● Journal du Net
📅 25/04/2026 à 00:28
Comment l'audiovisuelle chinois transforme l'IA en influenceur
Géopolitique
👤 Brice Le Guen
En Chine, les séries IA pèsent déjà 13 milliards d'euros. Si ces acteurs virtuels s'imposent comme influenceurs, les litiges émergents sur le droit à l'image viennent freiner cette expansion. L'évolution du divertissement en ligne Le paysage audiovisuel chinois observe le développement rapide des "micro-dramas" (ou playlets). Ces séries, composées d'épisodes de quelques minutes et conçues pour une lecture verticale sur des plateformes comme Douyin (le Tiktok chinois), constituent un nouveau format de consommation. L'évolution la plus notable de 2026 réside dans le mode de production : ces formats s'appuient désormais largement sur l'intelligence artificielle générative. En réduisant les coûts logistiques et en accélérant le rythme de création, ce segment pèse aujourd'hui près de 12 milliards d'eurs. Le récent lancement de 'Master of Feng Shui' (100 millions de vues en 12 heures pour son premier épisode) illustre l'adoption de ce format par le public. De l'avatar à la propriété intellectuelle : la quête d'authenticité L'utilisation de l'IA à l'écran s'inscrit dans une courbe d'adoption progressive : 2023 : Le personnage d'Erzhuang dans la série 'I Am Nobody' surprend le public par la fluidité de ses expressions. 2024 - 2025 : L'industrie franchit une nouvelle étape avec 'China Mythology' (première série courte 100 % IA promue par les médias d'État) et la romance 'In My Heart, You Are One of a Kind'. Mars 2026 : La société de production Yaoke Media annonce la création de deux acteurs 100 % générés par l'IA, Qin Lingyue et Lin Xiyan, pour la série 'Qinling'. Qin Lingyue (秦凌岳) et Lin Xiyan (林汐颜) (Weibo) Cette démarche marque un changement de stratégie : ces personnages sont développés comme des propriétés intellectuelles (IP) indépendantes. Dotés de leurs propres comptes sur Douyin et RedNote (le pendant chinois d'Instagram), ils visent à cultiver le « sentiment d'être en vie » ou l'authenticité perçue. L'objectif pour les studios est de créer des influenceurs virtuels capables d'engager les audiences en dehors des fictions, tout en conservant un contrôle total sur leur image publique. Un vrai post du compte RedNote de l'actrice IA Qin Lingyue (Weibo) Les défis juridiques de la "doublure numérique" Cependant, ce modèle économique soulève des questions juridiques inédites. Pour atteindre un tel niveau de réalisme, les modèles d'IA s'entraînent sur des données existantes, posant la question épineuse du consentement et de la propriété intellectuelle. Les débats ont récemment émergé lorsque les traits des acteurs virtuels Qin Lingyue et Lin Xiyan ont été perçus comme présentant de fortes similitudes avec de véritables acteurs chinois (Zhai Zilu, Zhao Jinmai et Zhang Zifeng). Face à ces pratiques, les tribunaux commencent à établir de premières jurisprudences. En mars 2026, la justice pékinoise a sanctionné deux entreprises pour avoir transposé les traits d'une actrice sur un personnage virtuel sans autorisation. Le cadre légal tend à se préciser : même si le visage généré présente de légères modifications, l'infraction peut être caractérisée dès lors que le public reconnaît la personne originale. Les plateformes de diffusion sont également invitées à renforcer leur modération sous peine d'engager leur responsabilité. Le modèle de l'influenceur IA est-il exportable en Europe ? L'industrie chinoise du micro-drama constitue un cas d'étude intéressant pour les directions marketing européennes. Elle démontre que la vidéo générative permet de produire du contenu narratif à grande échelle et d'envisager la création d'ambassadeurs de marque virtuels. Toutefois, une transposition directe de ce modèle en Occident se heurterait à deux limites majeures. La première est juridique : la question du droit à l'image impose de s'assurer que les modèles s'appuient sur des données strictement libres de droits, afin d'éviter des litiges complexes et préjudiciables. La seconde limite est culturelle. Il convient en effet de s'interroger sur la réception de ces acteurs IA par le public européen. Si l'audience chinoise se montre de plus en plus réceptive à cette hyper-virtualisation, les consommateurs occidentaux pourraient exprimer une certaine distance. L'attachement à l'authenticité humaine, à l'imperfection et à la véritable incarnation émotionnelle d'un acteur reste un marqueur fort en Europe. Au-delà de la viabilité économique ou légale, la question centrale pour les marques sera de savoir si le public européen est réellement disposé à accorder sa confiance à une entité générée par algorithme, ou s'il continuera de privilégier la connexion avec des acteurs réels.
🔗 Lire l'article original
👁️ 0 lecture