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📅 30/04/2026 à 15:34
Stargate : le grand chantier d'OpenAI qui se dégonfle
Intelligence Artificielle
👤 Philippe Leroy
C’est le projet qui devait changer la face de l’IA mondiale. En janvier 2025, Donald Trump convoquait les caméras pour annoncer Stargate : une coentreprise à 500 milliards $ réunissant OpenAI, Oracle, le fonds souverain émirati MGX et le japonais SoftBank, destinée à financer et construire des centres de données dédiés à OpenAI. Quinze mois plus tard, selon une enquête du Financial Times ( FT), le projet ressemble davantage à un millefeuille de deals bilatéraux qu’à une alliance structurée. « Je ne sais plus ce que « Stargate » signifie aujourd’hui », confie au FT une personne impliquée dès le départ dans le déploiement des infrastructures. « C’est une notion complètement dépassée. » Des chantiers abandonnés, des partenaires froissés Les signaux d’alerte se sont multipliés ces dernières semaines. OpenAI a suspendu un projet de centre de données dans le nord-est de l’Angleterre et reconfiguré un autre à Narvik, en Norvège ; tous deux montés avec le neocloud Nscale. L’inventeur de ChatGPT a également renoncé à étendre son site phare d’Abilene, au Texas, refusant de lever une option de bail avec le promoteur Crusoe. Lire aussi : Procès OpenAI : Elon Musk et Sam Altman s'affrontent sur les origines d'une trahison Dans les deux cas, c’est Microsoft qui a repris les capacités délaissées. Selon une source proche de Crusoe citée par le FT, le géant de Redmond était « un locataire préférable », sous-entendu : plus solvable. Une pique à peine voilée à l’adresse d’OpenAI, dont les déficits restent abyssaux. La rupture avec Nscale a particulièrement agacé le gouvernement britannique. La start-up avait investi massivement en anticipation des contrats promis. Le ministre britannique de l’IA, Kanishka Narayan, a publiquement contredit la justification avancée par OpenAI ( des contraintes réglementaires et des coûts énergétiques trop élevés) en affirmant que « la seule chose qui a changé depuis ces engagements, c’est l’environnement de financement d’OpenAI ». De la joint-venture au deal bilatéral En coulisses, la transformation est radicale. Selon des personnes proches du dossier interrogées par le FT, OpenAI a de fait abandonné la structure de coentreprise au profit d’une série de grands accords bilatéraux. Oracle tient le rôle principal avec son engagement à fournir 4,5 gigawatts de capacité de calcul sur cinq ans pour 300 milliards $. AMD, Broadcom, Nvidia, CoreWeave et Cerebras ont également signé des partenariats, dont le total cumulé a dépassé à un moment le millier de milliards de dollars...avant d'être partiellement revu à la baisse. Cette flexibilité tactique reflète ce que les proches de Sam Altman décrivent comme son « venture mindset » : multiplier les paris, ne conserver que ce qui fonctionne. « Nous avons créé suffisamment de demande sur le marché, et d'autres acteurs sont arrivés. Nous avons donc mis en retrait les centres de données en propre », explique au FT l'une des personnes impliquées dans Stargate. 600 milliards en ligne de mire OpenAI maintient pourtant que la stratégie globale tient, affirmant avoir déjà sécurisé plus de 8 gigawatts de capacité ( sur un objectif initial de 10 gigawatts d'ici à 2030) et viser désormais plus de 600 milliards $ de dépenses totales, au lieu des 500 milliards annoncés. Lire aussi : Microsoft cède son exclusivité sur les modèles OpenAI Des ambitions qui la placent dans la même cour qu'Amazon, Google, Microsoft ou Meta ; des groupes qui, eux, engrangent des dizaines de milliards de bénéfices par an. OpenAI, elle, continue de perdre de l'argent, ce qui n'a pas manqué d'inquiéter les marchés : début avril, des informations faisant état d'objectifs de revenus et de croissance manqués ont entraîné des baisses en Bourse chez SoftBank, Oracle et CoreWeave. La société a balayé ces inquiétudes : « Notre activité tourne à plein régime. » Anthropic rattrapée par la réalité Pendant ce temps, son principal rival sur le segment des grands modèles de langage, Anthropic, avait jusqu'ici affiché plus de retenue. Son PDG Dario Amodei s'était montré critique envers les plans jugés démesurés de ses concurrents. Mais les contraintes d'approvisionnement en énergie commençant à peser sur sa capacité à satisfaire une demande en forte hausse, il a finalement, ce mois-ci, validé à son tour des engagements se chiffrant en centaines de milliards de dollars sur le long terme, selon le FT. Quant à Stargate, sa définition reste délibérément floue. « Stargate n'a pas disparu, mais il a évolué, et chacun peut désormais en donner sa propre définition », confie au FT une source proche de SoftBank. Dans la bouche d'OpenAI, le mot est devenu un fourre-tout commode. Comme le résume sèchement sa directrice des revenus Denise Dresser dans une note interne - : « Nous avons vu la courbe exponentielle du calcul plus tôt, nous avons agi plus vite, et nous disposons aujourd'hui d'un véritable avantage structurel. » Reste à savoir si les caisses suivront.
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