● Journal du Net
📅 30/04/2026 à 15:48
La communication en entreprise : au-delà des malentendus, une question de relation
Data Science
👤 Mario Bucciarelli
La communication en entreprise échoue quand on néglige la relation au profit du contenu. L'École de Palo Alto nous rappelle que " le niveau relationnel définit comment le contenu doit être compris ". Qu'est-ce qui est récurrent dans les demandes de coaching que je reçois dans les organisations ? La demande récurrente porte sur la capacité à communiquer de façon efficiente. Qu'il s'agisse de managers ou de leaders dans les interactions avec leurs équipes, ou entre pairs, la communication est très souvent identifiée comme la difficulté ou le problème majeur. Et pourtant, le plus souvent, ces personnes sont extrêmement qualifiées dans leur secteur et font preuve non seulement de compétence, mais aussi d'efficacité. Mais voilà, le constat récurrent est celui de la difficulté perçue de la communication, voire de son impossibilité. L'impossible impossibilité de communiquer Si nous prenons comme référence Paul Watzlawick et l'École de Palo Alto, nous savons que « on ne peut pas ne pas communiquer ». Ce premier axiome fondamental nous rappelle que tout comportement, même le silence ou l'évitement, transmet déjà un message. Dans leur ouvrage fondateur Pragmatics of Human Communication (1967), Watzlawick, Beavin et Jackson ont démontré que les problèmes relationnels surgissent souvent de questions de communication plutôt que de troubles psychologiques profonds. Cela signifie que si la communication est insatisfaisante, c'est que ses codes, dans les contextes professionnels, ne sont souvent pas partagés. En d'autres termes, chacun communique à sa manière. Et comme nous ne pouvons pas échapper à notre subjectivité, nous sommes convaincus que notre façon de communiquer est la même que celle des autres. Je crois qu'il est difficile de trouver une représentation plus réaliste de la métaphore de la Tour de Babel. Et il en va de même dans les couples, les familles, l'école et dans de nombreux autres systèmes humains. Le contenu ne suffit pas : la dimension relationnelle Mon constat, c'est que le plus souvent, nous portons une grande attention aux contenus de notre communication (ce qui est nécessaire, évidemment), mais nous négligeons de prendre soin de la relation. Or, selon le deuxième axiome de Palo Alto, « toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier ». C'est le niveau relationnel qui définit comment le contenu doit être compris. Lorsque nous ne prenons pas soin de cette dimension relationnelle, ou que nous le faisons de façon peu authentique ou, au mieux, très formelle, nous créons les conditions du dysfonctionnement. Et c'est là que les problèmes commencent, parce que l'être humain est équipé pour ressentir le malaise dans la communication, ce qui lui permet de comprendre quand quelqu'un n'est pas sincère. Et bien sûr, la confiance cède alors la place au soupçon, à la méfiance. Le coaching comme espace de transformation Dès lors, la nécessité de travailler sur sa façon de communiquer devient incontournable. C'est dans ces contextes que les coachs peuvent apporter une vraie valeur ajoutée avec leurs interventions. Il va de soi que je fais référence aux coachs qui maîtrisent cette matière et qui savent reconnaître les patterns de communication et leurs dysfonctionnements. Il va sans dire que, nous aussi, les coachs, devons prendre soin de notre communication. C'est pour cela que le mentorat et la supervision sont indispensables. Une pratique, pas des outils Je suis persuadé que ce travail nécessite une grande qualité d'écoute et de non-jugement (comment juger la subjectivité de quelqu'un alors qu'on est soi-même subjectif ?). Cette approche constructiviste nous rappelle que ce que nous appelons « réalité » est une interprétation construite par et à travers la communication. Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir. Il n'est donc pas question d'outils, mais de pratique des éléments fondateurs de la communication humaine. Conclusion : contribuer à la construction du monde Les résultats de ce travail si essentiel se déploient bien au-delà des contextes organisationnels dans lesquels nous intervenons. C'est notre responsabilité de coachs professionnels : non pas d'apporter des solutions toutes faites, mais d'accompagner nos clients dans la prise de conscience de leurs propres constructions communicationnelles. Parce qu'apprendre à communiquer de façon plus authentique, c'est aussi apprendre à être plus présent à soi-même et aux autres. C'est développer cette capacité à reconnaître nos propres constructions subjectives tout en accueillant celles d'autrui sans jugement. Et c'est précisément dans cette pratique quotidienne, humble et exigeante, que réside notre contribution à un monde plus juste et plus libre.
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