● Courrier International 📅 01/05/2026 à 16:53

Complexe, hybride et technologique : le conflit en Iran illustre les transformations de la guerre

Géopolitique
Illustration
Des navires dans le détroit d’Ormuz, au large de la péninsule de Moussandam (Oman), le 1er mai 2026. PHOTO Stringer/REUTERS Le 28 février 2026 marque un tournant décisif dans la conflictualité mondiale. Ce jour-là, une offensive conjointe américano-israélienne frappe des sites stratégiques en Iran, ouvrant une séquence d’escalade militaire sans précédent au Moyen-Orient. Depuis, le conflit s’est étendu, mêlant frappes massives, attaques de drones, opérations cybernétiques et guerre indirecte, révélant une mutation profonde. La guerre contemporaine n’est plus seulement une confrontation d’armées régulières. Elle est devenue un système complexe, hybride et technologique. Le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, en 2026, en est l’illustration la plus récente et la plus frappante. Asymétrie du faible au fort L’opération initiale, connue sous le nom “Opération Lion’s Roar” [“Lion rugissant”], a visé les infrastructures nucléaires et militaires ainsi que les centres de commandement iraniens. Elle s’inscrit dans une logique de guerre préventive, qui vise à neutraliser les capacités stratégiques adverses avant qu’elles ne soient pleinement opérationnelles. Cette frappe a notamment entraîné la mort du guide suprême iranien, bouleversant l’équilibre politique interne du pays. Mais c’était sans compter sur les exceptionnelles capacités de résilience et de réinvention iraniennes. À lire aussi : Analyse. Guerre en Iran : ce discours religieux qui sert de moteur idéologique aux trois belligérants Donc, loin de provoquer un effondrement, cette offensive a déclenché une riposte massive. Téhéran a lancé des centaines de drones et de missiles balistiques contre Israël et plusieurs bases américaines dans le Golfe, inaugurant une phase de guerre asymétrique à grande échelle. En quelques jours, des villes israéliennes ont été touchées, notamment Beit Shemesh, où une frappe a causé des victimes civiles. Cette dynamique s’est rapidement régionalisée. Le 28 mars 2026, les rebelles houthistes du Yémen entrent officiellement dans le conflit en tirant des missiles sur Israël, ouvrant un nouveau front stratégique. Dans le même temps, des attaques de drones ciblent des installations pétrolières au Koweït et des infrastructures maritimes, mettant en péril les routes énergétiques mondiales. L’un des événements les plus révélateurs de cette mutation reste l’attaque du 18 mars 2026 contre le champ gazier de South Pars, pilier énergétique iranien. Cette frappe a entraîné une chute significative de la production de gaz et une flambée immédiate des prix mondiaux de l’énergie. En réponse, l’Iran a multiplié les attaques contre des infrastructures énergétiques dans toute la région, transformant les ressources économiques en cibles militaires stratégiques. Automatisation du champ de bataille Dans cette guerre, la technologie joue un rôle central. Les drones sont devenus des armes décisives. Selon des évaluations du renseignement américain relayées par le forum en ligne indépendant Just Security, l’Iran dispose encore de milliers de drones malgré les bombardements intensifs. Ces engins permettent de saturer les défenses adverses, illustrant une logique d’usure où la quantité l’emporte sur la sophistication. Cette stratégie a été visible dans plusieurs attaques coordonnées visant des raffineries, des bases militaires et même des installations civiles. L’utilisation massive de drones à bas coût remet en cause les systèmes de défense classiques, souvent conçus pour intercepter des menaces plus aiguës. Parallèlement, l’intelligence artificielle (IA) s’impose comme un outil clé, une menace contre les infrastructures vitales. Israël a notamment utilisé des plateformes avancées pour identifier et cibler des responsables militaires iraniens. Selon le journal The Washington Post, des opérations d’élimination ciblées ont été menées grâce à l’analyse en temps réel de données issues de multiples sources, renforçant la précision des frappes tout en accélérant le processus décisionnel. À lire aussi : Vu de Chine. Trump appelle Pékin à sécuriser le détroit d’Ormuz : une “logique simpliste et absurde” Cette automatisation progressive du champ de bataille marque une rupture. La guerre devient une affaire d’algorithmes, de capteurs et de traitement de données. Les États-Unis ont ainsi conduit plus de 11 000 frappes en un mois, dont certaines basées sur des informations en temps réel issues de systèmes intelligents, affirme notamment le quotidien The New York Post. Cependant, cette domination technologique n’est pas absolue. Malgré l’intensité des bombardements, l’Iran conserve une capacité de nuisance significative. Près de la moitié de ses lanceurs de missiles serait encore opérationnelle, preuve de la résilience des stratégies asymétriques. La guerre s’étend également au cyberespace et aux infrastructures critiques. Des installations de dessalement, essentielles pour l’approvisionnement en eau dans le Golfe, ont été ciblées, montrant que les besoins vitaux des populations deviennent des leviers de pression stratégique. La fin de la puissance Cette évolution traduit une transformation profonde : la guerre ne vise plus seulement à vaincre militairement l’adversaire, mais à affaiblir sa capacité à fonctionner en tant que société. Les marchés énergétiques, les chaînes d’approvisionnement et même les flux commerciaux deviennent des champs de bataille indirects. Dans ce contexte, les déclarations politiques participent elles aussi à l’escalade. Le président américain a menacé de frapper les infrastructures vitales iraniennes, y compris les centrales électriques et les ponts ; ce qui soulève des inquiétudes quant au respect du droit international humanitaire. À lire aussi : Géopolitique. De bluffs en ultimatums : les États-Unis, l’Iran, et la stratégie de la corde raide De Kiev à Téhéran, la guerre du XXIe siècle s’impose comme un conflit technologique, asymétrique et multidimensionnel. Les événements récents au Moyen-Orient montrent que même une puissance fortement bombardée peut continuer à frapper grâce à des moyens flexibles, diffus et innovants. La guerre n’est plus une question de supériorité brute, mais de capacité d’adaptation, comme le faisait remarquer l’expert sénégalais des questions de défense et de sécurité Abdou Latif Aïdara. Il précisait que l’objectif iranien n’était pas de gagner la guerre, mais d’user et d’affaiblir les capacités militaires de ses adversaires. Dans ce nouvel ordre stratégique, drones, données et intelligence artificielle deviennent désormais de véritables instruments de puissance. Mais cette transformation ouvre aussi une ère d’incertitude où les lignes entre guerre et paix, civils et militaires deviennent de plus en plus floues, dans un contexte où le droit international humanitaire ne cesse de régresser. Daouda Diouf Lire l’article original Moyen-Orient Guerre en Iran Afrique Sur le même sujet Analyse. La guerre en Iran pourrait offrir à Moscou une nouvelle manne pétrolière Guerre en Iran. Téhéran resserre son emprise sur le détroit d’Ormuz Économie. Dans le canal de Panama, la guerre en Iran fait bondir les coûts de passage Diplomatie. Les États-Unis envisagent d’écarter l’Espagne de l’Otan, mais en ont-ils les moyens ? Source de l’article Le Soleil (Dakar) Le Soleil est un quotidien dont l’État sénégalais est l’actionnaire majoritaire. Fondé par le premier président Léopold Sédar Senghor en 1970, il est l’héritier des journaux Paris-Dakar (1933-1961) et Dakar-Matin (1961-1970). Tous les articles de la version papier du journal sont disponibles sur le site. La consultation des archives est gratuite et la navigation aisée. Lire la suite Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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