● Presse-Citron 📅 01/05/2026 à 11:03

« C'est presque le triple du prix » : Honda et le pari un peu fou de la moto électrique (Interview)

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© Presse-citron x ChatGPT 0 Alors que le marché de la moto électrique est en berne, Honda, premier constructeur de motos au monde, lance son premier modèle, la WN7. Sacré sens du timing ! Pourtant, Frédéric Puybareaud, directeur de la division moto chez Honda France, semble solide sur ses appuis. Dans une interview accordée à Presse-citron, il explique pouvoir afficher cette sérénité car Honda a pris le temps de construire un projet industriel solide. La WN7 n’est ni un prototype, ni un modèle de niche. C’est une moto électrique à part entière, conçue spécifiquement pour ce type de motorisation, disponible en version permis A2 (équivalent 125 cc) et en 50 kW pour les titulaires du permis toutes catégories. Afin de toucher un public large, Honda positionne la WN7 à 15 000 euros, soit un prix en dessous des spécialistes du secteur. Par exemple, Zero Motorcycles, marque américaine présente depuis une vingtaine d’années, dépasse les 20 000 € sur des produits comparables. © Honda Côté technique, la WN7 peut compter sur une recharge rapide compatible superchargeur. La batterie fixe est intégrée au châssis, contrairement aux packs amovibles des modèles M1 et Qivi qui l’ont précédée dans la gamme Honda. Cela lui permet de se recharger de 20 à 80% en trente minutes. « Notre moto est très bien accueillie en termes de design, de maniabilité, de performances de freinage », se félicite Frédéric Puybareaud, ajoutant que le temps de charge constitue désormais un argument de vente à part entière. Sur le plan technologique, Honda revendique une rupture avec ce qui existait avant elle. « Nous sommes la première grande marque à sortir une vraie nouveauté sur le marché », affirme le directeur de la division moto. Harley-Davidson avait certes ouvert la voie avec la LiveWire, mais le constructeur américain n’avait pas encore à disposition l’ensemble des technologies aujourd’hui embarquées sur la WN7 : grand écran, connectivité avancée, systèmes d’aide à la conduite. Un marché en berne © Presse-citron x NotebookLM Si la WN7 se montre séduisante, parviendra-t-elle à rencontrer son public ? Difficile à dire dans la mesure où le marché de la moto électrique est plutôt préoccupant. En France, l’instauration du stationnement payant pour les deux-roues motorisés à Paris avait provoqué une ruée vers les 50cc électriques. « Pendant les six premiers mois, évidemment tout le monde a paniqué et tout le monde a basculé », se souvient Frédéric Puybareaud. Les ventes avaient explosé, notamment en Île-de-France, portées par l’urgence réglementaire plus que par une conviction d’usage. Depuis ce pic, le marché de la moto électrique en France se contracte d’environ 20% par an. Il ne représente plus aujourd’hui que 500 à 600 véhicules écoulés annuellement sur l’ensemble du territoire, toutes marques et tous segments confondus. BMW résiste mieux que les autres avec ses modèles CE, scooters électriques premium qui ont su se construire une clientèle fidèle. Mais derrière, le marché est fragmenté entre de petites marques chinoises (Super Soco en tête) et des véhicules aux positionnements atypiques, comme le CityCoco, dont les ventes dans les DOM-TOM se sont effondrées avec la suppression des subventions d’État qui les alimentaient. © Presse-citron x ChatGPT Trois obstacles structurels expliquent ce plafond de verre. L’autonomie, d’abord : les motos électriques actuelles ne permettent pas d’envisager des trajets longue distance. « Faire Paris-Marseille en deux-roues électrique, ça va être beaucoup plus compliqué, on est contraint par la taille des batteries, le poids, et donc forcément la maniabilité du véhicule », reconnaît Frédéric Puybareaud. Le prix, ensuite : avec une 125cc thermique accessible autour de 4 800 à 5 000 €, proposer un équivalent électrique à 15 000 € revient à demander à l’acheteur de multiplier sa dépense par trois. Un écart sans équivalent dans l’automobile, où le différentiel électrique/thermique tourne plutôt autour de 20 à 25%. Enfin, la culture motarde a la dent dure. Une part significative des deux-roues est achetée pour le plaisir, pour les sensations, pour le son d’un moteur à explosion poussé dans ses retranchements. Des attributs que l’électrique, aussi performant soit-il, ne peut pas reproduire. Honda, leader d’un marché en pleine mutation Frédéric Puybareaud, directeur de la division moto chez Honda France / © LinkedIn – Frédéric Puybareaud Ce contexte difficile sur l’électrique ne semble pas faire peur à Honda. Il faut dire que la marque a les reins solides. Il y a cinq ans maintenant, elle s’est repositionnée comme leader du marché français, après vingt ans de disette. Elle revendique aujourd’hui 21% de parts de marché, distançant nettement son premier poursuivant à 13,8%. Sa domination s’exerce sur l’ensemble du marché. Le segment dit “commuting” (125cc, scooters urbains, gros scooters) lui revient à hauteur de 30% de parts. Le segment “fun” (grandes cylindrées, roadsters, trails) lui appartient tout autant. Au global, le marché penche légèrement côté fun, dans un rapport 55/45, phénomène en partie imputable aux réglementations urbaines qui ont progressivement découragé l’usage des scooters dans les grandes agglomérations, Paris en tête. Frédéric Puybareaud explique par ailleurs que la concurrence de Honda va bien au-delà de la moto. « Aujourd’hui on ne doit pas se voir comme des constructeurs de motos, mais comme un constructeur de mobilité. » explique-t-il. Parmi les autres modes de transport, le vélo (électrique ou mécanique) est sans doute son concurrent le plus sérieux. « Aujourd’hui, si vous voulez vous déplacer à Paris, c’est presque plus facile de circuler à vélo qu’à deux-roues motorisés, et moins contraignant. » assure-t-il. La géographie des ventes illustre d’ailleurs cette fracture. La région PACA reste le premier marché national de la moto, devant l’Île-de-France, où les réglementations successives ont rogné les volumes. En zone rurale, les 125cc se vendent davantage sous forme de motos ; en ville, sous forme de scooters, prisés notamment par les livreurs et les cadres urbains. La stratégie Honda : l’électrique, mais pas que © Honda Fort de sa place de leader, Honda a donc construit une stratégie où l’électrique faisait partie d’un tout. « Ce ne sont pas des véhicules de remplacement, mais une alternative de mobilité », explique le directeur France. Honda ne cherche donc pas à convertir son cœur de clientèle (les amateurs de grandes cylindrées, les motards du week-end, les passionnés de performances). L’objectif est plutôt d’aller chercher des profils nouveaux, des urbains déjà engagés dans la transition électrique via leur voiture, des personnes souhaitant un second véhicule léger pour les déplacements quotidiens, ou encore (segment moins attendu) des conducteurs temporairement privés de permis qui trouveraient dans un 125cc électrique une solution de repli. D’ailleurs, sur un marché à 500 unités par an à peine, l’ambition de Honda n’est pas de prendre des parts de marché à BMW ou Zero Motorcycles. Sa stratégie consiste plutôt à faire grossir le gâteau. « On compte essayer de faire croître ce marché en y intégrant notre moto, pas en venant prendre des parts de marché, mais en venant développer le marché », explique Frédéric Puybareaud. Pour cela, Honda assume d’avoir revu ses ambitions à la baisse. La marque s’était engagée à investir plusieurs milliards d’euros d’ici 2030 pour électrifier l’ensemble de sa gamme (voitures et motos confondues). « On a ralenti un peu le processus », concède Frédéric Puybareaud. Les coûts de développement et de fabrication sont restés trop élevés pour tenir ce calendrier sans compromettre la rentabilité. Pour Honda, l’électrique s’inscrit davantage dans une stratégie de transition énergétique globale. L’entreprise mise sur un avenir multi-énergies. L’électrique prendra sa place dans les usages urbains, là où ses contraintes d’autonomie sont moins pénalisantes. L’hydrogène et les carburants de synthèse pourraient, à plus long terme, offrir une alternative décarbonée aux usages longue distance (sans les contraintes de poids et de volume inhérentes à la batterie). « On a le devoir, en tant que grand constructeur, d’étudier toutes les options possibles en amont sur les énergies renouvelables ou autres pour remplacer l’usage des moteurs thermiques », conclut Frédéric Puybareaud. Honda s’engage sur le long terme © Presse-citron x ChatGPT Derrière la stratégie produit, Honda porte deux projets d’envergure : le zéro émission et le zéro accident. Zéro émission carbone d’ici 2050. L’objectif couvre l’intégralité du cycle de vie (de la fabrication à l’usage en passant par la fin de vie du véhicule). Cela implique le déploiement de nouvelles motorisations, mais aussi le recours à des matériaux innovants : le Durabio, plastique biosourcé issu du maïs, est déjà utilisé sur plusieurs modèles de la gamme (Africa Twin, X-ADV, Forza 750). Honda travaille par ailleurs à la structuration de filières de recyclage : récupération de plastiques en mer, retraitement des chutes de production, valorisation des pare-chocs de véhicules en fin de vie. Zéro accident corporel Honda avait ouvert ce chantier en équipant la Gold Wing du premier airbag de série sur une moto. La marque poursuit avec des systèmes ADAS qui font communiquer radar, caméras et GPS pour anticiper les situations à risque (piéton qui traverse, enfant qui surgit, véhicule qui freine brusquement). En France, Honda vient de signer un partenariat avec In&motion, spécialiste des gilets airbag connectés, pour co-développer un équipement à la marque, avec l’ambition d’un déploiement à l’échelle européenne. 📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp. Newsletter 🍋 Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech Votre email : Je m'inscris J'ai lu et accepte les termes et les conditions Laissez ce champ vide si vous êtes humain : À la uneHondaInterviewmotoMoto électrique Sur le même sujet On a testé la WN7, la première moto électrique Honda : pourquoi elle est réussie Afeela, c’est fini : Sony et Honda mettent fin à leur projet de voiture électrique (avec une intégration de PlayStation) La Mobylette revient en 2026 et, cette fois-ci, elle sera électrique Honda change à son tour de logo pour marquer un nouveau départ Les dernières actualités « C’est presque le triple du prix » : Honda et le pari un peu fou de la moto électrique (Interview) Les ventes de voitures électriques explosent de 48 % en France. 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