● Courrier International 📅 23/04/2026 à 16:15

“Demain fusillade” : en Argentine, des tags macabres effraient les écoles

Géopolitique
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Un exemple de tag annonçant une fusillade pour le 15 avril 2026, dans les toilettes d’un établissement scolaire argentin, relayé par le média “El Dia de La Plata” dans une vidéo sur son compte Instagram. PHOTO EL DIA DE LA PLATA SUR INSTAGRAM “Demain c’est fusillade”, “Jeudi ne venez pas : fusillade”… Des centaines de graffitis menaçants de ce type sont apparus sur les murs des toilettes, des salles de classe ou des préaux de collèges et lycées argentins ces dix derniers jours. À lire aussi : Argentine. Le bras droit de Javier Milei embourbé dans un scandale d’enrichissement personnel “Le caractère simultané de tous ces messages intimidants a éveillé des soupçons chez les enquêteurs et les experts en violence scolaire, qui pensent qu’il s’agit d’un défi viral entre jeunes [sur les réseaux sociaux]”, écrit El País América, notant que des tags analogues sont aussi apparus au Chili. Se voulant rassurant, le président du Conseil supérieur de l’éducation catholique, José Monteros, a déclaré au quotidien Página 12 : “Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une action coordonnée. Plutôt quelque chose qui s’amplifie via l’hyperconnexion des adolescents sur les réseaux sociaux, comme un effet boule de neige.” Défi TikTok ou pas, ces messages, ainsi que leur nombre grandissant, inquiètent. “Ils ne doivent pas être considérés comme des ‘blagues potaches’, mais comme un comportement grave, et ne doivent pas être viralisés afin d’éviter l’effet contagion”, affirme un communiqué du ministère de l’Éducation de la province de Buenos Aires publié par le quotidien La Nación. “Toute menace est traitée comme réelle” Dans le quotidien Clarín, la spécialiste en psychotraumatologie Juliana Lanza explique : “Tous ceux qui écrivent ces menaces ne présentent pas un risque clinique grave, dans la majorité des cas leur motivation est de participer à ce défi collectif, sans conscience des dommages occasionnés. Mais, dans la pratique, la règle est sans appel : toute menace est traitée comme réelle.” La police argentine a déjà procédé à plusieurs interpellations d’élèves et de leurs parents, et les protocoles en cas de fusillade dans les écoles ont été actualisés. À lire aussi : Diplomatie. La visite de José Antonio Kast en Argentine relance le dossier sensible des Malouines Plusieurs dizaines de collèges et lycées ont fermé leurs portes. “On ne vit plus de la même façon le fait d’aller à l’école ces derniers jours en Argentine, écrit Clarín. Certains parents effrayés décident d’eux-mêmes de faire manquer les cours à leurs enfants. D’autres, compréhensifs, autorisent ceux qui le veulent à sécher. Les cartables sont fouillés avant l’entrée, ou bien les élèves amènent leurs cahiers directement à la main…” En effet, la province de Mendoza, située dans l’ouest du pays, qui a reçu plus d’une centaine de menaces de ce genre, a réagi drastiquement : “Tous les établissements affectés bénéficient d’une protection policière et les cartables ont été interdits”, relate le média El Destape. Dans cette province, l’absentéisme s’est élevé à 60 %, lundi 20 avril, premier jour de ce protocole. Un douloureux précédent Pour autant, “cette peur n’est pas infondée”, écrit le site d’information Urgente24. En effet, ces menaces arrivent dans un contexte douloureux : le 30 mars, dans le village de San Cristóbal, situé dans le centre du pays, un élève de 15 ans a tiré à la carabine sur ses camarades durant la récréation, tuant un enfant de 13 ans et blessant deux autres élèves. Un fait divers exceptionnellement rare en Argentine, comme le rappelle Urgente24 : “Ça a été la première fusillade scolaire mortelle en plus de deux décennies. […] Ce qui aurait ressemblé, il y a quelques années, à une lointaine fiction importée des États-Unis est aujourd’hui une menace concrète qui paralyse les familles et vide les salles de classe.” À lire aussi : Argentine. Milei prononce des discours remplis de vulgarités et d’insultes : une “stratégie rationnelle” Le média Enterate, qui s’inquiète lui aussi d’une “nord-américanisation” de l’Argentine, rappelle l’un des aspects sur lesquels le gouvernement d’ultradroite de Javier Milei s’est aligné sur celui de Donald Trump : “En pleine vague d’émotion causée par les menaces de fusillades dans tout le pays, La liberté avance [le parti du président Milei] cherche à faire approuver début mars un projet de loi qui assouplit les règlementations sur le port d’armes dans le pays.” Mathilde Guillaume Violence en Amérique latine Éducation Armes à feu Amériques Sur le même sujet Politique. En Argentine, Milei tronçonne les droits des travailleurs Justice. En Argentine, le procès sur la mort de Maradona “recommence de zéro” Mémoire. Cinquante ans de la dictature argentine : avec Milei, le retour du négationnisme ? Diplomatie. 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