● Courrier International 📅 29/04/2026 à 11:21

Vingt-quatre heures sur les médias du Hezbollah : ce que diffusent les chaînes de la “résistance”

Géopolitique
Illustration
Capture d’écran issue d’un sujet diffusé sur la chaîne Al-Manar, intitulé : “Les capacités de l’entité sioniste : entre illusion de la supériorité et contraintes du réel”. CAPTURE D’ÉCRAN AL-MANAR Un homme, filmé de dos, reçoit un appel masqué sur son téléphone. Une inscription s’affiche à l’écran : “Ignorez-le pour votre sécurité.” Les instructions se poursuivent. “Ne répondez jamais à un numéro dont vous ne connaissez pas le propriétaire.” Il aurait pu s’agir d’une banale campagne de prévention à l’intention du grand public. Mais diffusé au Liban sur la chaîne [du Hezbollah libanais] Al-Manar, au cœur d’un conflit sans fin entre le Hezbollah et Israël, ce vidéoclip de quelques secondes est en réalité un outil de propagande destiné aux sympathisants de la résistance. Depuis le début de la nouvelle guerre, les appels en provenance d’opérateurs israéliens et à destination de citoyens libanais, majoritairement chiites, se multiplient. Ils visent à avertir d’une frappe imminente ou à recruter de nouveaux informateurs, contribuant à distiller un climat de psychose. À lire aussi : Une du jour. Amal Khalil, journaliste libanaise et “icône du terrain”, tuée dans une frappe israélienne Le parti de Dieu riposte. Rien de mieux pour cela que de mobiliser son puissant appareil médiatique. Marteler une consigne afin de faire barrage à l’ennemi : ici, les médias n’informent pas, ils dictent la conduite à suivre. “Marquer des points dans la guerre des récits” En matière de marketing, la résistance n’est plus au sommet. La mort de Hassan Nasrallah [le leader charismatique du Hezbollah, éliminé en 2024 par une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth] a marqué la fin des années fastes. [Son successeur] Naïm Kassem ne fait pas le poids, ni comme stratège ni comme communicant. Le secrétaire général est aussi de plus en plus absent des écrans de télévision. Comme ce samedi 18 avril, lorsqu’un présentateur lit à sa place un communiqué dénonçant les “humiliations” subies à Washington par le Liban officiel. Le “sayyed”, le vrai, est mort il y a bientôt dix-neuf mois. Mais son visage hante toujours les esprits. Comme un amour dont on a du mal à se défaire. À lire aussi : Cérémonie. Liban : aux funérailles de Hassan Nasrallah, “de quoi aurions-nous peur désormais ?” Et malgré l’accumulation de revers politiques et militaires, des milliers de foyers continuent de s’informer à travers le prisme d’une information estampillée “résistance”. Un univers avec ses mots, ses codes et sa version du réel. Mardi 21 avril, au matin. Les négociations doivent reprendre dans la journée entre les États-Unis et l’Iran. En direct depuis Téhéran, un envoyé spécial dépêché par la chaîne Al-Manar déplie les enjeux du moment. Ici, l’information est secondaire. L’objectif est de marquer des points dans la guerre des récits. Comme sur ces images de manifestants, à Londres et à Paris, rassemblés en soutien à la résistance, censées illustrer le rayonnement international de l’anti-impérialisme à la libanaise. “Comme un disque rayé qui se répète à l’infini” Dans un pays où la quasi-totalité du paysage médiatique est partisan, les médias véritablement indépendants sont rares. Les institutions médiatiques sont souvent taillées sur mesure pour servir les intérêts des partis-communautés. Mais les médias de la résistance poussent l’exercice jusqu’à la caricature. Hassan Fadlallah [un des députés du Hezbollah], mais aussi [l’homme politique chrétien proche du Hezbollah] Sleiman Frangié ou Jean-Luc Mélenchon : dans le multivers de la résistance, n’existent que ceux que l’on veut voir. À lire aussi : Opinion. Comment refaire nation après la guerre ? Les deux Liban irréconciliables Sur l’écran d’Al-Manar, des manifestants en colère jurent face caméra que “la résistance est notre choix” sur fond de musique martiale. D’une chaîne à l’autre, les mêmes mots, les mêmes totems, le même honneur blessé. Il est question de dignité, de Moussa Sadr [leader spirituel du chiisme politique libanais, disparu en 1978], de “tête haute”, de victoire, de résilience, d’ennemis sionistes et d’agents étrangers. Comme un disque rayé qui se répète à l’infini. Ici, une explosion. Là, une rampe de lancement de roquettes. “Ils ont peur du Hezbollah, qui tient bon sur le terrain”, fanfaronne une présentatrice d’Al-Manar. Mardi en milieu de journée, une nouvelle tombe. Le président du Parlement, Nabih Berry, “refuse” la ligne jaune imposée par les Israéliens au Liban-Sud. Le dernier allié du Hezbollah sur la scène politique libanaise se contente d’une condamnation pour la forme, du bout des lèvres. Mais c’est assez pour en faire quelque chose. L’information sera rabâchée à quatre reprises en l’espace de quelques minutes. Montrer patte blanche Les déclarations des responsables iraniens rythment la journée. Entre deux communiqués rapportés, un vernis patriote. La propagande iranienne a beau s’afficher de manière décomplexée, un vent libanais souffle sur les médias de la résistance. La résistance s’est mise à l’heure du cèdre sur la chaîne Al-Manar. Mais c’est un Liban particulier, qui va de la banlieue de Beyrouth à la Bekaa en passant par le Sud. C’est la “terre libre”, s’égosille Ali Moussaoui dans Patriote indéfectible, diffusée sur les ondes de la radio Al-Nour [appartenant au Hezbollah]. Tout est bon pour montrer patte blanche. “Avons-nous jamais obligé quiconque à voter pour le Hezbollah lors des législatives, comme c’est le cas aujourd’hui avec les agents étrangers ?”, feint d’interroger un intervenant. La présentatrice acquiesce. “Celui qui tient le plus à la paix civile, c’est la résistance. Sans cela, le pays aurait déjà pris une autre direction”, poursuit l’invité, dans une menace à peine voilée. Voir aussi : Vidéo. IA : l’Iran crée des animations imitant des Lego pour servir sa propagande Il est presque 16 heures à Beyrouth. Sur les principaux médias libanais de la résistance, la programmation habituelle est interrompue. Abdel Malek El-Houthi, le leader de la milice yéménite affiliée à Téhéran, prend la parole en direct. Dans un discours fleuve de plus d’une heure, digne de l’époque Nasrallah, le chef yéménite alerte sur les desseins cachés du projet de “Grand Israël” visant à isoler les parties orientale et occidentale du monde arabe. En arrière-plan, le refrain éculé de l’idéologie khomeyniste. “Dieu est grand. Mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction aux juifs et victoire à l’islam.” Début de soirée. Des roquettes sont lancées en direction des soldats israéliens au Liban-Sud, mais les médias de la résistance n’en font pas cas. Un appel à la prière se poursuit sur Al-Manar tandis que, sur les ondes de la radio Al-Nour, un hymne à la gloire de la résistance jure de persévérer sur le même “chemin, pour toujours”. Le lendemain, les négociations sont déjà de l’histoire ancienne. La journée s’ouvre sur une annonce en forme de pied de nez. L’Iran “ne reconnaît pas” la prolongation du cessez-le-feu, proclamée quelques heures plus tôt par Donald Trump, signale la présentatrice du journal matinal d’Al-Mayadeen [chaîne panarabe pro-Iran]. Stéphanie Khouri Lire l’article original Médias Télévision Moyen-Orient Guerre Israël-Hezbollah Nos lecteurs ont lu aussi Ligue des champions. Après PSG-Bayern Munich, la presse européenne en extase : “Vive le football moderne !” Société. Au Sénégal, une masculinité en souffrance : “Un homme n’a pas le droit de montrer sa vulnérabilité” À la une du magazine. Comment Donald Trump est devenu l’ami encombrant des droites radicales européennes Vu de Pologne. Libération du journaliste Andrzej Poczobut : Minsk se sépare de son “otage le plus précieux” Source de l’article L’Orient-Le Jour (Beyrouth) Quotidien francophone libanais né en 1971 d’une fusion entre L’Orient et Le Jour, il est l’un des journaux en langue étrangère les plus lus dans le pays et au sein de la diaspora libanaise, notamment francophone. Souverainiste et défenseur des libertés, surtout durant la période de tutelle syrienne (1990-2005), il a longtemps été perçu comme le journal de l’élite chrétienne de droite. Mais il s’est repositionné ces quinze dernières années, renouvelant son équipe rédactionnelle et introduisant une version anglophone de son site, baptisée L’Orient Today. Il reste aujourd’hui l’un des journaux les plus opposés à l’influence croissante du Hezbollah, parti chiite armé soutenu par l’Iran. Lire la suite Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. Je tente ma chance →
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