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📅 27/04/2026 à 17:15
Électricité : vers la fin de la prime à l'autoconsommation ? Le coup de massue pour le solaire résidentiel
Énergie & Environnement
👤 Alexandre Nardo
Électricité : vers la fin de la prime à l'autoconsommation ? Le coup de massue pour le solaire résidentiel Par Alexandre Nardo Publié le 27/04/26 à 17h15 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter (2) 5 Panneaux solaires 2 Sur le toit d'un pavillon du sud de la France, une installation de 5 kWc en surimposition produit environ 7 500 kWh par an. Son propriétaire a signé son contrat EDF OA fin 2024, à un tarif de rachat du surplus de 13 centimes le kilowattheure, garanti vingt ans. S'il avait déposé sa demande de raccordement un an plus tard, le même kWh lui aurait rapporté 4 centimes. Et si le texte que le gouvernement vient de glisser au Conseil supérieur de l'énergie passe en l'état, son voisin qui installe ses panneaux cet été touchera 1,1 centime. Moins que le prix d'un timbre pour 100 kWh injectés. La question n'est plus de savoir si le surplus a de la valeur. C'est de savoir s'il en aura encore une. À lire également : Panneaux solaires “plug and play” : le piège fiscal qui menace les revendeurs d'électricité De 13 centimes à 1,1 centime en dix-huit moisLa trajectoire est vertigineuse. En février 2025, le tarif de rachat du surplus pour une installation résidentielle de moins de 9 kWc était encore de 12,69 c€/kWh. L'arrêté du 26 mars 2025 a brutalement réformé le dispositif S21 : suppression de la vente totale pour les installations de moins de 9 kWc, chute de la prime à l'autoconsommation de 210 à 80 €/kWc, et effondrement du tarif de surplus à 4 c€/kWh. Ce plancher est resté stable cinq trimestres consécutifs, du T2 2025 au T2 2026.Et puis le 2 avril 2026, les ministres Roland Lescure et Maud Brégeon ont présenté aux filières renouvelables un calendrier d'appels d'offres pour les moyennes et grandes installations. Dans la foulée, deux textes ont été transmis au Conseil supérieur de l'énergie sans concertation préalable avec la profession. Le premier réforme le guichet ouvert pour les installations de moins de 100 kWc. Le second modifie les règles de l'autoconsommation collective. Le contenu a fait l'effet d'une bombe dans la filière.© Shutterstock / anatoliy_glebLe tarif de rachat du surplus passerait de 4 c€/kWh à 1,1 c€/kWh quand les prix du marché de gros sont positifs. Et quand ils sont négatifs, c'est-à-dire pendant les pics de production solaire du printemps et de l'été, le tarif tomberait à zéro. La prime à l'autoconsommation, elle, serait purement et simplement supprimée. Daniel Bour, président d'Enerplan, le principal syndicat professionnel du solaire, a demandé le retrait immédiat des deux textes de l'ordre du jour du CSE du 16 avril.Pourquoi le gouvernement freineLa logique tient en un chiffre. Le tarif réglementé de l'électricité est de 0,194 €/kWh depuis février 2026. Chaque kWh autoconsommé fait économiser 19,4 centimes. Chaque kWh revendu en surplus rapporte 4 centimes, et bientôt 1,1 centime si le texte passe. Le ratio est de 1 à 5 aujourd'hui. Il serait de 1 à 18 demain.Ce qui motive le virage, c'est d'abord la fréquence croissante des prix négatifs sur le marché de gros (EPEX SPOT). La cloche solaire du midi, combinée à la production nucléaire de base, sature le réseau et coûte de l'argent à la collectivité. La PPE 3, publiée par décret le 12 février 2026, a par ailleurs clarifié la hiérarchie : le nucléaire produit 380 TWh/an dès 2030, le solaire est "complémentaire", et 54 % des nouvelles capacités visées concernent les grandes installations au sol, pas les toitures résidentielles.La réforme des heures creuses pousse dans la même direction. Depuis le 1er novembre 2025, Enedis déploie des créneaux diurnes entre 11h et 17h. L'objectif : inciter les Français à consommer quand le réseau déborde. Pour le propriétaire de panneaux, la conséquence est paradoxale. Sa production coïncide avec les heures les moins chères. Le gain de l'autoconsommation se réduit quand le voisin sans panneaux paie aussi moins cher au même moment.Le stockage devient la seule variable d'ajustementSans batterie, le taux d'autoconsommation d'une installation de 6 kWc plafonne entre 30 et 40 %. Le surplus file sur le réseau à un tarif qui ne justifie plus la paperasse. Avec une batterie physique de 5 kWh (5 000 à 8 000 € supplémentaires), ce taux grimpe entre 70 et 80 %. Le gain annuel passe d'environ 650 à 1 040 €. Retour sur investissement : 14 à 16 ans. C'est long, mais c'est un pari sur les hausses futures du tarif réseau.© Shutterstock / michelangeloopLa batterie virtuelle constitue l'alternative. Le surplus injecté à midi est comptabilisé par le fournisseur et restitué le soir, moyennant un abonnement de 20 à 30 € par mois. Souple, mais le client reste lié à un fournisseur unique, et les taxes d'acheminement (TURPE) s'appliquent sur chaque kWh récupéré.Ce que ça change pour ceux qui n'ont pas encore signéLes contrats EDF OA déjà en vigueur ne sont pas concernés par le projet de décret. Le tarif est garanti vingt ans à compter de la date de demande complète de raccordement. Ceux qui ont signé à 13 centimes en 2024 gardent leurs 13 centimes. Ceux qui ont signé à 4 centimes au T1 2026 gardent leurs 4 centimes. La question se pose uniquement pour les projets dont la DCR sera déposée après l'entrée en vigueur éventuelle du nouveau texte.Pour un particulier qui hésite, le calcul se fait en deux temps. À Marseille, avec 1 500 kWh/kWc de productible, une installation de 6 kWc coûte environ 12 000 € TTC après prime et produit 9 000 kWh/an. À 60 % d'autoconsommation (avec pilotage des usages), le gain annuel atteint 1 080 € en économies sur la facture plus 144 € de surplus vendu à 4 centimes. Amortissement en 10 ans. À Dunkerque, avec 900 kWh/kWc, le même calcul donne un amortissement en 14 ans. Si le tarif de surplus passe à 1,1 centime, les 144 € de revenus tombent à 40 €. L'impact est réel. De l'ordre d'un an supplémentaire d'amortissement. Pas fatal en soi. La rentabilité du solaire résidentiel en 2026 repose sur l'autoconsommation, plus sur la revente.Ce qui serait fatal, en revanche, c'est la suppression de la prime à l'autoconsommation. Pour une installation de 6 kWc, cette prime représente aujourd'hui 480 €. Ajoutée au passage de la TVA de 10 à 20 % au 1er janvier 2026 (surcoût d'environ 550 € sur un 3 kWc), la disparition combinée des deux aides ferait basculer les petits projets sous le seuil de rentabilité dans les régions les moins ensoleillées. Enerplan ne dit pas autre chose quand il parle de milliers d'installateurs « déjà fragilisés par les réformes de 2025 ». 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