● Les Numériques Télécom 📅 25/04/2026 à 12:00

À quoi ressemblerait un monde où l’on garde nos smartphones pendant 10 ans ?

Cybersécurité 👤 Corentin Bechade
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À quoi ressemblerait un monde où l’on garde nos smartphones pendant 10 ans ? Par Corentin Bechade (@corentinbechade) Publié le 25/04/26 à 12h00 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 5 © Maxx-Studio / Shutterstock - Nos vieux smartphones ont-ils de l'avenir ? En France, la durée moyenne d’utilisation d’un smartphone varie de 23 à 37 mois, soit entre deux et trois ans. Néanmoins, sur le papier, ces concentrés de silicium et d’aluminium sont capables de fonctionner bien plus longtemps. L’année dernière déjà, l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep) soulignait que, si le taux de renouvellement tend à s’allonger, on reste encore loin des “cinq voire 10 ans de durée de vie potentielle des terminaux mobiles”.Pour prolonger cette réflexion, l’Ademe a imaginé un scénario où un smartphone durerait huit ans avant d’être définitivement mis au rebut. Loin d’être évidente, une telle mutation nécessiterait des changements sociétaux d’ampleur et pourrait même engendrer des effets de bord pas si écologiques qu’il n’y paraît.L’obsolescence sous toutes ses formesDans un imposant rapport de 70 pages rédigé en partenariat avec le CNRS, l’Inria et la société Hubblo, l’agence pour la transition écologique explique d’abord que “plus la durée d’usage est grande, plus l’amortissement est important et l’impact annualisé d’un smartphone faible”. En effet, 95 % de l’empreinte carbone d’un téléphone étant générés lors de sa phase de fabrication, rallonger sa durée de vie de trois à huit ans a un effet immédiat et “implique un amortissement plus de 2,5 fois supérieur”. On parle ici de la durée de vie “totale” de l’appareil, incluant les éventuelles phases de réemploi ou de reconditionnement. À lire également : “On nous incite sans honte à surconsommer ” : en 2025, HOP s’attaque à l’obsolescence marketing Cependant, si l’Ademe se félicite que la France et l’Europe aient fait de l’allongement de la durée d’usage “une des priorités des politiques d’économie circulaire”, elle souligne les nombreux défis soulevés par un tel changement. Pour y parvenir, trois leviers principaux sont identifiés : lutter contre l’obsolescence fonctionnelle (robustesse, compatibilité, réparabilité) chez les constructeurs ; contrer l’obsolescence “d’évolution” (renouvellement prématuré et superflu) chez les consommateurs ; et enfin “optimiser les usages” (consommation collaborative, économie de la fonctionnalité) à l’échelle de la société.De potentiels effets rebonds indésirablesImposante par elle-même, cette transition ferait naître d’autres transformations économiques et politiques. Les smartphones pourraient coûter plus cher à l’achat “afin d’intégrer les coûts d’un smartphone plus durable et la baisse des revenus pour les constructeurs”. Cependant, remarque l’Ademe, “le coût annuel pour l’utilisateur pourrait diminuer, car amorti sur un beaucoup plus grand nombre d’années”. À terme, cela pourrait même représenter une opportunité économique : “lorsque la durée d’usage est prolongée grâce à la réparabilité, la modularité ou un meilleur support logiciel, le coût total de possession diminue de 10 à 40 %”, note le rapport.Durée de détention individuelle des smartphones et motifs conduisant au renouvellement (2020 et 2024).© ArcepLe budget libéré par un renouvellement moins fréquent pourrait toutefois être réinjecté dans des achats carbonés, tempère l’étude. Les constructeurs pourraient chercher des relais de croissance en vendant, par exemple, davantage d’écouteurs sans-fil, de montres connectées ou d’accessoires domotiques pour compléter un écosystème dont le mobile resterait le centre. Un “effet d’induction […] déjà observable dans un contexte de saturation du marché des smartphones”, note l’Ademe. Mais ces économies pourraient aussi soutenir le développement de la filière de la réparation.“Les effets environnementaux induits par le report de la consommation vers de nouveaux services et équipements dépendent ainsi des décisions prises par les fabricants et les distributeurs quant à leurs modèles d’affaires et aux choix des consommateurs”, avance prudemment le rapport.Des apps plus légèresCôté logiciel, l’allongement de la durée de vie pourrait inciter les développeurs à concevoir des applications plus sobres et plus universellement compatibles afin de ne pas s’aliéner le marché grandissant des téléphones vieillissants. L’Ademe précise toutefois que cela n’est vrai que “pour les développeurs d’applications à destination du marché français”. Un marché globalisé ne tendant pas vers le même idéal de durabilité laisserait probablement l’Hexagone de côté pour exploiter les gigahertz encore disponibles sur les terminaux de nos voisins. À lire également : Près de la moitié des Français vivent avec un smartphone dysfonctionnel L’agence s’inquiète aussi que les écarts de performances entre les modèles les plus anciens et les plus récents n’aggravent la “fracture numérique”, notamment pour les propriétaires de smartphones d’entrée de gamme et vieillissants. Une crainte à modérer, puisque cet écart est déjà une réalité aujourd’hui.Un risque pour l’emploi ?Enfin, l’allongement de la durée de vie des smartphones impacterait les filières du reconditionnement et de la réparation. Pour cette dernière, c’est quitte ou double. Si le rythme de sortie des nouveaux appareils reste effréné, les spécialistes devront jongler avec un nombre de références trop important. À l’inverse, si les constructeurs ralentissaient la cadence, cela faciliterait “l’industrialisation des procédés de réparation et la gestion du gisement de pièces détachées”. Le modèle de collecte de l'ESS risque de subir ces enjeux de concurrence avec des conséquences essentiellement sociales et sur l’emploi.Pour la filière du réemploi, l’impact serait paradoxalement assez négatif. L’assèchement du gisement de téléphones français forcerait les reconditionneurs à s’appuyer davantage sur des produits importés. Les petites structures, souvent rattachées au secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), risqueraient de “subir encore davantage les enjeux de concurrence” face à la baisse de l’offre nationale, “avec des conséquences essentiellement sociales et sur l’emploi”. Quant au recyclage, une baisse des volumes ne devrait pas être immédiatement ressentie, la filière opérant avec “un décalage déjà fort” entre la mise sur le marché et la collecte.Pour éviter certains de ces effets délétères, l’Ademe préconise de mieux soutenir les acteurs de l’ESS, de renforcer l’écosystème de la réparation et de lutter contre la fracture numérique. À ces conditions, faire durer nos smartphones pendant 10 ans deviendrait un objectif réaliste. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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