● Courrier International 📅 27/04/2026 à 11:34

Comment le “female gaze” s’installe sur nos écrans

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Michelle Williams joue l’héroïne de la série “Dying for Sex”. Le “female gaze”, ce regard féminin qui permet de représenter les femmes dans leur subjectivité, s’est installé sur nos écrans jusqu’à devenir quasi mainstream notamment grâce aux séries. Décryptage avec le quotidien britannique “The Guardian”. PHOTO DISNEY+ Séries. Comment le “female gaze” s’installe sur nos écrans 27 avril 2026 De Jane Campion à Shannon Murphy, le female gaze s’est installé au fil du temps sur nos écrans jusqu’à devenir quasi mainstream. “S’agit-il d’un tournant historique, d’un phénomène passager ou d’un rouleau compresseur purement commercial ?” s’interroge le quotidien britannique The Guardian dans une analyse de l’évolution récente de la production télévisuelle anglo-saxonne. C’est en 1973 que la critique britannique Laura Mulvey a théorisé le male gaze pour expliquer comment le cinéma a réduit les personnages féminins à l’état d’objets du désir masculin, façonnant durablement nos imaginaires. À l’inverse du male gaze, le regard féminin permet de représenter les femmes dans leur subjectivité, en explorant leur intériorité et leurs désirs. “La Leçon de piano”, de Jane Campion, sorti en 1993. PHOTO ARCHIVES DU 7EME ART/PHOTO12/AFP À l’image de l’héroïne de Jane Campion, Flora, dans La Leçon de piano, sorti en 1993, première Palme d’or remise à une femme. Du cinéma d’auteur, le female gaze a doucement fait son chemin vers des productions plus grand public, notamment à travers les séries. Shannon Murphy est l’une des réalisatrices et productrices qui incarnent ce phénomène. De Dying for Sex (2025) à Killing Eve (2018), l’Australienne a travaillé sur nombre de fictions marquantes ces dernières années. “Killing Eve” est une autre série marquante par son application d’un “female gaze”. PHOTO BBC AMERICA En mettant en avant la perception et le vécu de personnages féminins complexes. “Je préfère quand la progression est moins frontale, l’approche plus globale, ce qui est le propre du fonctionnement féminin”, définit-elle. “Si nous commençonsà raconter plusd’histoires de ce genre,cela nous permettra,en tant que société,de ne plus voirle monde de manièreaussi manichéenne.” La réalisatrice Shannon Murphydans le quotidien britannique The Guardian Parmi les premières héroïnes subversives du petit écran, The Guardian cite la quadragénaire Samantha dans Sex and the City (qui avait scandalisé à l’époque en assumant ses désirs sexuels) ou encore l’avocate Ally McBeal. “Sex and the City”, l’une des séries marquantes des années 1990. PHOTO 7E ART/HBO/PHOTO12/AFP Des modèles des années 1990 qui ont inspiré Shannon Murphy tout comme leurs héritières, dont Lena Dunham, la créatrice de Girls, qui racontait sans fard la vie de quatre vingtenaires new-yorkaises dans les années 2010. Pour la chercheuse française Iris Brey, autrice de l’essai Le Regard féminin (éd. de l’Olivier), ce female gaze peut aussi provenir de cinéastes hommes – tout comme nombre de réalisatrices ont, elles, appliqué un male gaze. Dying for sex était une fiction “très importante” à cet égard car elle abordait des “choses extrêmement taboues” en mettant en scène Molly, une jeune femme qui, se découvrant mourante, s’autorisait à vivre certaines expériences sexuelles qu’elle n’osait pas réaliser jusque-là. C’est notamment le sursaut de #Metoo qui a incité davantage de producteurs à investir dans des productions où la subjectivité féminine est au centre de l’intrigue, selon Iris Brey. Y voyant peut-être un nouveau filon, ils ont ainsi donné leur chance à de jeunes réalisatrices comme les Britanniques Michaela Coel (I May Destroy You) ou Phoebe Waller-Bridge (Fleabag). Phoebe Waller-Bridge, actrice et réalisatrice de “Fleabag”, une série britannique à succès. PHOTO LUKE VARLEY/AMAZON STUDIOS “Je veux que l’argent soit investi dans des personnages féminins qui n’ont pas besoin que les hommes les regardent.Plus subversif encore :des fictions où les femmesne se demandent pasconstamment ‘est-ce qu’ilm’aime ?’. Des femmesqui discutent entre elleset qui parlent de tout,sauf des hommes.” La chercheuse Iris Brey dans le quotidien britannique The Guardian Mais, note The Guardian, le désir féminin reste toutefois encore au centre de ces fictions de plus en plus rentables. D’autant qu’à l’heure où les adaptations de roman se multiplient, le succès de la romantasy pourrait pousser à financer davantage de récits explorant la sexualité du point de vue féminin. Jennifer L. Armentrout, autrice de romantasy, estime que “les femmes ne cherchent pas à dominer leur partenaire” à l’inverse du cliché patriarcal de la conquête romantique ou sexuelle. Certaines livres de ce genre littéraire mettent ainsi en avant des personnages plus complexes qu’il n’y paraît et parfois plus égalitaires. “Heated Rivalry”, la série à succès canadienne, met en scène une romance entre Hudson Williams et Connor Storrie. PHOTO SABRINA LANTOS/HBO MAX Peut-être est-ce là le secret du succès de La Chronique des Bridgerton ou, cette année, de la série Heated Rivalry, adaptée du best-seller de la Canadienne Rachel Reid. Bien que mettant en scène une romance entre deux hommes, elle a eu énormément de succès auprès des femmes pour sa représentation égalitaire et sensible de l’éclosion du désir. Pour Iris Brey, le female gaze peut devenir un véritable vecteur d’innovation si les producteurs investissent dans des fictions plus subversives encore, “qui pourraient vraiment changer la façon dont nous envisageons le couple et l’amour”.— Oumeïma Nechi À lire aussi : Musique. Avec le “Fotzenrap”, les rappeuses allemandes retournent le stigmate À lire aussi : Vidéo. 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