● BFM Tech
📅 27/04/2026 à 13:07
Face aux deepfakes, Youtube déploie un outil pour aider les stars d’Hollywood à reprendre le contrôle de leur image
Cybersécurité
Face à la prolifération de contenus truqués mettant en scène des célébrités, Youtube lance un outil permettant aux personnalités publiques de détecter et signaler les vidéos utilisant leur image et générées par IA. Le dispositif était déjà disponible pour les vidéastes, les politiques et les journalistes.Brad Pitt et Tom Cruise prêts à en découdre. C’est du moins ce qu’a tenté de nous faire croire une vidéo générée par intelligence artificielle et relayée massivement sur les réseaux sociaux en février dernier.Dans cet extrait d’une quinzaine de secondes, les deux stars du cinéma américain se battent à coups de poing sur le toit d’un immeuble en décombres. Une scène ultra-réaliste, probablement inspirée d’autres films, mais totalement fausse. Comme d’autres avant elle, cette vidéo générée par intelligence artificielle a servi d’électrochoc à Hollywood.Protéger les revenus des figures publiquesFace à la prolifération de ces deepfakes, Youtube entend proposer une solution, comme le rapporte The Hollywood Reporter. La plateforme, propriété de Google, ouvre désormais à un large public son outil destiné à détecter et signaler les deepfakes utilisant l’image de personnalités publiques.Youtube a commencé à tester l'outil fin 2024. Jusqu’ici, le dispositif était uniquement disponible pour les créateurs influents, les responsables politiques et les journalistes. Il est désormais accessible aux acteurs, musiciens ou athlètes, qu’ils disposent ou non d’une chaîne Youtube."Je vois cela comme une responsabilité fondamentale", explique Mary Ellen Coe, directrice commerciale de Youtube, au média américain. "Pour les personnalités publiques, les célébrités, l’image et la réputation sont primordiales pour leurs revenus."Le fonctionnement est simple. La personnalité, ou son équipe, transmet son image à la plateforme. Cette dernière analyse ensuite les vidéos publiées afin de repérer d’éventuelles imitations. Les contenus identifiés peuvent alors être laissés en ligne ou faire l’objet d’une demande de retrait, selon la volonté de la célébrité concernée.L'outil de Youtube est inspiré de Content ID, son système d'identification des contenus protégés par le droit d'auteur téléchargés sur ses serveurs. Il ne garantit donc pas la suppression automatique des contenus. Les parodies et satires resteront autorisées, conformément aux règles de la plateforme. En revanche, les vidéos jugées trompeuses, comportant un "dénigrement réaliste et conséquent" ou susceptibles de remplacer directement le travail d’un artiste, pourront être retirées.Fin de Sora, OpenAI revoit sa stratégie – 07/04 31:51"Si quelqu'un reproduit à l'identique une œuvre susceptible de nuire aux revenus d'une célébrité, d'un acteur ou d'un créateur, car il s'agit d'un remplacement pur et simple de contenu, cela pourrait faire l'objet d'une demande de retrait", ajoute Mary Ellen Coe. La frontière reste toutefois floue, notamment pour les créations de fans, comme les bandes-annonces fictives, de plus en plus répandues.Une technologie qui change d’échelleEn quelques mois, les deepfakes sont sortis du registre de la curiosité pour devenir un enjeu industriel. L’image virale du pape François en doudoune avait marqué les esprits. Mais les usages récents ont franchi un cap.À l’automne dernier, OpenAI a lancé Sora, un outil de génération vidéo rapidement devenu viral. En quelques jours, les réseaux sociaux ont rapidement été envahi de vidéos générées par IA mettant en scène des figures connues, dont Martin Luther King Jr. L'entreprise avait fini par suspendre la génération de vidéos imitant le défunt militant des droits civiques. L'application de vidéos courtes a depuis été fermée par OpenAI.Quelques mois plus tard, rebelote. Les fausses vidéos de combats entre stars se multiplient grâce à Seedance 2, l'outil d'IA développé par Bytedance. "En une seule journée, le service d'IA chinois Seedance 2.0 s'est livré à une utilisation non autorisée d'œuvres protégées par le droit d'auteur américain à grande échelle", note Charles Rivkin, président de la Motion Picture Association. Dans l’industrie, certains parlent désormais de "moment de panique".Seedance, l'IA chinoise qui terrifie Hollywood – 17/02 28:00Malgré les risques, Hollywood ne rejette pas en bloc ces technologies. Certaines agences comme Creative Artists Agency investissent déjà dans des entreprises spécialisées dans les deepfakes, misant sur leurs usages créatifs. Surtout, la prolifération des bandes-annonces de fans mettant en scène des deepfakes de stars est plutôt bien perçue dans l'industrie.Quid de la monétisation?"Je sais que ce n'est pas idéal, mais c'est aussi excitant, car cela signifie qu'il y a une demande et que les gens ont envie de venir interagir avec le film", observe Pam Abdy, la co-PDG de Warner Bros. Pictures. Selon Youtube, durant le programme pilote de leur outil de détection de deepfakes, les créateurs n'ont demandé la suppression que d'un faible pourcentage de contenus signalés.Reste une question en suspens: celle de la monétisation. Grâce à Content ID, les détenteurs de droits d'auteur peuvent demander la suppression, la démonétisation ou la monétisation des vidéos contrefaisantes en partageant les revenus avec l'auteur de la mise en ligne. Dans un monde où l'image est une propriété intellectuelle… les célébrités pourront-elles, à terme, gagner de l'argent grâce aux deepfakes d'elles-mêmes créés par leurs fans?Une vidéo conçue par des fans en attendant le trailer officiel d'Avengers DoomsdayPour l’heure, Youtube n’intègre pas cette possibilité, privilégiant une approche centrée sur la protection. "Nous devons vraiment nous concentrer sur ce fondement de responsabilité et de protection, et ensuite nous réfléchirons aux ayants droit et à la monétisation", explique Mary Ellen Coe. "Mais pour l'instant, l'essentiel réside dans ce niveau de responsabilité."Les agents, managers et avocats anticipent évidemment déjà l'avenir, notamment en raison de la complexité de la monétisation de l'image par le biais des deepfakes. "C'est une chose de parler d'une vidéo mettant en scène un talent particulier, c'en est une autre de parler d'une vidéo avec deux talents différents, dont l'un est d'accord et l'autre non, ou encore d'une star confirmée et d'une étoile montante", précise Alex Shannon, directeur du développement stratégique chez CAA.L'agence propose même un service appelé "CAA Vault", qui conserve les images de ses clients en vue d'éventuelles monétisations futures.Les plus lusY-a-t-il eu une faille de sécurité lors des tirs au gala de la presse avec Donald Trump?"Nicolas Sarkozy se trompe": Claude Guéant répond de nouveau à l'ex-président lors du procès en appel du financement libyenElon Musk contre Sam Altman: le procès hors norme qui fait trembler la Silicon Valley débute ce lundi en CalifornieLe coup de gueule de Victor Wembanyama contre la NBA sur la gestion de sa commotionINFO BFM BUSINESS. 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