● BFM Tech
📅 23/04/2026 à 19:12
Appels indésirables: c'est quoi Saracroche, l'application gratuite et respectueuse de la vie privée qui raccroche pour vous au nez des démarcheurs
Géopolitique
Face à l’explosion du démarchage abusif, un développeur toulousain a conçu en une après-midi une application gratuite et respectueuse de la vie privée. Déjà adoptée par 800.000 utilisateurs, Saracroche ambitionne de devenir un rempart incontournable contre les spams téléphoniques."Vous avez sûrement déjà été contacté à ce sujet mais je vous informe qu’il y a des nouvelles aides disponibles en matière de..." Il n'est même pas midi. Et pourtant, c'est déjà la deuxième fois de la journée que vous raccrochez, sollicité par un démarchage téléphonique d'une entreprise voulant vendre ses panneaux solaires, ses formations ou ses contrats d’énergie.C'est simple, en deux ans, les signalements pour des appels abusifs ont été multipliés par onze, selon un bilan de l'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms, dévoilé en février dernier. Cela concerne notamment les usurpations de numéros de téléphone, les SMS et appels frauduleux et le démarchage.Un équilibre délicatUn constat qui agace Camille Bouvard, développeur. Alors qu'il se retrouve cloué au lit après une blessure, le Toulousain décide de mettre son temps à profit pour remédier au problème. "Un dimanche après-midi, alors que je m'ennuyais, j'ai décidé de créer une application pour moi et mes proches afin de bloquer tous ces numéros", nous détaille-t-il.Ni une, ni deux, le développeur se met au travail. Le lendemain, l'application est déjà disponible sur l'App Store. Son nom, Saracroche, n'a pas été choisi au hasard. Il s'agit d'une référence à la blague d'enfants "Allô, c'est qui? C'est Sarah. Sarah qui? Saracroche". Concrètement, la plateforme filtre et bloque gratuitement les appels indésirables. Au total, près de 14,5 millions de numéros sont concernés.Pour filtrer les appels, Saracroche s’appuie d’abord sur des plages de numéros identifiées comme appartenant au démarchage téléphonique. Ces préfixes définis par les autorités (comme les fameux 01.62 ou 04.24) représenteraient l’essentiel des appels indésirables."Environ 12,5 millions de numéros sont concernés", estime-t-il. "C'est 90% du démarchage téléphonique." Mais le développeur va encore plus loin. Grâce aux signalements des utilisateurs, il affine progressivement sa base pour intégrer des numéros ou opérateurs plus problématiques.Un équilibre délicat à trouver. "Si je bloque trop largement, je risque aussi de bloquer des appels légitimes", reconnaît-il. A une époque, le Toulousain avait par exemple bloqué BICS. Seul hic, de nombreux livreurs Amazon utilisent des numéros hébergés chez cet opérateur. "De nombreux utilisateurs risquaient de ne pas recevoir leur colis", souligne-t-il, tout en reconnaissant avoir reçu plusieurs alertes à ce sujet.Les démarcheurs "ne respectent pas la loi"Bien sûr, Saracroche n'est pas seul sur ce marché. Il y a bien Bloctel, une liste lancée en 2016 par le gouvernement pour réclamer de ne plus être contacté par les démarcheurs. Mais l'initiative s'est avérée être... très peu efficace."La majorité des entreprises qui font du démarchage sont étrangères et ne respectent pas la loi française", glisse Camille Bouvard, qui reste sceptique quant à l'efficacité future de la loi contre le démarchage téléphonique abusif. Le texte entrera en vigueur en août 2026.Orange Téléphone a, pendant un temps, séduit les internautes. Mais la plateforme a fini par demander 7 euros par mois à ses utilisateurs pour accéder à la fonctionnalité de blocage automatique. Begone fonctionne sur un modèle freemium. D'autres applications misent même sur la publicité.On n'arrête pas le progrès : Comment lutter contre le démarchage téléphonique ? - 16/03 4:25Saracroche, de son côté, cultive sa différence. L'application est entièrement gratuite et sans publicité. Surtout, contrairement à de nombreuses applications concurrentes, la plateforme est disponible en open-source et respectueuse de la vie privée.Respectueux de la vie privée"On parle d'applications, très souvent privées, qui ont accès à nos appels. Je n'ai pas envie qu'une boîte américaine sache que je reçois des appels de ma grand-mère par exemple", plaisante Camille Bouvard qui revendique une approche sans publicité ou collecte massive de données.Le succès dépasse rapidement ses attentes. "Je ne m'y attendais clairement pas. Je suis toujours un peu étonné de voir ce qui se passe", sourit-il. Pensée au départ pour un usage personnel et familial, l’application séduit un public bien plus large. En quelques mois, Saracroche a convaincu près de 800.000 utilisateurs.Face à cet engouement, Camille Bouvard adapte son application à Android, un chantier technique à part entière. "Ce n’est pas plus difficile, mais ce n’est pas la même façon de fonctionner", souligne-t-il. Là où sur iPhone, l'application envoie les numéros à bloquer à iOS qui est ensuite chargé de les bloquer, sur Android, Saracroche intervient directement lors de l’appel, en temps réel.C'est déjà demain : Le démarchage téléphonique avec l'IA - 14/03 2:43Seul aux commandes, Camille Bouvard continue de développer Saracroche à temps partiel. Une organisation artisanale pour un outil devenu, en quelques mois, l’un des remparts les plus populaires contre un fléau quotidien. Et le Toulousain ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.Lutter contre les SMS frauduleuxUne fonctionnalité communautaire doit prochainement voir le jour, permettant de signaler en temps réel les numéros suspects. L'objectif? Afficher une alerte dès la réception d’un appel déjà identifié comme indésirable par d’autres utilisateurs. Autre chantier en cours le filtrage des SMS frauduleux, ces messages de faux livreurs, par exemple, incitant à cliquer sur des liens malveillants.Entièrement gratuite pour les particuliers, l’application repose pour l’instant sur les dons. Mais des perspectives économiques émergent du côté des entreprises, intéressées par des solutions sur mesure. Camille Bouvard envisage de proposer "des filtrages spécifiques, de déployer l'application sur une flotte de téléphones ou encore des annuaires internes capables d’identifier automatiquement les appels de collaborateurs".Et pourquoi pas, à terme, déployer Saracroche dans d'autres pays européens. "Des Belges, des Suisses et mêmes des Espagnols m'ont contacté. J'ai plein d'idées mais le problème c'est le temps", sourit le développeur."Je travaille sur Saracroche deux à trois jours par semaine et j'arrive déjà à concurrencer Orange Telephone, c'est pas mal (...) Mais si un millionnaire veut passer pour m'aider à embaucher, pourquoi pas", s'amuse-t-il. L'appel est lancé et cette fois, vous pouvez décrocher.Les plus lus"Apprécié de tous": émotion dans la Marne après "l'action héroïque" du caporal-chef Anicet Girardin, tué dans l'attaque au Liban"On pense encore à une séquestration": les proches de Manon Relandeau, disparue en Loire-Atlantique, gardent espoir"Le jeu est très très ouvert": Bruno Retailleau et Gabriel Attal accélèrent vers la présidentielle 2027 et espèrent doubler Édouard Philippe"Une menace pour la sécurité nationale": aux États-Unis, la disparition d'une dizaine de scientifiques interroge, le FBI lance une enquêteCoupe du monde 2026: "Que l'Italie remplace l'Iran", la proposition choc d’un proche de Donald Trump
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