● Revue Conflits 📅 23/04/2026 à 07:14

Traversées irrégulières de la Manche : nouvel accord franco-britannique conclu

Data Science 👤 Revue Conflits avec AFP
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Paris et Londres ont renouvelé pour trois ans le traité de Sandhurst, avec une enveloppe britannique pouvant atteindre 766 millions d’euros. Pour la première fois, une part de 186 millions d’euros est conditionnée à l’efficacité des mesures de rétention — introduisant une logique de résultats inédite dans la coopération migratoire bilatérale. L’accord prévoit de porter les effectifs déployés sur le littoral à 1 400 agents d’ici 2029, tandis que 41 472 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni en 2025, deuxième chiffre le plus élevé depuis 2018. Estelle Emonet Après plusieurs mois d’âpres négociations, la France et le Royaume-Uni ont trouvé un terrain d’entente pour reconduire durant les trois prochaines années le traité de Sandhurst. L’accord bilatéral signé en 2018, reconduit une première fois en 2023, s’achevait en 2026. Le renouvellement introduit une novation significative : une logique de conditionnalité financière qui place Paris sous pression de résultats mesurables. Un financement conditionné aux résultats L’enveloppe britannique peut atteindre 766 millions d’euros sur trois ans, dont 580 millions garantis — déjà en hausse par rapport aux 540 millions du précédent plan. Mais « pour la première fois », selon les termes mêmes du gouvernement, 186 millions d’euros supplémentaires forment une « part flexible », conditionnée à l’efficacité des mesures destinées à empêcher les migrants de rejoindre irrégulièrement le territoire britannique. Si les nouvelles dispositions n’apportaient pas de « résultats suffisants, sur la base d’une évaluation annuelle conjointe, le financement sera réorienté sur de nouvelles actions », précise la feuille de route consultée par l’AFP. Ce mécanisme d’incitation introduit une logique inédite dans la coopération migratoire franco-britannique, historiquement fondée sur des engagements de moyens plutôt que d’objectifs chiffrés. « Cet accord historique nous permet d’aller plus loin : en renforçant le renseignement, la surveillance et la présence sur le terrain afin de protéger les frontières britanniques. » — Keir Starmer, Premier ministre du Royaume-Uni 41 472 traversées en 2025 : le contexte chiffré Selon les chiffres officiels des autorités britanniques, 41 472 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni sur des petites embarcations en 2025 — le deuxième chiffre le plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018. Au moins 29 migrants sont morts en mer au cours de la même année, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques. Du côté français, on souligne que depuis le début de l’année, les arrivées au Royaume-Uni ont diminué de moitié par rapport à la même période de l’année précédente. Quelque 480 passeurs ont par ailleurs été arrêtés en 2025 selon le ministère de l’Intérieur — un bilan mis en avant pour justifier l’efficacité du dispositif existant. Lire aussi : Immigration clandestine dans la Manche : une poudrière géopolitique Renforcement des moyens sur le terrain Le nouvel accord prévoit d’augmenter de moitié les forces de l’ordre déployées sur le littoral : les effectifs seront portés à quelque 1 400 agents d’ici 2029. Une unité de CRS, financée par la France, sera dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine et s’accompagnera du déploiement de drones, hélicoptères et moyens électroniques pour « mieux prévenir les tentatives de traversées » et réduire le nombre de départs, en particulier des taxi-boats. « Une grande partie des moyens prévus sera concentrée dès le début de l’été », période traditionnellement propice aux départs, précise la feuille de route. Les deux ministres de l’Intérieur — Laurent Nuñez côté français, Shabana Mahmood côté britannique — se sont notamment rendus à Loon-Plage, près de Dunkerque, sur le chantier d’un Centre de rétention administrative destiné à détenir les étrangers visés par une obligation de quitter le territoire français en vue de leur expulsion. Le droit de la mer, obstacle persistant Les forces de l’ordre sont régulièrement accusées, outre-Manche, de ne pas en faire assez pour retenir les embarcations de fortune, qui prennent de plus en plus de risques pour éviter les contrôles sur les plages en embarquant directement en mer. La contrainte juridique est pourtant claire : selon le droit international de la mer, une fois qu’une embarcation est à l’eau, les autorités ne peuvent intervenir que pour sauver des personnes de la noyade. Cette règle limite structurellement la capacité d’interception, indépendamment des moyens déployés. Lire aussi : L’accord « un pour un » entre Paris et Londres : bilan et limites Un contexte politique tendu des deux côtés À quelques semaines d’élections locales présentées comme décisives pour le maintien du gouvernement travailliste à Downing Street, Keir Starmer — qui a promis de « reprendre le contrôle des frontières » — est sous pression du parti Reform UK de Nigel Farage. L’accord arrive à point nommé pour le Premier ministre, même si son bilan reste fragile : l’accord « un pour un » conclu l’été dernier, qui prévoyait le renvoi en France de migrants arrivés irrégulièrement au Royaume-Uni en échange de l’accueil légal de migrants se trouvant en France, n’a concerné jusqu’à présent que quelques centaines de personnes. « Cet accord historique empêchera les migrants illégaux d’entreprendre ce périlleux voyage et mettra les passeurs derrière les barreaux. » — Shabana Mahmood, ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni La coopération franco-britannique sur la Manche a « déjà permis d’empêcher des dizaines de milliers de traversées », a souligné Keir Starmer. Mais tant que les causes profondes des départs ne sont pas traitées — instabilité dans les pays d’origine, attractivité du marché du travail britannique, défaillances du système d’asile européen — le renforcement des moyens sur le littoral risque de rester une réponse partielle à un phénomène structurel. © Agence France-Presse
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