● Courrier International
📅 30/04/2026 à 12:26
La France avait peut-être raison, que c’est agaçant !
Énergie & Environnement
Emmanuel Macron attend l’arrivée du président finlandais, Alexander Stubb, à l’Élysée, le 23 février 2026. Photo LUDOVIC MARIN/AFP [Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 12 mars 2026 et republié le 30 avril] Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui s’est tenue du 14 au 16 février, les dirigeants européens réunis à cette occasion ont trouvé quelque réconfort dans le discours moins acerbe des États-Unis. En 2025, le vice-président américain, J. D. Vance, avait blessé et atterré, mais le secrétaire d’État, Marco Rubio, s’est montré cette année plus bienveillant dans ses remarques. Il n’en a pas moins été critique, et les Européens n’ont pu se défaire de l’impression qu’ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes dans le monde de Trump. C’est déjà déconcertant en soi. Mais si le caractère capricieux de Donald Trump est particulièrement anxiogène pour les Européens, une autre idée les met aussi très mal à l’aise : le sentiment gênant que la France avait peut-être raison, finalement. À lire aussi : Vu d’Allemagne. Mais pourquoi les Européens ont-ils applaudi le “bourreau” Rubio à Munich ? Aucun autre pays d’Europe n’a affiché un scepticisme aussi constant vis-à-vis de la dépendance à l’allié transatlantique ni montré une telle détermination à faire cavalier seul. Peu après son accession au pouvoir en France, en 1958, Charles de Gaulle a averti Konrad Adenauer, alors chancelier allemand, que les Américains étaient “politiquement très jeunes, versatiles et bien peu fiables ; ils ne comprennent rien à l’Europe et à l’histoire”. Méditant sur les évolutions des rapports de force dans le monde, le général avait déclaré à un conseiller : “Un jour ou l’autre, il peut se produire des événements extraordinaires. […] L’Amérique peut […] devenir une menace pour la paix.” En 1966, de Gaulle avait fait fabriquer la bombe [atomique], quittait le commandement intégré de l’Otan et expulsait les soldats américains du territoire français. Le désarroi des capitales européennes Emmanuel Macron ne manque pas une occasion de laisser s’exprimer le de Gaulle qui est en lui. Depuis près d’une décennie, le président tanne les dirigeants européens avec son appel à une “autonomie stratégique”, qui provoque chez eux de l’exaspération ou de l’indifférence. Quand Macron a déclaré à The Economist en 2019 que l’Otan était en état de “mort cérébrale”, ses amis lui ont reproché de vouloir détruire l’alliance transatlantique. En février 2026, il a déclaré que les États-Unis étaient “ouvertement hostiles” à l’Europe et ne cherchaient pas moins qu’à la “démanteler”, évoquant une “profonde rupture géopolitique”. À lire aussi : Analyse. L’impuissance de l’Otan peut se régler avec une nouvelle alliance audacieuse Dans les capitales européennes plus atlantistes, la perspective de se retrouver seules sans les États-Unis est source de désarroi. À Paris – qui entretient une dissuasion nucléaire parfaitement indépendante, envoie ses propres satellites dans l’espace, s’approvisionne lui-même en énergie nucléaire et fabrique ses avions de chasse –, l’heure est plutôt à la consécration. Mais si la France avait raison depuis tout ce temps à propos de l’indépendance stratégique européenne, pourquoi cette dernière ne s’est-elle pas concrétisée ? Les réponses se classent en trois grands volets : la France a eu raison mais trop tôt ; elle avait raison mais n’était pas crédible ; elle avait raison mais agaçait tout le monde. Diversifier ses alliances Si la France a arbitré trop tôt au goût de ses alliés, c’est parce qu’ils voyaient, à juste titre, la pax americana issue de la Seconde Guerre mondiale non pas comme un risque ou une indignité, mais comme la garantie d’une union occidentale. De Gaulle avait quant à lui conclu, notamment après la crise de Suez de 1956, que les États-Unis n’étaient pas pleinement dignes de confiance. Le Royaume-Uni, allié de la France pendant cette crise, en a tiré la conclusion inverse : estimant ne pas pouvoir agir sans l’appui américain, le pays s’en est d’autant plus rapproché. La méfiance française vis-à-vis des États-Unis a en revanche poussé Paris à diversifier ses alliances bien avant que [le Premier ministre du Canada,] Mark Carney, ne mette cette pratique à la mode. À lire aussi : Canada. Un “cri du cœur” à Davos : sans le nommer, Mark Carney appelle à résister à Trump Mais le Royaume-Uni voyait les États-Unis comme un prolongement de lui-même, tandis que l’Allemagne n’était pas en position d’asseoir sa puissance après la guerre. Les Britanniques, les Allemands et d’autres Européens préféraient se nicher sous l’aile américaine et ils jugeaient les velléités françaises d’indépendance non seulement mal avisées, mais aussi dangereuses : pour eux, cela risquait d’accélérer le désengagement des États-Unis. Si la France était allée au bout de son raisonnement, elle se serait peut-être épargné une partie du scepticisme. Pourtant, pendant des décennies, la France (comme d’autres nations européennes) a mis en œuvre des politiques sociales qui ont nui au renforcement de ses capacités stratégiques. Encore aujourd’hui, son budget annuel affecté aux retraites est plus de six fois plus élevé que celui de la défense – et elle emprunte des sommes considérables à cette fin. Ses détracteurs se demandent comment il est possible d’affirmer son autonomie stratégique lorsque l’on dépend des marchés obligataires pour verser les retraites. Insupportable arrogance française Par ailleurs, l’encouragement de la France à acheter européen est depuis longtemps considéré par ses alliés dotés d’équipements américains comme un argumentaire de vente en faveur du matériel français. Quand la France appelle à davantage d’emprunts conjoints pour réarmer l’Europe, ses amis entendent autre chose : elle veut que quelqu’un d’autre règle la facture. Quand la France réclame des rallonges budgétaires pour la défense européenne, ses amis entendent autre chose : elle veut davantage de contrats pour les constructeurs français d’avions de chasse, de missiles et de moteurs. Et puis il y a – comment dire ? – son attitude. La France estime être une alliée sérieuse en Europe et au sein de l’Otan et ne comprend pas pourquoi ses idées suscitent tant de résistance. D’autres jugent insupportable l’arrogance avec laquelle elle tente d’imposer lesdites idées. À lire aussi : Opinion. Entre les États-Unis de Donald Trump et la France : je choisis la France… et l’Europe De Gaulle a quitté pendant six mois son fauteuil à Bruxelles et boycotté les réunions afin d’obtenir gain de cause sur les règles de prise de décision. En Europe centrale et de l’Est, on n’a pas oublié la fois où Jacques Chirac, alors président, a déclaré qu’en soutenant la guerre des États-Unis en Irak ces pays avaient “manqué une bonne occasion de se taire”. Quand Macron s’est exprimé à Davos avec des lunettes de soleil pour cacher un vaisseau sanguin qui avait éclaté dans son œil, la scène avait tout de la France à l’ancienne : rebelle, chic, peut-être ridicule mais sans nul doute sensationnelle. Certains ont adoré. D’autres moins. “La France ne peut être la France sans la grandeur” Il est certain que la France a fait son lot d’erreurs. Les postures gaulliennes face aux États-Unis visaient en partie à préserver le statut de grande puissance de la France, parallèlement à sa mauvaise gestion, souvent violente, de la décolonisation. Ses prétentions de rayonnement postimpérial tournent parfois mal, comme au Sahel, où la Russie a exploité le ressentiment qu’inspire la France. Cette dernière se réjouit de consolider l’Europe quand ça l’arrange et s’y oppose avec désinvolture dans le cas contraire (par exemple au sujet de l’accord avec le Mercosur). À lire aussi : Vu de l’étranger. Relations transatlantiques : “Finalement, Charles de Gaulle avait raison” Susceptible, fière, exaspérante, elle est celle qui irrite fréquemment les autres. La France, écrivait le général, “ne peut être la France sans la grandeur”. À l’heure où les dirigeants européens sont confrontés aux conséquences de la faille transatlantique, plusieurs d’entre eux espèrent encore que ce n’est qu’une mauvaise passe. Pour d’autres, le coût de se débrouiller seuls paraît vertigineux. Moquée, rejetée, dénigrée, la France a depuis longtemps une autre vision du monde et s’est rarement abstenue de l’affirmer. Il ne faut pas s’attendre à ce que les autres Européens lui en attribuent le mérite, même quand ils sont d’accord. Lire l’article original Union européenne Europe États-Unis Amériques Emmanuel Macron Sur le même sujet Vu d’Italie. Trump et le Groenland : cette fois, ça y est, l’UE a appris la leçon Vu d’Allemagne. Allo Berlin ? “Nous devrions écouter Macron” Analyse. Conférence de Munich sur la sécurité : peut-on encore sauver les relations transatlantiques ? Vu de l’étranger. Fini Zoom et Teams, l’État français veut être souverain jusque dans ses visioconférences Source de l’article The Economist (Londres) Grande institution de la presse britannique, The Economist, fondé en 1843 par un chapelier écossais, est la bible de tous ceux qui s’intéressent à l’actualité internationale. Ouvertement libéral, il défend généralement le libre-échange, la mondialisation, l’immigration et le libéralisme culturel. Il est imprimé dans six pays, et 85 % de ses ventes se font à l’extérieur du Royaume-Uni. Aucun des articles n’est signé : une tradition de longue date que l’hebdomadaire soutient par l’idée que “la personnalité et la voix collective comptent plus que l’identité individuelle des journalistes”. Sur le site de The Economist, outre les principaux articles du journal, on trouve d’excellents dossiers thématiques et géographiques faits par The Economist Intelligence Unit, ainsi que des contenus multimédias, des blogs et le calendrier des conférences organisées par le journal à travers le monde. En prime : la mise à jour régulière des principaux cours de la Bourse. La couverture du magazine peut varier selon les éditions (Royaume-Uni, Europe, Amérique du Nord, Asie), mais le contenu est le même ; au Royaume-Uni, cependant, quelques pages supplémentaires traitent de l’actualité nationale.The Economist appartient pour 43,4 % à la famille italienne Agnelli, le reste du capital étant réparti entre de grandes familles britanniques (Cadbury, Rothschild, Schroders…) et des membres de la rédaction. Lire la suite Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. 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