● Silicon.fr Télécom 📅 29/04/2026 à 15:42

Elon Musk et Sam Altman s'affrontent sur l'origine d'une trahison

Cybersécurité 👤 Philippe Leroy
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C’est dans un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, qu’a démarré cette semaine l’un des procès les plus attendus de la Silicon Valley. Face à face : Elon Musk, l’homme de X, Tesla et Space X, et Sam Altman, le patron d’OpenAI, la scale-up la plus valorisée de la planète. Deux anciens alliés devenus rivaux acharnés. Dès sa prise de parole à la barre, le 28 avril, Elon Musk a posé sa ligne de défense s’adressant directement aux neuf jurés : « Je pense qu’ils vont essayer de rendre ce procès très compliqué, mais c’est en réalité très simple. Il n’est pas acceptable de voler une œuvre caritative. » Une formule-choc, aussitôt recadrée par la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a averti les jurés que les propos de Musk n’avaient « aucune valeur juridique ». Au cœur de l’affaire : la transformation d’OpenAI, co-fondée par Elon Musk en 2015 comme laboratoire de recherche à but non lucratif, en une entité commerciale désormais valorisée à quelque 850 milliards $. L’homme le plus riche. du monde affirme avoir été « manipulé » et « trompé » pour donner environ 38 millions $ à l’organisation, convaincu qu’elle resterait une structure caritative au service de l’humanité. Il accuse Sam Altman et Greg Brockman, président d’OpenAI, de s’être indûment enrichis au passage. La version d’OpenAI : jalousie et compétition OpenAI ne l’entend pas de cette oreille. Son avocat principal, William Savitt, a promis aux jurés « un récit de deux Elon » : celui du généreux mécène de la première heure, et celui du concurrent déçu qui, après avoir quitté le conseil d’administration en 2018 puis fondé sa propre société d’IA, xAI, cherche aujourd’hui à déstabiliser un rival florissant. « Nous sommes ici parce que M. Musk n’a pas obtenu ce qu’il voulait chez OpenAI », a martelé l’avocat. Lire aussi : Microsoft cède son exclusivité sur les modèles OpenAI Il a également brandi des e-mails internes montrant que Elon Musk avait lui-même réclamé 55 % des parts de la structur contre 7,5 % pour chacun des cofondateurs ( Sam Altman, Brockman et Ilya Sutskever). Face au refus des autres fondateurs de « remettre les clés de l’intelligence artificielle à une seule personne », Elon Musk aurait cessé ses financements. L’avocat de Microsoft, Russell Cohen ( la firme de Redmond étant également mise en cause comme complice), a pour sa part soutenu que Elon Musk n’avait changé de position sur le statut d’OpenAI qu’après le succès retentissant de ChatGPT. Les réparations réclamées par Elon Musk donnent le vertige. Ses avocats ont évoqué jusqu’à 134 milliards $ de « gains injustifiés ». Une somme qu’il souhaiterait réorienter vers le bras caritatif d’OpenAI. Il demande par ailleurs l’éviction de Sam Altman et de Greg Brockman de leurs fonctions, ainsi qu’une remise en cause de la restructuration de l’entreprise, finalisée en octobre dernier. Si le verdict lui est favorable, c’est l’introduction en Bourse d’OpenAI, envisagée au quatrième trimestre à une valorisation avoisinant les 852 milliards $, qui se trouverait sérieusement compromise. La juge rappelle tout le monde à l’ordre La présidente du tribunal, Yvonne Gonzalez Rogers ( familière des grandes affaires technologiques, notamment le long contentieux entre Epic Games et Apple), a dû jouer les arbitres dès le premier jour. Elle a sommé les deux protagonistes de renoncer à leurs passes d’armes sur les réseaux sociaux pendant la durée des débats : « Maîtrisez votre propension à utiliser les médias sociaux pour aggraver les choses en dehors de ce prétoire », a-t-elle lancé, après que Elon Musk eut posté plus de vingt messages sur X lundi, qualifiant Sam Altman de « Scam » et accusant les deux dirigeants d’avoir « volé une œuvre caritative ». La sélection des jurés, lundi, avait d'ailleurs illustré à quel point la figure d' Elon Musk polarise l'opinion. Certains candidats n'ont pas hésité à le qualifier de « déchet » ou de « crétin de première catégorie » dans leurs formulaires. « La réalité, c'est que les gens ne l'aiment pas », a concédé la juge, tout en affirmant sa confiance dans la capacité des Américains à respecter l'intégrité du processus judiciaire. L'IA, un enjeu civilisationnel selon Musk Sur le fond, Elon Musk a tenu à replacer le litige dans une perspective plus large. Il a confié aux jurés sa conviction que la question de savoir « qui est aux commandes de l'IA » était d'une importance capitale pour l'ensemble de l'humanité, ajoutant qu'il estimait « dangereux pour le monde entier » de laisser ce pouvoir entre les mains de quelqu'un « en qui on ne peut pas avoir confiance ». Il a également évoqué une conversation passée avec Larry Page, cofondateur de Google, à qui il aurait demandé si l'IA ne risquait pas d'anéantir l'humanité et qui lui aurait répondu que ce serait « très bien » tant que l'IA, elle, survivait. Une réponse qu'il a jugée « insensée », et qui l'aurait convaincu de la nécessité de créer une alternative à Google dans la course à l'intelligence artificielle. Le procès, structuré en deux phases, responsabilité puis réparations, doit durer environ quatre semaines. La phase de responsabilité, qui seule implique le jury (dont le verdict sera consultatif), devrait s'achever le 21 mai. Elon Musk devrait reprendre la barre ce 29 avril, où il sera contre-interrogé par les avocats d'OpenAI et de Microsoft.
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