● Courrier International
📅 23/04/2026 à 06:13
Téhéran resserre son emprise sur le détroit d’Ormuz
Géopolitique
Une capture d’écran montrant, selon la télévision iranienne, la saisie du MSC Francesca et de l’Epaminondas dans le détroit d’Ormuz, le 22 avril 2026. IRIB / via REUTERS “Le conflit avec l’Iran est entré dans une nouvelle phase particulièrement dommageable, une sorte d’impasse paralysante entre guerre et paix, qui maintient le détroit d’Ormuz fermé et fait planer la menace d’une escalade”, résume le Wall Street Journal. Téhéran, qui a annoncé mercredi avoir saisi deux navires dans le détroit d’Ormuz, a exclu de rouvrir ce passage stratégique tant que durera le blocus de ses ports par les États-Unis. “Un cessez-le-feu complet n’a de sens que s’il n’est pas violé par un blocus naval […], la réouverture du détroit d’Ormuz est impossible tant que le cessez-le-feu est ouvertement bafoué”, a affirmé le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un message sur X. À lire aussi : Guerre. L’Iran saisit deux navires dans le détroit d’Ormuz, une “grave escalade” qui menace la trêve Une “posture de plus en plus agressive en mer” Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé que les deux bateaux qui essayaient de franchir le passage ont été “dirigés vers la côte iranienne”. Le Panama a confirmé la saisie d’un navire battant son pavillon, le MSC Francesca. Son ministère des Affaires étrangères a accusé Téhéran de porter une “grave atteinte” à la sécurité maritime. L’autre navire, l’Epaminondas serait un porte-conteneurs battant pavillon libérien et appartenant à la compagnie grecque Technomar Shipping, selon Kathimerini. “Il s’agit des premiers navires à être saisis depuis le début de la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, le 28 février”, rappelle USA Today en soulignant que l’Iran adopte désormais “une posture de plus en plus agressive en mer”. Un troisième bateau a essuyé des tirs mercredi alors qu’il se trouvait à 8 milles nautiques à l’ouest de l’Iran, selon l’agence de sécurité maritime britannique UKTMO, mais il a pu quitter le détroit en direction du port saoudien de Jeddah, selon le site Marinetraffic. Réagissant aux attaques contre les trois bateaux mercredi, la Maison-Blanche a semblé chercher à minimiser la situation. Elle ne les a pas considérées comme une violation du cessez-le-feu, entré en vigueur le 8 avril, car “il ne s’agissait ni de navires américains, ni de navires israéliens” mais de “deux navires internationaux”, a affirmé sa porte-parole Karoline Leavitt, dans un entretien accordé à la chaîne Fox News. Le Commandement central des États-Unis a de son côté affirmé mercredi soir avoir contraint 31 navires à faire demi-tour dans le cadre du blocus naval des ports iraniens, rapporte NBC News. La plupart de ces navires étaient des pétroliers, a précisé le CENTCOM sur X. “Un levier dans les négociations” Les attaques de mercredi “montrent que Téhéran conserve une emprise étouffante sur le détroit, ce qui lui permet d’accentuer la pression sur l’économie mondiale, même si l’armée américaine a frappé quelque 13 000 cibles en Iran et mis en place un blocus naval contre le pays”, analyse le New York Times. Cette stratégie donne à l’Iran un levier dans les négociations avec les États-Unis.” Pour le Guardian, “les deux camps cherchent à démontrer qu’ils sont capables d’imposer leur blocus du détroit d’Ormuz plus efficacement que l’autre”. L’Iran, “en tirant sur et en saisissant des navires commerciaux tentant de traverser le détroit, cherche à envoyer le message qu’il peut maintenir son étau sur l’économie mondiale”, souligne le quotidien britannique. “Les États-Unis, à travers leur blocus des ports iraniens, poursuivent un objectif plus immédiat”, analyse le journal. Par le biais de sanctions et d’actions navales, ils tentent de provoquer l’effondrement de l’économie iranienne, alors que Téhéran manque d’espace pour stocker le pétrole qu’il produit et qu’il ne peut exporter en raison du blocus.” Alors que Donald Trump a prolongé sine die le cessez-le-feu avec l’Iran mardi soir, à quelques heures de son expiration, la Maison-Blanche a maintenu mercredi le flou sur la date butoir du cessez-le-feu en Iran. Karoline Leavitt a précisé que “le président n’avait pas fixé de date limite pour recevoir une proposition de l’Iran”, précisant qu’“en définitive, le calendrier sera imposé” par Donald Trump. À lire aussi : Géopolitique. Trump prolonge le cessez-le-feu avec l’Iran, “une autre chance” pour la diplomatie Départ surprise du secrétaire à la Marine américain Le Pentagone a par ailleurs provoqué la surprise mercredi soir en annonçant le départ du plus haut responsable civil de la Marine américaine, John Phelan. Le ministère de la Défense a indiqué qu’il quittait ses fonctions “avec effet immédiat”, sans fournir d’explication à son départ soudain. Le Pentagone a précisé que son adjoint Hung Cao allait désormais occuper ces fonctions par intérim. “Cette annonce est particulièrement choquante en raison de son timing, alors que la Marine joue un rôle critique pour empêcher les navires iraniens de traverser le détroit d’Ormuz”, observe CNN. Plusieurs sources ont affirmé à la chaîne américaine que “des tensions existaient depuis des mois entre Phelan et [le ministre de la Défense Pete] Hegseth”. Ce dernier aurait notamment reproché à Phelan de ne pas avoir mis en œuvre assez rapidement les réformes visant à accélérer la construction navale. À lire aussi : Analyse. Pete Hegseth, guerrier “au nom de Jésus” Noémie Taylor-Rosner Moyen-Orient Réveil Iran Détroit d’Ormuz Amériques Nos lecteurs ont lu aussi Pendant que vous dormiez. Liban, prêt à l’Ukraine, crise au Pérou, référendum en Virginie, Turquie : les informations de la nuit Guerre. À l’heure des négociations, la presse iranienne relève de fortes dissensions parmi les dirigeants Étude. Les saumons sauvages exposés à la cocaïne nagent plus loin que les autres Vu de Suisse. À trop vouloir séduire le patronat, le RN pourrait perdre l’électorat populaire Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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