● Numerama 📅 27/04/2026 à 11:42

« On a fait preuve d'arrogance » : le constat amer du champion français des batteries ACC face à l'avance prise par la Chine

Géopolitique 👤 Raphaëlle Baut
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Lecture Zen Résumer l'article ACC et son patron Yann Vincent reconnaissent que l'Europe a fait preuve d'« excès d'optimisme » face aux difficultés concrètes du ramp‑up industriel. Les fabricants chinois, avec 15–20 ans d'avance, imposent un niveau de maturité que les acteurs européens ne peuvent encore égaler. Pour rattraper ce retard, Yann Vincent préconise de « s'allier avec ceux qui savent faire » et d'obtenir un soutien européen ciblé plutôt que de céder au protectionnisme. ACC et son patron Yann Vincent reconnaissent que l'Europe a fait preuve d'« excès d'optimisme » face aux difficultés concrètes du ramp‑up industriel. Les fabricants chinois, avec 15–20 ans d'avance, imposent un niveau de maturité que les acteurs européens ne peuvent encore égaler. Pour rattraper ce retard, Yann Vincent préconise de « s'allier avec ceux qui savent faire » et d'obtenir un soutien européen ciblé plutôt que de céder au protectionnisme. Recevez tous les soirs un résumé de l’actu importante avec Le Récap’ L’Europe pensait pouvoir combler son retard sur les batteries. Les premiers industriels, comme l’entreprise ACC, découvrent une réalité bien plus complexe. Son patron admet des erreurs, tout en misant encore avec optimisme sur les années à venir. Pendant des années, l’Europe a cru pouvoir rattraper facilement son retard dans les batteries de voitures électriques. Toutefois, il ne suffit pas de décréter une stratégie de souveraineté européenne pour qu’elle se réalise. Une nouvelle industrie ne se construit pas en un claquement de doigts, et ceux qui ont cru le contraire déchantent aujourd’hui. Invité sur BFM Business le 25 avril 2026, le patron d’ACC, Yann Vincent, a dressé un constat lucide sur l’état réel de l’industrie. « On a peut-être fait preuve d’un excès d’optimisme… peut-être de naïveté… peut-être d’arrogance en pensant qu’on allait pouvoir très rapidement se mettre au niveau des Chinois », reconnaît-il. Une confession rare dans un secteur habitué aux promesses industrielles bien huilées. Une industrie confrontée à son inexpérience « On n’est plus au stade des projets comme il y a cinq ans », explique Yann Vincent. La fameuse trentaine d’initiatives européennes s’est « considérablement réduite ». Désormais, « on est dans la phase de ramp-up ». Autrement dit, fini les slides PowerPoint : place à la production de batteries « pour de vraies voitures et de vrais clients ». ACC, la coentreprise française créée en 2020 par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, a commencé à livrer les premières cellules début 2025. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le démarrage a été quelque peu chaotique et le reste encore aujourd’hui, même si la montée en cadence progresse et que le taux de rebut baisse. Usine de batteries ACC en France. // Source : ACC « C’est plus dur que ce que l’on avait imaginé effectivement », admet le dirigeant. En cause : la complexité industrielle. « Ce sont des procédés de fabrication extrêmement compliqués, pour lesquels il faut du temps pour arriver à les maîtriser parfaitement. » En face, le marché ne veut ou ne peut plus attendre, ce qui fait monter d’autant plus la pression autour de cette activité industrielle naissante qui n’a pas le droit à l’erreur. Le contraste avec la Chine est frontal. Là où l’Europe tâtonne encore, les acteurs asiatiques sont déjà à maturité. « Ils ont commencé il y a 15 à 20 ans, ils ont une expérience acquise, ils sont très bons, ils maîtrisent leur sujet », justifie Yann Vincent. L’Europe part de presque zéro : « Nous avons cinq ans et nous jouons contre des acteurs qui ont vingt ans. » Mais au-delà du retard technologique, il pointe aussi un problème culturel : « Il faut une constance dans l’effort et les Européens ne sont pas habitués à ça. » Pire : « L’Européen a envie de résultats dans les trois mois. » Un décalage profond avec une industrie qui exige des années d’apprentissage et de montée en compétence. Malgré tout, ACC refuse de céder au fatalisme : « Nous sommes dans la course. » « Allions-nous avec ceux qui savent faire » défend le patron d’ACC « On ne réclame pas une protection de cette industrie qui conduirait à une perte de compétitivité », affirme le patron d’ACC. Plutôt que de chercher à se barricader derrière des barrières réglementaires, Yann Vincent plaide pour un rapprochement avec les leaders du secteur : « Je suis convaincu que pour les rattraper, nous devons être dans un partenariat avec eux. » Une position assumée, presque provocatrice : « Allions-nous avec ceux qui savent faire. » Un discours que l’on a également entendu dans la bouche du patron de Verkor, un autre challenger européen de la batterie. Les deux chefs d’entreprise sont bien conscients de l’avance prise par les fabricants chinois. La position d’élève et de professeur s’est inversée en quelques années, et il faut l’accepter, même si cela est désagréable à reconnaître pour les Européens. C’est jugé « fondamental » pour ne pas faire capoter le projet industriel européen. DS N°8 équipée de batteries ACC, devant l’usine. // Source : ACC Cette stratégie passe notamment par des joint-ventures, comme ce que la Chine a imposé aux constructeurs occidentaux pour s’implanter sur son marché. Ce serait en quelque sorte un juste retour des choses. Et même les fabricants chinois, comme CATL, ne sont pas forcément opposés à cette idée : ils y voient une manière d’aider à leur tour les entreprises européennes. Le patron du géant de la batterie avait déjà abordé ce sujet lors d’une longue interview, au moment de la chute de Northvolt. Si Yann Vincent rejette l’idée d’un protectionnisme pur, il assume avoir besoin du soutien de l’Europe. Cela ne passe pas uniquement par des subventions nécessaires aujourd’hui pour le maintien de l’activité, mais cela consiste aussi à favoriser un vrai écosystème de la batterie pour renforcer cette jeune industrie. « Dans trois ans, il faut qu’on soit en pleine cadence et que la qualité produit soit au meilleur niveau. » Il reste un détail de taille à régler : le coût. Les constructeurs européens pourront certainement tolérer un différentiel de prix pour une production locale… mais seulement s’il est limité. Le patron d’ACC n’a pas abordé le choix de la technologie (chimie de la batterie) lors de cette interview, ce qui pourrait aussi peser lourd sur la stratégie à plus long terme de l’entreprise. « L’écart de performance, il faut le réduire substantiellement dans les trois ans. » Voilà une feuille de route ambitieuse pour le patron d’ACC. Comparé aux discours qu’il tenait en 2021, alors que le chef d’entreprise prédisait « en 2023 nous arriverons sur le marché avec des batteries à l’état de l’art de la technologie », cette fois, le propos apparaît sans arrogance affichée. Toute l'actu tech en un clin d'œil Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur ! Installer Numerama Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google ! Crédit photo de la une : Montage Numerama Signaler une erreur dans le texte ACC Batterie Batterie électrique Chine Europe France industrie Business Ne plus voir cette pub Ne plus voir cette pub
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