● BFM Tech 📅 29/04/2026 à 10:37

Elon Musk face à Sam Altman: au tribunal, le milliardaire rejoue sa vie et se pose en sauveur de l’humanité

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Dans un procès très médiatisé, Elon Musk accuse Sam Altman d’avoir trahi l’esprit originel d’OpenAI en la transformant en entreprise lucrative. À la barre, le patron de Tesla déroule un récit où il s’érige en sauveur désintéressé du bien commun, à l’opposé de Sam Altman. Un récit soigneusement construit, contesté par ses adversaires, qui y voient surtout une guerre d’influence et de pouvoir.Sur le banc des témoins, mardi 28 avril, Elon Musk n’a pas seulement prêté serment. Il a aussi détaillé sa biographie, version longue. Et tant pis si le jury n’avait rien demandé. Après tout, quand on peut être à la fois accusateur, visionnaire et personnage principal, pourquoi se priver?Dans ce procès très médiatisé qui l’oppose à Sam Altman, aujourd’hui à la tête de OpenAI, Elon Musk ne défend pas seulement des faits. Il conteste une trajectoire. Au cœur du litige, le changement de l’entreprise à l’origine de ChatGPT.Travailler pour le bien-être de l'humanitéDans les faits, le patron de Tesla reproche à Sam Altman de l’avoir trahi en transformant OpenAI, qui était à l’origine une fondation à but non lucratif quand les deux hommes l’ont créée en 2015, en société commerciale avec l’aide de Microsoft. Et, au passage, de s’être ainsi indûment enrichi. Pour Musk, cette évolution est une trahison de l’esprit d’origine. Pour Sam Altman, il s’agit d’une nécessité pour financer une technologie aussi coûteuse que stratégique. En réalité, il s’agit surtout d’une guerre d’argent et d’ego sur fond de trahisons.C’est dans ce contexte qu’Elon Musk a choisi de remonter le fil de sa vie, rappelle The Verge. De son enfance en Afrique du Sud à son arrivée au Canada, "2.500 dollars en chèques de voyage" en poche, jusqu’à ses débuts dans la tech avec Zip2, puis PayPal, avant d’égrener la liste bien connue de ses entreprises actuelles. Une introduction à rallonge, comme si le procès avait besoin d’un préquel, ou d’un rappel, sur l’identité du personnage principal.Pourquoi ce détour autobiographique? Parce que Musk ne plaide pas seulement une affaire, il défend un rôle. Celui du sauveur. Il a beau être l’homme le plus riche du monde, le milliardaire n’en démord pas. Selon lui, chacune de ses entreprises s’inscrit dans une mission quasi existentielle. Elles travailleraient toutes pour le bien-être de l’humanité.Musk vs Altman : la guerre est déclarée – 06/03 24:09SpaceX, par exemple, serait une "assurance-vie pour la vie telle que nous la connaissons", tandis que Tesla viserait à éviter un désastre environnemental. Le besoin de son existence serait lié au fait que la dépendance continue aux combustibles fossiles "pourrait être assez mauvaise pour l'environnement et l'humanité dans son ensemble". Une vision globale où le business flirte avec le salut de l’humanité. Quitte à simplifier, au passage, l’histoire de certaines fondations."Star Trek" ou "Terminator"Même l’intelligence artificielle devient, dans son récit, un champ de bataille moral. Elon Musk évoque une "épée à double tranchant" capable de tout guérir ou de tout détruire. Une épée qui pourrait "résoudre toutes les maladies et rendre tout le monde prospère, ou (qui) pourrait nous tuer tous". En résumé, un futur à choisir entre Star Trek et Terminator."Si quelqu’un qui n’est pas digne de confiance est aux commandes de l’IA, c’est un danger considérable pour le monde entier", argumente Elon Musk, après avoir assuré chercher à placer cette technologie entre de bonnes mains.Quelqu’un qui n’est "pas digne de confiance"… comme Sam Altman, donc. Il n’a d'ailleurs pas oublié de mentionner l’enquête du New Yorker, très commentée dans la Silicon Valley. Sam Altman y est dépeint comme un dirigeant manipulateur. Lui assure avoir choisi son camp dès la création d’OpenAI: celui de l’utopie. Évidemment puisqu’il se présente comme le gentil héros qui se soucie de l’humanité.Une trahison de la part d’un voleurMais alors qu’il tentait de mener sa mission à bien pour sauver l’humanité, l’homme aurait été trahi. "J’aurais pu en faire une entreprise à but lucratif et j’ai choisi de ne pas le faire. J’ai spécifiquement choisi d’en faire quelque chose au bénéfice de toute l’humanité", insiste-t-il.OpenAI veut abandonner ses anciens idéaux – 17/06 24:56Dix ans après sa fondation, OpenAI est pourtant devenue tout autre chose. Un colosse commercial, valorisé à 852 milliards de dollars et sur le point d’entrer en bourse. De quoi nourrir, chez Elon Musk, un certain sentiment de dépossession. "J’ai eu l’idée, trouvé le nom, recruté les personnes clés, leur ai transmis tout ce que je sais et assuré l’intégralité du financement initial", a-t-il affirmé.Elon Musk va encore plus loin. Il accuse son ancien partenaire d’être un voleur.C'est très simple: ce n'est pas bien de piller un organisme de bienfaisance. C'est mon point de vue et, de plus, si les accusés sont déclarés non coupables, cette affaire fera jurisprudence. Elle servira de précédent et ouvrira la voie au pillage de toutes les organisations caritatives aux États-Unis", lance le milliardaire.Si les dirigeants d’OpenAI et de Microsoft, le géant de la tech qui a investi les premiers milliards de dollars, sont exonérés à l’issue du procès, "c’est tout le fondement de la philanthropie américaine qui sera détruit", a-t-il estimé. Un argument choc, qui contraste avec un détail resté hors du récit livré au tribunal. Une large part des dons de la fondation Musk aurait bénéficié à des causes proches de ses propres intérêts. Forcément, c’est plus pratique d'omettre une partie du récit.OpenAI prend ses distances avec Microsoft – 28/04 27:41Une "mascarade hypocrite""L’assignation de M. Musk est une mascarade hypocrite", a de son côté tranché l’avocat d’OpenAI, Bill Savitt, qui affirme que le milliardaire soutenait lui-même le virage lucratif… à condition d’en garder le contrôle. Il n’aurait simplement pas supporté que le projet réussisse après son départ.Selon lui, Elon Musk aurait utilisé sa promesse de don d’un milliard de dollars comme levier de chantage… avant de se retirer en 2018 après n’avoir versé qu’une fraction de la somme, soit 38 millions de dollars. On est loin du compte. Il n’aurait parlé d'"organisation caritative volée" qu’après avoir lancé son propre concurrent, xAI. Depuis, xAI a été absorbée dans SpaceX, une entreprise valorisée à 1.250 milliards de dollars… qui pourrait également faire son entrée en bourse.Elon Musk fusionne xAI et SpaceX – 03/02 28:06Le procès devrait durer entre deux et quatre semaines. Sam Altman doit également être entendu. Plusieurs autres grandes figures de la tech, comme Greg Brockman, Satya Nadella, Ilya Sutskever ou encore Mira Murati pourraient défiler à la barre. Elon Musk réclame plus de 130 milliards de dollars et veut contraindre OpenAI à revenir à sa mission non lucrative. Pratique pour éliminer un concurrent dans la grande course à l’IA. Il demande aussi l’éviction de Sam Altman et Greg Brockman.La juge Yvonne Gonzalez Rogers devrait trancher d’ici mi-mai. Mais cela ne sera pas chose aisée. L'audience de sélection des neuf jurés, lundi 27 avril, a surtout montré à quel point la personnalité d’Elon Musk pourrait peser dans la balance. Longtemps admiré pour ses succès, le multimilliardaire a vu son image se fissurer, notamment depuis son virage politique très marqué et son passage dans l’administration de Donald Trump. En attendant, une certitude: dans ce procès, chacun joue son rôle. Mais un seul s’écrit en sauveur.Dossier : OpenAI, cette société qui révolutionne l'intelligence artificiellePour lutter contre les faux profils, Tinder vous demande de prouver votre humanité... en scannant votre oeil (pour cinq boosts gratuits contre vos données biométriques les plus uniques)"Je regrette profondément": Sam Altman s'excuse qu'OpenAI n'ait pas signalé à la police la tueuse de Tumbler RidgeTuerie de Tumbler Ridge: OpenAI avait détecté le profil de l’assaillante avant le massacre, mais n’a pas alerté les autorités, la famille d'une victime survivante porte plainteLes plus lus"Sans nous, vous parleriez français": la petite pique du roi Charles III face à Donald TrumpQu'est-ce que "Identify Me", la campagne d'Interpol qui a permis d’identifier une femme, 20 ans après la découverte de son corps?250 ans des États-Unis: le visage de Donald Trump va figurer face aux pères fondateurs dans un nouveau passeport américain "en édition limitée"PSG-Bayern: nombre de buts marqués, records en pagaille... un match de légende, la preuve en statsRéouverture du site "Coco": on a créé un profil d'une fille de 13 ans, et le constat est terrifiant
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