plus embarrassant encore : questionné sur la pratique de la « distillation », un procédé par lequel un modèle d’IA apprend en soumettant des centaines de milliers de questions à un autre modèle existant, technique dont le modèle chinois DeepSeek a été accusé de se servir abusivement , Musk a reconnu que xAI y avait eu partiellement recours vis-à-vis de modèles concurrents. « Les entreprises d’IA ont généralement distillé les modèles d’autres entreprises d’IA », a-t-il dit. « Donc, c’est un oui ? », a insisté William Savitt, l’avocat principal d’OpenAI. « En partie », a concédé Elon Musk. Parmi les pièces à conviction les plus redoutables figure un journal personnel de Greg Brockman, obtenu lors de la phase de découverte judiciaire. En 2017, le président d’OpenAI y écrivait : « Nous avons pensé que peut-être nous devrions simplement basculer vers le for-profit. Gagner de l’argent pour nous semble formidable et tout. » Lors d’une déposition enregistrée en septembre, Greg Brockman a affirmé que cette note renvoyait simplement à la nécessité d’un « plan de revenus pour poursuivre la mission » d’OpenAI. Jared Birchall, l’homme de l’ombre de Elon Musk L’affaire s’est également étendue à Jared Birchall, l’homme de l’ombre de Elon Musk, peu habitué aux projecteurs. Des échanges de SMS révélés à l’audience montrent que Shivon Zilis ( ancienne membre du conseil d’administration d’OpenAI et mère de quatre des enfants de Elon Musk ) avait alors écrit à Jared Birchall : « Heads up. Il semble que Greg [Brockman], Ilya [Sutskever], Elon sont partants pour le for-profit. » Or, Elon Musk avait affirmé avoir demandé à Jared Birchall de déposer les statuts d’une entité commerciale pour OpenAI « au cas où ce serait nécessaire, mais ça ne l’a finalement pas été ». Une précision qui fragilise sa thèse d’un basculement commercial fomenté dans son dos. À l’extérieur du tribunal, le spectacle était à la mesure de l’affaire. Des journalistes et curieux faisaient la queue avant l’aube pour espérer obtenir l’un des 30 sièges non réservés. La salle de débordement, capable d’accueillir 100 spectateurs supplémentaires, affichait complet chaque jour. Des militants anti-IA manifestaient sur le trottoir. Des punching-balls gonflables à l’effigie de Musk et Altman trônaient devant l’entrée. Cette semaine, le procès se poursuit avec la comparution attendue de Greg Brockman, suivi dans les prochains jours de Sam Altman, du PDG de Microsoft Satya Nadella, de l’ancienne directrice technique d’OpenAI Mira Murati et du cofondateur Ilya Sutskever.
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