● Courrier International
📅 01/05/2026 à 15:21
Les biopics musicaux, dernier espoir d’“un secteur à la limite de la noyade”
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Jaafar Jackson dans le rôle de Michael Jackson dans le biopic “Michael”. Le succès du biopic musical consacré à Michael Jackson semble confirmer une réalité frappante : les questions d’objectivité, d’intégrité et de véracité des faits importent peu au public pour qui, d’après le quotidien britannique “The Guardian”, il est normal qu’une pop star soigne sa propre image et la monétise sans scrupule. PHOTO Glen Wilson/Lionsgate Hollywood. Les biopics musicaux, dernier espoir d’“un secteur à la limite de la noyade” 1 mai 2026 Après les biopics de chanteurs morts (John Lennon, Elvis Presley, Freddie Mercury, Bob Marley…), Hollywood s’est attelé à raconter les gloires et les déboires (mais surtout les gloires) de chanteurs encore vivants, comme Bob Dylan ou Bruce Springsteen. De retour outre-tombe avec le film consacré au roi de la pop. “Michael va marquer un tournant pour le genre du biopic musical”, estime The Guardian. Mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire. Selon le quotidien britannique, le film semble confirmer “certaines réalités frappantes” du secteur : ce n’est pas sa qualité qui fait l’événement mais bien le fait qu’il soit sans saveur et pensé pour les fans. Jaafar Jackson dans le rôle de Michael Jackson dans le biopic “Michael”. Photo Glen Wilson/Lionsgate Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réception critique de Michael a été mitigée. “Un film désespérément creux et poussif”, selon Peter Bradshaw, dans les colonnes du Guardian ; “insultant à la fois pour le public et pour le sujet”, cingle Alissa Wilkinson, dans le New York Times. Pourtant, au box-office nord-américain, le film a engrangé “la somme colossale de 38,5 millions de dollars [33 millions d’euros]” sur la seule journée de vendredi, jour de la sortie du film aux États-Unis. Ses recettes dans le monde devraient dépasser le milliard de dollars. Qu’est-ce que cela signifie ? Pour Steven Gaydos, ancien rédacteur en chef de Variety, c’est simple : “Les fans veulent voir quelqu’un danser et entendre ses plus grands tubes. Ils se contrefichent de savoir si l’histoire colle ou non à la réalité.” Une fan lors du concert “Michael Forever”, organisé en hommage à Michael Jackson, au Millennium Stadium de Cardiff, au pays de Galles, le 8 octobre 2011. PHOT LEON NEAL/AFP “Ce qu’il faut retenir, c’est,semble-t-il, que le publicaccorde toujours plusd’importance à la possibilitéde reprendre des chansonsen chœur qu’aux questionsd’objectivité, d’intégritéet de véracité.” Le quotidien britannique The Guardian Ce manque d’objectivité peut s’avérer pratique. Si Michael est le biopic musical le plus cher jamais réalisé, 50 des 200 millions de dollars qu’a coûté le film “ont servi à financer la reprise du tournage, nécessaire après que les producteurs se sont rendu compte que le règlement d’un contentieux avec l’un des hommes ayant accusé le chanteur d’agression sexuelle les obligeait à supprimer l’intégralité du troisième acte”. Jaafar Jackson dans le rôle de Michael Jackson dans le biopic “Michael”. “Il n’a pas été nécessaire de prendre le moindre recul pour réaliser la plupart de ces documentaires et séries consacrés à des célébrités”, affirme le réalisateur Kevin MacDonald dans “The Guardian”. Photo Glen Wilson/Lionsgate C’est pourquoi le biopic se concentre sur les trente premières années de la vie du chanteur. Et passe allègrement sous silence les accusations de pédocriminalité dont il a fait l’objet plus tard dans sa vie. “Le public ne semble passe soucier [de la vérité].Beaucoup de ces filmsne visent qu’à satisfaireles fans.” Le réalisateur Kevin MacDonald au quotidien britannique The Guardian Kevin MacDonald a réalisé des films sur Whitney Houston, Mick Jagger, Bob Marley et John Lennon. Il explique dans The Guardian que “leur poids est d’autant plus important que les traits sont forcés, les clichés grossiers et les références musicales évidentes”. Il poursuit : “Le public de ces films sait à quoi s’attendre. Il peut compter sur de la super musique même si le récit est insipide.” Rami Malek dans le rôle de Freddie Mercury, dans “Bohemian Rhapsody”. “C’était extatique et totalement immersif”, se souvient Kevin MacDonald. Photo 7e Art/20th Century Fox/Photo12/AFP D’après lui, le succès de Bohemian Rhapsody tient tout entier à la reconstitution des dix dernières minutes du Live Aid. Le hic de cette configuration, c’est que le récit est soumis au contrôle des ayants droit ou des célébrités, lorsqu’elles sont encore en vie, qui acceptent volontiers d’apparaître au générique en tant que producteurs des films qui leur sont consacrés. “Ce n’est pas un secret !L’idée selon laquellela vie d’un artistedoit être traitéesous un anglejournalistiquen’a pas tenu.” Le réalisateur Kevin MacDonald au quotidien britannique The Guardian Austin Butler dans le rôle d’Elvis Presley dans “Elvis”. PHOTO Warner Bros/Bazmark Films En plus, “Instagram, TikTok et X ont ancré un peu plus dans l’esprit du public l’idée selon laquelle il est normal qu’une pop star soigne sa propre image et la monétise sans scrupule”, renchérit le quotidien britannique. “Dans la mesure oùce que le public veut,c’est bénéficier d’unservice juke-box de basereprenant des spectaclescomme MJ. The Musical(319 millions de dollarsen cinq ans), la principalepréoccupation desproducteurs, c’est d’arriverà se procurer des tubes.” Le quotidien britannique The Guardian “Il est bien plus facile de regarder un film de concert idéalisé reprenant les plus grands succès de Jackson et de se complaire dans l’euphorie”, regrette Vox. “Mais une analyse honnête de l’héritage de Jackson exigerait d’affronter la force des preuves qui pèsent contre lui, avec toutes leurs zones d’ombre, défend le site américain, et de ne pas détourner le regard.” Jaafar Jackson dans le rôle de Michael Jackson dans le biopic “Michael”. Photo Kevin Mazur/Lionsgate Seulement, il semblerait qu’Hollywood n’ait d’autre choix que de surfer sur ce succès : “Un secteur à la limite de la noyade comme celui-ci ne peut pas se permettre d’ignorer les débris flottants qui pourraient lui servir de bouée de sauvetage.”— Éloïse Duval À lire aussi : Cinéma. 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