● Courrier International
📅 27/04/2026 à 16:37
Guerre en Iran : certains expatriés quittent l’Asie du Sud-Est
Géopolitique
Des manifestants philippins demandent des protections pour les travailleurs expatriés au Moyen-Orient, à Mandaluyong, aux Philippines, le 30 mars 2026. PHOTO NOEL CELIS/REUTERS Les effets en cascade de la guerre en Iran se poursuivent sur les économies d’Asie du Sud-Est. Très dépendants des ressources en hydrocarbures provenant des pays du golfe Arabo-Persique, les pays de la région subissent l’inflation liée aux perturbations sur les approvisionnements. En outre, une nouvelle menace pèse sur un équilibre du marché du travail déjà fragile : les conséquences de la baisse des transferts financiers venant des nombreux travailleurs expatriés dans la région. À lire aussi : Économie. Guerre dans le Golfe : après le choc, l’Asie doit revoir toute sa stratégie énergétique Les Philippines sont les plus exposées, en tant que première source de main-d’œuvre d’Asie du Sud-Est pour le Moyen-Orient. Selon le ministère des Travailleurs migrants philippin, 1,1 million de Philippins vivaient au Moyen-Orient en janvier dernier. Les transferts des expatriés tous pays confondus représentaient 8 % du PIB en 2024. Deux Philippins ont été tués en Israël et 4 200 ont été rapatriés depuis le début de la guerre. Malgré les risques pour leur sécurité, la plupart des travailleurs philippins et d’autres pays d’Asie du Sud-Est installés au Moyen-Orient restent sur place, constate Nikkei Asia. Ainsi, l’Indonésie a annoncé que sur ses 32 000 ressortissants enregistrés, 2 300 ont été rapatriés. “De nombreux autres Indonésiens sans papiers seraient actuellement dans les pays du Golfe”, écrit le journal. Salaires attractifs Norma Tactacon, employée de maison philippine, explique à la BBC son choix de rester au Qatar, où les sirènes retentissent. Sa décision de partir y vivre, et d’y rester alors que la guerre l’inquiète, tient à son souhait de pouvoir payer les études de ses trois enfants, restés aux Philippines. “Les employés de maison philippins gagnent un salaire minimum de 500 dollars par mois, soit de quatre à cinq fois plus que le niveau de revenu qu’ils pourraient espérer chez eux.” À lire aussi : Moyen-Orient. Dans le Golfe, la guerre met en péril des millions de travailleurs asiatiques Ryszard Cholewinski, spécialiste des questions migratoires au bureau régional de l’Organisation internationale du travail à Beyrouth, au Liban, constate dans le Nikkei Asia que de nombreux travailleurs migrants sont guidés par la nécessité économique : “[Ils] doivent continuer à subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays grâce aux transferts de fonds.” Toru Nishihama, économiste en chef chargé des économies émergentes à l’Institut de recherche Dai-ichi Life, installé à Tokyo, alerte : “Une baisse des transferts de fonds risque d’éroder le pouvoir d’achat des ménages et de peser sur la consommation privée, l’un des principaux moteurs de la croissance philippine ces dernières années. Cela risque de porter un nouveau coup à une économie déjà aux prises avec la hausse du carburant.” Vers des destinations de substitution Toutefois, face au danger, le ministre de l’Emploi thaïlandais a suspendu le départ des travailleurs vers le Moyen-Orient, note le quotidien The Nation. En quête de destinations autres que ces pays secoués par la guerre, le gouvernement philippin explore diverses solutions pour sa main-d’œuvre. Ainsi le ministre des Travailleurs migrants, Hans Leo Cacdac, est en pourparlers afin de débloquer plus de 200 000 emplois vers l’Asie, l’Afrique, l’Europe ou les Amériques, relate Sun Star. À lire aussi : Guerre en Iran. Des milliers de marins asiatiques coincés dans le Golfe : “Les navires se transforment en prisons” Mais, avant d’envoyer des Philippins dans de nouveaux pays, des facteurs tels que la langue, l’affinité culturelle et la distance à parcourir devraient être pris en compte, estime Jeremaiah Opiniano, le directeur exécutif de l’Institut pour la migration et les enjeux de développement, un groupe de réflexion dont le siège est à Manille : “Nous devrons peut-être examiner la volonté des Philippins de s’essayer à des marchés encore peu explorés, comme l’Asie centrale, l’Europe de l’Est, l’Afrique ou l’Amérique latine.” Pour les travailleurs qui ont quitté leur emploi au Moyen-Orient par crainte de la guerre, le retour n’est pas sans écueil, tant la situation économique complexifie la recherche d’emploi. Ainsi de Merlyn Villas-De Lara, une aide ménagère qui travaillait au Qatar depuis deux ans et dont le domicile était proche d’une base militaire américaine visée par des bombardements iraniens, comme elle le raconte à Nikkei Asia. Si elle s’est sentie soulagée lorsque son employeur a pris l’initiative de lui payer son billet de retour, une fois revenue, elle ne savait plus comment s’occuper. C’est le manque de perspectives aux Philippines qui l’avait poussée à partir. “Cette guerre a affecté nos sources de revenus. Alors que nous pourrions décider de reprendre le travail, nous en sommes empêchés en raison du traumatisme et de la peur.” Courrier international Moyen-Orient Travail Guerre en Iran Asie Sur le même sujet Guerre en Iran. L’Asie du Sud-Est tente de s’adapter à la hausse des prix des carburants Économie. La récession peut être évitée, mais la guerre en Iran a déjà affaibli la croissance mondiale Moyen-Orient. En Iran, la guerre provoque “un tsunami de licenciements” Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. Je tente ma chance →
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