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📅 22/04/2026 à 15:18
Trump vs Léon XIV : Quand un prêtre fait vaciller le président américain - IRIS
Géopolitique
👤 Déborah Yapi
Correspondances new-yorkaises / Observatoire politique et géostratégique des États-Unis 22 avril 2026 Trump vs Léon XIV : Quand un prêtre fait vaciller le président américain Trump vs Léon XIV : Quand un prêtre fait vaciller le président américain 4 min. de lecture Citer Partager Imprimeren PDF Ajouter aux favoris Romuald Sciora Chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis Depuis quelque temps, les nuages s’accumulent dangereusement sur Donald Trump. Pour la première fois de sa carrière politique, le président se retrouve fragilisé sur tous les fronts. Cette guerre en Iran dans laquelle il s’est lancé contre l’avis de son vice-président JD Vance, de sa cheffe de cabinet Susie Wiles, de la plupart des généraux du Pentagone et d’une partie significative des républicains, ébranle pour la première fois depuis dix ans sa base MAGA. Cette base qui jusqu’à présent l’aurait suivi jusqu’en enfer, qui l’a suivi lors de l’assaut du 6 janvier 2021 contre le Congrès, dont il pourrait avoir besoin dans des circonstances similaires, est en train de se détourner de lui. Les sondages montrent qu’environ un quart des républicains désapprouvent la gestion de la guerre par Trump, et seule la moitié d’entre eux soutiennent « fortement » sa politique iranienne — un chiffre alarmant pour un président qui a bâti son empire sur une loyauté inconditionnelle. Ces électeurs se sentent trahis par ce président qui avait promis de ne jamais entraîner le pays dans une de ces guerres style Irak ou Afghanistan. Fragilisé donc à l’intérieur, à quelques mois des midterms qui s’annoncent être une véritable Bérézina, le président a continué à accumuler les bourdes. La plus lourde étant de s’en prendre directement au pape Léon XIV, blessant ainsi la communauté catholique américaine. Trump a accusé Léon XIV d’être « FAIBLE sur la criminalité, et terrible en politique étrangère », une attaque sans précédent dans l’histoire des relations entre la Maison-Blanche et le Vatican. L’électorat catholique étant assez fluctuant et représentant environ 20 % des Américains concentrés dans les États pivots, il est à craindre qu’une partie d’entre eux se détourne de lui pour les prochaines élections. Sans parler des évangéliques qui n’apprécient pas qu’on critique et qu’on attaque une personnalité religieuse de premier plan. Le pompon de ces dérives est évidemment venu avec cette image générée par intelligence artificielle que le président américain lui-même a partagée sur Truth Social : on l’y voyait vêtu comme le Christ en guérisseur aux pouvoirs magiques, drapé dans une robe blanche et une écharpe rouge, la main tendue sur un malade. L’image a provoqué un tollé, y compris parmi ses propres soutiens conservateurs. Brilyn Hollyhand, ancienne coprésidente du Conseil consultatif des jeunes du Comité national républicain, a dénoncé un « blasphème grossier ». La chroniqueuse conservatrice Megan Basham a qualifié le post de « blasphème SCANDALEUX ». Même Riley Gaines, la nageuse devenue icône conservatrice pour sa « lutte » contre les athlètes transgenres, a appelé Donald Trump à faire preuve « d’un peu d’humilité ». De mauvais jours, donc, pour le président. Mais au-delà de l’anecdote de cette image, le bras de fer qu’il a entamé avec Léon XIV n’est pas près de s’arrêter. L’affront suprême est venu lorsque le pape, invité pour le 4 juillet 2026 à célébrer le 250e anniversaire des États-Unis, a préféré se rendre à Lampedusa, cette minuscule île italienne de Méditerranée qui sert de porte d’entrée aux migrants venus d’Afrique du Nord. L’invitation avait été personnellement remise au pape par le vice-président JD Vance en mai 2025, mais le Vatican a annoncé le 21 février 2026 que le pontife passerait le 4 juillet sur Lampedusa plutôt qu’à Washington. Un signe politique énorme pour ce premier pape américain. Le contraste ne pourrait être plus saisissant : Trump envisage des survols de F-35 et des feux d’artifice dans le ciel de la capitale, tandis que Léon XIV se tiendra sous le même soleil à Lampedusa, accueillant des étrangers. Ce qui rend ce duel particulièrement intéressant, c’est que Léon XIV possède un atout dont aucun pape n’a jamais disposé face à un président américain : né à Chicago, il parle évidemment un anglais parfait et comprend intimement la culture politique américaine, éliminant ainsi toute ambiguïté de traduction. Contrairement aux papes précédents qui s’appuyaient sur des traductions permettant au Vatican de recalibrer le ton après des remarques controversées, Léon s’exprime directement et avec précision. Quand il dénonce « l’illusion de la toute-puissance » ou déclare que « Dieu ne bénit aucun conflit », il sait exactement ce qu’il dit et comment cela résonnera à Washington. Il est fort à parier que ce duel à distance se poursuive au cours des prochaines semaines et des mois, et ne fasse que s’intensifier. À une tout autre échelle, cela nous rappelle le pape Jean-Paul II face à Jaruzelski, le dictateur polonais. Jean-Paul II a eu la peau de Jaruzelski. Est-ce que Léon XIV sera le tombeur de Donald Trump ? Je n’en sais rien. En tout cas, ce dernier a sans doute pour la première fois trouvé sur la scène internationale une personnalité de premier plan qui joue au même niveau de notoriété internationale et qui lui tient tête. Le pape a d’ailleurs déclaré aux journalistes : « Je n’ai aucune crainte ni de l’administration Trump ni de parler haut et fort du message de l’Évangile ». Cette bataille n’est pas non plus sans rappeler celle qui pendant des siècles opposa les différents papes aux empereurs du Saint-Empire romain germanique. Comme quoi l’histoire a la manie de se répéter. Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York. Amériques
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