● Courrier International 📅 26/04/2026 à 16:19

Au Maroc, l’enseignement français recule au profit d’établissements moins coûteux

Géopolitique
Illustration
DESSIN DE FALCO, CUBA. Longtemps dominant, le système français n’est plus l’unique horizon des familles marocaines en quête d’enseignement étranger. Sous l’effet conjugué de la hausse des frais de scolarité et d’une diversification de l’offre éducative, d’autres systèmes gagnent du terrain, portés par des établissements publics étrangers ou par des écoles privées internationales aux pédagogies alternatives. À Casablanca comme dans d’autres grandes villes, les alternatives au système français séduisent un nombre croissant de familles. Espagnol, britannique, américain ou encore canadien : autant de choix qui attirent par leur coût, leurs approches pédagogiques et leur ouverture à l’international. À lire aussi : Une du jour. Au Maroc, les établissements scolaires français sont un “système qui déraille” Parmi ces derniers, le système espagnol s’impose comme une option structurée et relativement accessible. Au Maroc, il repose sur un réseau d’établissements publics directement rattachés au ministère de l’Éducation espagnol, qui scolarisent aujourd’hui plus de 5 000 élèves encadrés par près de 400 enseignants. À Casablanca, l’Institut espagnol, fondé en 1967, illustre cette présence historique. L’établissement propose un cursus complet, de la maternelle au baccalauréat, conforme au système éducatif espagnol, avec une forte emphase sur le multilinguisme et l’ouverture culturelle. L’espagnol s’impose comme un choix stratégique C’est précisément ce qui a convaincu Lamia, dont le fils y est scolarisé depuis cette année. “La première raison était la qualité du système, dont nous avions eu des retours positifs de la part de notre entourage et d’autres familles dont les enfants y sont scolarisés. La deuxième raison était d’ordre financier : comparé à d’autres écoles étrangères, le système espagnol nous a semblé le plus raisonnable en termes de coût : ni excessif ni particulièrement contraignant. La troisième raison était la proximité. L’école est bien située, proche de notre domicile dans le quartier du Maarif, et ne nécessite pas de longs trajets au quotidien.” Au-delà de ces critères, la question linguistique a également pesé. “On voulait exposer notre fils au maximum de langues possible, en l’occurrence l’espagnol, le français, l’anglais et l’arabe.” Un choix stratégique à l’heure où l’espagnol, parlé par plus de 500 millions de personnes dans le monde, s’impose comme une langue internationale majeure. Le système espagnol séduit aussi par sa stabilité institutionnelle. Contrairement à certaines écoles privées internationales, il s’agit d’établissements publics, dont les programmes et les frais sont encadrés par les autorités espagnoles. À lire aussi : Société. Le patron d’Air Canada, non francophone, sur le départ : “La compagnie a compris le message” Un point qui a pesé dans la balance : “Nous avons envisagé d’autres systèmes éducatifs, principalement le système britannique, mais nous avons été dissuadés par des frais très élevés et par une certaine incertitude quant au statut de ces établissements.” Si le système français a été écarté, c’est autant pour des raisons financières que pour une expérience familiale mitigée. “Le système français n’était pas non plus une option, en raison à la fois de son coût élevé et de l’expérience négative de mon mari, qui a fait toute sa scolarité primaire et secondaire dans une école française”, confie Lamia. Aujourd’hui, le premier bilan est positif. “Nous constatons que notre fils s’épanouit. À seulement 4 ans, il est déjà à l’aise dans deux langues étrangères. C’est un véritable atout pour son développement.” Une satisfaction qui n’efface pas une attente plus large. “Nous aurions préféré pouvoir compter sur un système d’enseignement public plus solide”, regrette-t-elle. Des offres “holistiques” Parallèlement, le système anglo-saxon gagne du terrain ces dernières années, porté par une demande croissante pour des pédagogies plus souples et une ouverture accrue vers l’international. Des établissements historiques comme la Casablanca American School, fondée en 1973, incarnent cette présence de longue date. L’école propose un curriculum américain enrichi par l’International Baccalaureate, reconnu pour faciliter l’accès aux universités à l’étranger. Ce modèle mise sur l’autonomie, l’esprit critique et les activités extra-académiques, en rupture avec des approches classiques, plus académiques. Le segment se développe rapidement. De plus en plus d’écoles internationales privées, souvent anglophones ou hybrides, inspirées des modèles britannique, américain ou canadien, sortent de terre. C’est le cas de la Victoria International School, située à Bouskoura, qui propose un programme canadien avec double diplôme, marocain et international. À lire aussi : Reportage. À Bamako, la littérature se fait résistance et défie la menace djihadiste L’établissement met en avant une approche pédagogique dite “holistique”, promettant “exigence académique et développement personnel, dans un environnement bilingue ou trilingue”. Pour Sara, dont la fille y est inscrite, le choix s’est d’abord fait sur un critère très concret. “Il s’est imposé naturellement en raison de la proximité de l’école avec notre domicile. C’était vraiment notre critère principal”, confie-t-elle. Avec le recul, elle se dit satisfaite : “Je trouve que le système offre un bon équilibre entre les apprentissages et le développement de l’enfant. Ils encouragent la participation, l’autonomie.” Un paysage éducatif en totale recomposition Elle souligne également “des méthodes plus modernes, centrées davantage sur l’enfant”, même si, nuance-t-elle, “cela dépend aussi beaucoup de chaque enfant”. Reste la question du coût, souvent plus élevé dans ces établissements privés. “Cela reste assez important, mais à partir du moment où l’on recherche un certain cadre et une certaine qualité, il faut en assumer le prix”, estime-t-elle. Un pragmatisme qui se retrouve dans sa vision à plus long terme. “Si demain je devais changer de domicile, je privilégierais encore une fois la proximité, quitte à m’imposer un autre système, comme le système français.” Ces trajectoires illustrent une évolution plus large. Si le système français conserve une forte attractivité, il est désormais confronté à une concurrence plus structurée. Le modèle espagnol apparaît comme une alternative publique crédible, tandis que les écoles internationales privées misent sur l’innovation pédagogique et l’ouverture globale. À lire aussi : Langues. Au Canada, des pistes pour lutter contre le “déclin” de l’usage du français Au-delà des préférences pédagogiques, les choix des parents traduisent surtout des arbitrages de plus en plus complexes, mêlant coût, localisation, langues et perspectives d’avenir. Mais une constante demeure : la recherche du meilleur équilibre possible pour l’enfant. Quitte à sortir des sentiers historiquement dominés par le modèle français. Ghita Ismaili Lire l’article original Langues Espagne Europe Éducation Afrique Nos lecteurs ont lu aussi Analyse. En Arabie saoudite, les mégaprojets de MBS virent au “gigaflop” Carte. Pour se détourner de l’Occident, la Russie mise sur la mer Caspienne Histoire. Ces réfugiés vietnamiens qui ont fait plier le Ku Klux Klan Un avion avec 37 pirates somaliens à son bord est immobilisé à Nairobi. Un avion avec 37 pirates somaliens à son bord est immobilisé à Nairobi Source de l’article TelQuel (Casablanca) Fondé en 2001, ce newsmagazine francophone s’est rapidement distingué de ses concurrents marocains en faisant une large place aux reportages et aux faits de société. Se méfiant du dogmatisme, TelQuel délaisse la politique politicienne et s’attaque à des sujets tabous tels que la sexualité. Lire la suite Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. Je tente ma chance →
← Retour