● Journal du Net
📅 30/04/2026 à 18:09
Et si nos autoroutes devenaient les nouvelles stations-service ?
Data Science
👤 Rahma Jemai
Sur l'A10, un tronçon expérimental permet à des véhicules électriques de se recharger en roulant. Une première en France, et peut-être un tournant pour la mobilité électrique. Sur un tronçon de 1,5 kilomètre de l’A10, la France teste la recharge électrique en mouvement. Un projet mené par VINCI Autoroutes et ElectReon, qui équipe la chaussée de bobines capables d’alimenter les véhicules pendant qu’ils roulent. Les premiers essais affichent jusqu’à 300 kW de puissance transmise, sans arrêt ni branchement. L’ambition est claire, prouver que cette technologie peut accélérer la transition vers une mobilité vraiment continue. Si l’expérience réussit, nos autoroutes pourraient devenir plus que de simples voies de circulation. Elles pourraient devenir des acteurs à part entière de la transition énergétique. Comment l’asphalte alimente les voitures ? La recharge en mouvement s’impose peu à peu comme une solution d’avenir. Sur l’A10, la technologie testée transforme chaque mètre parcouru en source potentielle d’énergie. Les véhicules récupèrent une partie de leur autonomie en roulant, sans arrêt ni branchement. Derrière cette expérimentation se joue bien plus qu’une prouesse technique. Si elle se déploie à grande échelle, elle pourrait alléger les batteries, réduire la pression sur les réseaux de bornes et, à terme, changer la manière d’aménager les infrastructures routières. La route devient alors un maillon du système énergétique, un espace capable de produire, de stocker et de distribuer l’électricité. Quand l’autoroute devient un acteur énergétique Cette expérimentation marque une rupture dans la manière de penser les infrastructures. Longtemps symbole de consommation, la route pourrait devenir un levier de production. En intégrant l’énergie à son fonctionnement, elle change de statut et entre dans le champ des politiques de transition. L’enjeu dépasse la technique. Il touche à la souveraineté énergétique, à la place des acteurs publics et privés, et à la façon dont on finance la mobilité du futur. Si les autoroutes produisent de l’électricité, elles deviennent des ressources à part entière. Les gestionnaires d’infrastructures pourraient demain être aussi des fournisseurs d’énergie. La France explore ainsi une nouvelle logique : celle d’un réseau routier connecté, productif et potentiellement rentable, au service d’une mobilité plus durable. Une expérimentation au cœur de la stratégie française Le test mené sur l’A10 s’inscrit dans une trajectoire plus large, celle d’une France qui accélère sa transition vers la mobilité électrique. Selon le gouvernement, plus de deux millions de véhicules électriques devraient circuler d’ici 2030, un objectif qui impose de repenser les infrastructures à grande échelle. L’autoroute devient alors un terrain d’expérimentation stratégique. En intégrant la production et la distribution d’énergie à la route, le pays cherche à réduire la pression sur les réseaux et à anticiper la hausse de la demande. Cette vision mêle innovation industrielle, aménagement du territoire et planification énergétique. Elle interroge la place de chaque acteur, du concessionnaire à la collectivité, dans la construction de ce nouveau modèle. Le projet de l’A10 pourrait ainsi servir de test grandeur nature pour mesurer la capacité française à articuler ambition écologique, coordination publique et viabilité économique. Des effets mesurables sur l’environnement et les usages Selon ADEME, la production d’une batterie de 60 kWh peut générer des tonnes de CO₂ avant même que le véhicule ne roule. Le projet "Charge as you drive", testé sur un tronçon de 1,5 km de la Autoroute A10, indique qu’avec la recharge en mouvement, la taille des batteries pourrait être significativement réduite, ce qui allègerait aussi l’empreinte carbone du véhicule. Le transport routier représente encore près d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre en France. Si la technologie de recharge dynamique se déployait à large échelle, elle pourrait transformer la façon dont l’énergie circule et est consommée dans la mobilité : moins de temps perdu à recharger, moins de dépendance aux bornes, et un usage plus fluide. Une étape décisive pour la mobilité électrique française Depuis 2020, la France avance pas à pas vers une mobilité électrique plus cohérente. Après les bornes installées sur les grands axes et les premiers tests de routes solaires, le projet lancé début 2025 sur l’A10 marque une nouvelle étape. C’est la première fois qu’une portion d’autoroute française permet de recharger un véhicule en mouvement. Ce programme place le pays parmi les pionniers européens de la recharge dynamique aux côtés de la Suède et de l’Italie. Chaque essai vise à vérifier la performance technique, la durabilité des matériaux et la compatibilité avec les modèles existants. L’objectif est de préparer un déploiement progressif d’ici 2030, adapté au réseau national et aux usages réels des conducteurs. La démarche reste mesurée mais ambitieuse. En testant avant de généraliser, la France confirme son rôle d’avant-garde pragmatique de la transition énergétique. Si la viabilité économique suit, nos autoroutes pourraient bien devenir les nouveaux piliers d’une mobilité vraiment durable.
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