● Courrier International 📅 22/04/2026 à 15:23

“Je t’ai achetée à ton père” : le calvaire des Palestiniennes vendues à des Bédouins d’Israël

Géopolitique
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À Ashalim, en Israël, le 9 mai 2022, une Bédouine fait paître ses moutons près d’une tour solaire. Photo AMIT ELKAYAM/THE NEW YORK TIMES “Intissar a été vendue par son père à un homme pour 1 000 shekels [280 euros] ; elle a ensuite été battue et violée. Les filles [qu’elle a eues avec lui] sont également devenues la cible des accès de colère de cet homme, et ses proches l’ont reniée”, raconte le quotidien israélien Ha’Aretz dans un article sur les “milliers de femmes” palestiniennes, dont des mineures, vendues à des Bédouins d’Israël, une minorité musulmane du sud du pays, dans le cadre de mariages polygames. Elles viennent de Cisjordanie, de la bande de Gaza ou parfois de Jordanie, et la plupart sont issues de familles pauvres. “À leur arrivée en Israël, elles découvrent que, sans citoyenneté et souvent sans aucun statut légal, elles sont presque entièrement dépendantes de leur mari”, souligne le journal israélien. “C’est moi qui décide” Mère de trois filles aujourd’hui libérée du joug de son bourreau, Intissar fait partie “d’une minorité” de femmes ayant décidé de se battre pour leur liberté et leur dignité, “mais seulement après des années de maltraitances, dont certaines étaient inimaginables”. Elle livre dans le cadre de cette enquête un récit poignant qui lève le voile sur les violences physiques, sexuelles et psychiques subies par ces femmes. Plus de 400 000 Bédouins en Israël Minorité historique de l’ancienne Palestine, 485 000 Bédouins sont aujourd’hui répartis entre l’État d’Israël (dont ils ont la citoyenneté) et les Territoires occupés palestiniens. Israël compte 440 000 Bédouins : 300 000 dans le Néguev (Sud), 110 000 en Galilée (Nord) et 30 000 dans et autour des villes mixtes judéo-arabes de Lod et Ramla. On dénombre 40 000 Bédouins en Cisjordanie et 5 000 dans la bande de Gaza. Afficher la suite Souvent, dit-elle, le calvaire commence dans le noyau familial, pourtant censé être protecteur. “Mon père n’a pas réagi à mon refus [d’être vendue]. Il a dit : ‘C’est moi qui décide’, raconte Intissar. Il me battait souvent.” Plus tard, son mari s’en est servi contre elle : “À chaque dispute, il me rappelait : ‘Je t’ai achetée à ton père.’” Mais les souffrances n’étaient pas uniquement causées par son mari. “Sa famille me traitait de pute. Je ne travaillais pas, je n’avais pas de vie sociale, j’étais leur souffre-douleur.” Le risque d’une expulsion Tout a changé un jour de 2024, lorsque l’une de ses filles est arrivée à l’école avec des ecchymoses. “Une conseillère d’orientation s’est entretenue avec elle, une plainte a été déposée auprès de la police et le père a été arrêté” avant d’être condamné “pour viol de la mère et violences envers ses filles”. Aujourd’hui, la jeune mère vit avec ses filles dans un appartement et travaille comme femme de ménage. Si elle a pu éviter d’être expulsée par les autorités israéliennes, grâce notamment à l’aide d’une ONG, elle ne bénéficie toujours pas d’un titre de séjour permanent et a été reniée par sa propre famille. À lire aussi : Reportage. Discriminés mais honorés, les “héros” bédouins du 7 octobre aspirent à une entière égalité Le cas extrême d’Intissar est assez isolé, souligne Ha’Aretz, mais la plupart des femmes restent à la solde de leur mari, “sans pouvoir ouvrir un compte bancaire, accéder à des soins ou demander une aide juridique”. D’autant qu’un signalement aux autorités implique le risque d’une expulsion et d’une séparation d’avec ses enfants, “probablement pour toujours”. S’il a pris de l’ampleur au fil des décennies, ce phénomène aux racines historiques, comme l’explique une experte interrogée par le journal, a diminué depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et la fermeture quasi totale par Israël des points de passage vers la Cisjordanie et Gaza. 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