● Courrier International
📅 24/04/2026 à 10:48
Inviter pour l’apéro en France, c’est tout un art
Énergie & Environnement
Une table prête pour l’apéritif à Epagnette, dans la Somme, en mai2020. AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP [Cet article a été publié pour la première fois sur notre site 22 avril 2023 et republié le 24 avril 2026.] Depuis que je me suis installée dans un village du sud-ouest de la France, à la fin de 2021, l’heure de l’apéro est un des aspects favoris de ma vie ici. Ce moment, à la fin d’une journée de travail, où l’on retrouve des amis pour boire quelques verres, peut-être accompagnés d’une olive ou deux, pour papoter et décompresser, est une tradition tout à fait informelle, dans un pays qui peut parfois être guindé. Bien sûr, il est possible de préparer un peu les choses, mais le plus souvent, l’heure de l’apéro a quelque chose de spontané. Vous croisez un voisin dans la rue, un ami vous envoie un courriel pour vous signaler qu’il pourrait passer dans les parages, une discussion avec un de vos collègues préférés tombe comme par hasard à la fin de la journée, et avant même de vous en apercevoir, voilà que quelqu’un propose un apéro. C’est un mot presque impossible à prononcer sans un soupir et un sourire. Vu sous cet angle, ça ressemble beaucoup au yoga. Un vestige de la vie civilisée Certes, vous allez me dire que ça rappelle fortement la tradition anglaise de se rendre ensemble au pub à la fin de la journée, et vous aurez raison, sauf sur un point. Ça dure vraiment une heure, peut-être deux, puis tout le monde reprend le cours de sa vie. Personne ne ratera le dernier train en tentant confusément de commander un burger chez McDo, toute intention de prendre “juste un verre” ayant été jetée aux orties des heures plus tôt. Je trouve étonnant qu’en ces temps où tant d’entre nous s’efforcent de se serrer la ceinture tout en essayant de s’accrocher aux rares vestiges de vie civilisée qui nous restent, l’heure du cocktail soit peut-être bien de retour. Elle vous permet de retrouver des amis, de vous détendre et vous amuser, sans dépenser une petite fortune pour servir un menu complet avec trois plats ou, par les temps qui courent, à tenir scrupuleusement compte des exigences diététiques des uns et des autres. À lire aussi : Numéro spécial sur le temps. Que font les Européens à l’heure de l’apéro ? Ce que cette pause sans stress dans la journée a aussi de merveilleux, c’est qu’elle représente la meilleure façon possible de nouer des liens d’amitié, qu’il s’agisse d’en consolider de plus anciens ou d’en établir de nouveaux. Tout le monde peut sacrifier environ une heure à trinquer (NB : pas si vous savez vous tenir, c’est considéré comme du dernier vulgaire, au cas où vous fêleriez les jolis verres, mais vous et moi n’avons pas à nous inquiéter de ça) tout en partageant un bol de pistaches. Si vous n’appréciez pas vraiment quelqu’un, eh bien, vous vous en êtes aperçu sans avoir à faire monter votre facture de gaz pour rôtir un gigot d’agneau, ni à gaspiller du maquillage. Tant pis ! On passe aux suivants. Comment diable se débarrasser des gens ? Quand je fais part de ma ferveur nouvelle pour le petit verre du soir à mes amis en Angleterre, ils ont l’air enthousiaste. (Après tout, qui n’aime pas les chips ?) Enfin, ils ont l’air enthousiaste pendant une bonne minute avant que le doute ne s’insinue et ne s’exprime toujours de la même façon. Formidable en théorie, mais comment diable réussit-on à se débarrasser des gens ? À lire aussi : Vu du Royaume-Uni. Les Français et les chips, une histoire croustillante Pour ce qui est de partir, nous ne sommes pas très doués, nous, les Anglais [voir encadré]. Faites-nous passer du bon temps, et nous en réclamerons plus, merci beaucoup : un double pour moi. Juste avant Noël, nous sommes allés à une fête chez des amis, dans un superbe appartement à Béziers. Tout était impeccable : des plateaux de boissons soigneusement préparées, de magnifiques canapés chauds et froids, près de vous, exactement à la bonne portée. Une salle bruissant de joyeux bavardages et les gens pris dans des discussions animées avec des inconnus, ce qui, à mes yeux, est toujours le secret des ambiances réussies. L’invitation disait 18 heures-20 h 30. Nous sommes partis à 20 heures. Quand j’ai croisé notre hôtesse quelques semaines plus tard, je lui ai demandé à quelle heure les derniers invités avaient pris congé : “Oh, vers minuit ! Remarque, c’était tous des British, et bien bourrés, en plus.” Boire trop, une terrible faute de goût en France Au cours des dix-sept mois qui se sont écoulés depuis notre installation ici, je ne crois pas avoir vu une Française ou un Français avoir un coup dans le nez, être saoul, ivre, imbibé, beurré. Boire plus que vous ne pouvez supporter est une terrible faute de goût. Ici, non seulement ça ne se fait pas d’être visiblement saoul, mais c’est le signe que vous avez un problème. Cela vaut également en Angleterre, mais chez nous, se pinter ensemble tient du rituel d’affection, du rite de passage dans une amitié. Et il est certain qu’un ou deux verres de trop risquent d’émousser votre capacité à vous éclipser tout autant qu’à vous exprimer. C’est pour notre nation qu’a été conçue la phrase : “Tu ne pouvais pas t’empêcher d’exagérer, hein ?” Or il est possible de ne pas exagérer, vraiment. Tout d’abord, à l’apéro comme dans la vie, ça ne fait pas de mal de ne pas placer la barre trop haut. À lire aussi : Le Courrier des recettes. La science des frites parfaites C’est vraiment un verre entre gens du coin. Il serait déraisonnable – et plutôt grossier – de demander à des gens qui habitent loin de venir assister à quelque chose qui va durer une ou deux heures, à moins que vous n’alliez tous ailleurs ensemble ensuite. Ne demandez pas aux gens de prendre leur voiture pour profiter brièvement de votre compagnie et d’un verre de vin, aussi brillante que soit votre compagnie et aussi pétillant que soit le vin. Ce sont des retrouvailles entre voisins, de préférence ceux qui peuvent se rendre chez vous à pied. “Ça vous dérange pas si je me fais un sandwich ?” Il y a une exception à cette règle, l’apéro dînatoire, l’enfant, petit mais parfaitement formé, du cocktail et du dîner – comme son père, il s’y entend pour présenter les boissons, et comme sa mère, il est doué pour dresser la table du buffet. L’apéro dînatoire une façon efficace et sans chichis d’inviter pas mal de gens et de s’acquitter en même temps de diverses obligations sociales, sans vous imposer le stress ou les dépenses qu’entraîne un dîner digne de ce nom. Parfois, entre bons amis, ou si le vin est juste comme il faut, ou que les planètes sont bien alignées, un apéro peut confortablement traîner et se muer en apéritif dînatoire. Personnellement, ça m’est arrivé. Nous passons un si bon moment, personne ne veut que ça cesse, et soudain, je me retrouve à faire cuire des pâtes ou à battre des œufs et râper du fromage pour préparer des omelettes. À lire aussi : Vu des États-Unis. Fromage PUIS dessert, une règle française clé d’une vie heureuse On met un peu plus de vin blanc au congélo pour le rafraîchir rapidement, on ouvre du rouge pour le laisser respirer. Toutes les règles sont faites pour ne pas être respectées, mais cette règle-là ne peut être violée que par les hôtes. Couler un regard vers le frigo et demander : “Ça vous dérange pas si je me fais un sandwich ?” ne transforme pas le moment en apéro dînatoire. Et les invités qui partent alors que vous avez envie qu’ils s’attardent sont ceux que vous inviterez sans doute la prochaine fois. L’art de s’éclipser Quand elle en avait assez d’une fête, ma grand-mère avait coutume de lancer : “Je me suis déjà bien assez amusée.” Et elle filait. Une chose que j’ai toujours admirée, mais que je n’ai jamais été capable d’imiter, car j’ai toujours eu peur de rater quelque chose. Il m’a fallu plus de cinquante ans pour apprendre l’art de s’éclipser, mais c’est peut-être aussi dû au fait que maintenant, j’ai vraiment peur de rater quelque chose, à savoir un peu plus de temps à passer dans mon lit somptueux, avec ses draps de lin et ses luxueux oreillers. À lire aussi : Sobriété. Vers un monde sans alcool À Londres, mon amie Fi disait (avec une joie sans mélange) : “Et si on dînait à l’américaine !” Ce qui n’avait aucun rapport avec des burgers ou des pizzas. L’idée était de dîner à 18 h 30, si bien que nous nous serions tous restaurés, aurions ri et discuté, tout en étant à la maison, propres et au lit, à 22 heures. Et c’est là tout le charme de l’heure de l’apéro. Avec sa convivialité rapide et tempérée, il apporte une touche de plaisir à la journée sans déborder sur la suivante – pour cause de fatigue ou de gueule de bois. Ça ne videra pas votre compte, et si ça se trouve, vous serez même invité la prochaine fois. Moi, j’y vois un investissement, au sens tout à fait réel du terme. L’avenir est rosé. Peut-être avec des vol-au-vent, si vous avez vraiment de la chance. Comment faire partir ses invités Les choses doivent être courtes, sans jamais être brusques, et c’est tout un art. C’est très bien d’inviter les gens à 18 heures en espérant reprendre le cours de sa vie et récupérer ses verres à 20 heures, mais parfois, certaines personnes ne comprennent pas du tout le message. Immanquablement, ce sont celles à qui il était justement destiné. Quand vous envoyez une invitation, dites clairement à quelle heure vous souhaitez que vos amis arrivent, et surtout qu’ils partent. Courriels, textos et messages sur WhatsApp sont bien pratiques quand il s’agit de parler clairement d’heures, le tout sans paraître grossier. Si vous formulez l’invitation en personne, prenez soin de terminer la phrase “Tu veux passer prendre un verre…” par les mots “… pour une heure”. Ou deux, juste pas la moitié du temps qu’il vous reste à vivre. Alors que l’heure fatidique approche, cessez de remettre de quoi grignoter dans les bols et de remplir les verres. Vous n’êtes pas vraiment en train d’annoncer que vous allez fermer en commençant à ranger les tables et à éteindre la lumière, mais la plupart de vos invités saisiront l’allusion. N’hésitez pas à évoquer vos prochaines retrouvailles. En parlant au passé. “C’était vraiment bien de se voir, il faut qu’on remette ça bientôt. Peut-être pour dîner, d’ici quelques semaines ?” Mais ne dites ça que si vous le pensez vraiment. Sinon, contentez-vous d’un joyeux : “Qu’est-ce que vous faites après, pour le reste de la soirée ?” Ne débarrassez pas de façon trop agressive, à moins que vous estimiez ne pas avoir d’autre solution. Quand il s’agit d’expulser des invités qui s’attardent, les sacs-poubelles, les gants en caoutchouc et l’aspirateur sont l’équivalent de la dissuasion nucléaire. Usez-en avec modération, mais faites-le si c’est nécessaire. Debora Robertson Lire l’article original Consommation d'alcool Vins et viticulture Europe Réveil Nos lecteurs ont lu aussi Blog Dessins. Six choses qui étonnent les Français qui partent vivre à l’étranger Jeu vidéo. “Pragmata” décroche la lune dans un monde où les robots ont perdu la raison Guerre. Un robot “ne ressent pas de douleur” : en Ukraine, des drones terrestres pour parer aux difficultés de recrutement Révélations. La Russie continue de fabriquer des armes chimiques en secret, révèle une enquête Source de l’article The Daily Telegraph (Londres) Atlantiste et eurosceptique sur le fond, pugnace et engagé sur la forme, c’est le journal conservateur de référence. Fondé en 1855, comme le rappelle son titre en hommage à une technologie de communication alors révolutionnaire, il est le dernier des quotidiens nationaux d’envergure à ne pas avoir abandonné le grand format. Détenu jusqu’au début de 2004 par le magnat de la presse Conrad Black, le titre a ensuite été la propriété des frères milliardaires David et Frederick Barclay. En 2023, sur fond de bras de fer financier, le journal a été saisi par les créanciers de la famille Barclay, qui se sont mis en quête d’un nouveau propriétaire, ainsi qu’à The Sunday Telegraph, regroupés au sein du Telegraph Media Group Holdings Ltd. Au terme de trois ans de rebondissements, le processus de vente, très commenté outre-Manche, a débouché début 2026 sur une reprise par l’allemand Axel Springer (Die Welt, Bild, Politico) pour la bagatelle de 660 millions d’euros. Son agenda est très prisé, en raison notamment du Court Circular, qui présente tous les jours les activités de la famille royale. Un autre rendez-vous très attendu est le petit dessin de Matt, toujours élégant et drôle, publié en première page. Lire la suite Nos services Soirée de lancement Inscrivez-vous pour la soirée de lancement du jeudi 07 mai à 19h30 à l’auditorium du Groupe Le Monde. Je m’inscris → HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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