● BFM Tech 📅 22/04/2026 à 11:57

Pour pallier le manque de données et entraîner ses modèles d’IA, Meta va enregistrer les actions de ses salariés sur leur souris et clavier: il ne sera pas possible de s’y soustraire

Géopolitique
Illustration
Face à la pénurie de données d’entraînement, Meta se tourne vers ses propres employés. L'entreprise de Mark Zuckerberg déploie un logiciel sur les ordinateurs professionnels du personnel basé aux États-Unis capable d'enregistrer les mouvements de souris ou les frappes sur le clavier.C’est une annonce interne qui a fait grincer des dents jusque dans les bureaux californiens du géant des réseaux sociaux. Chez Meta, les employés américains sont désormais appelés à devenir, malgré eux, une nouvelle source de données pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle du groupe, selon les informations de Reuters.Concrètement, un logiciel en cours de déploiement sur les ordinateurs professionnels du personnel basé aux États-Unis enregistre les mouvements de souris, les frappes sur le clavier, les clics ou encore la navigation dans les menus. Bref, tous les mouvements en ligne de son personnel.L’objectif? Permettre aux systèmes d’IA de mieux comprendre les interactions humaines avec un ordinateur.Car si les modèles excellent désormais dans des tâches complexes comme la programmation ou la recherche d’information, ils peinent encore à reproduire des actions simples, comme la navigation dans une interface, l'utilisation d'un raccourci clavier ou le fait de remplir un formulaire. Autant de micro-gestes que les ingénieurs cherchent désormais à modéliser.Une participation imposée"Pour que les agents comprennent comment les utilisateurs accomplissent réellement leurs tâches informatiques quotidiennes, il est essentiel d'entraîner nos modèles sur des exemples concrets", insiste un communiqué interne révélé par Business Insider.Mais derrière cet argument technique se cache une réalité plus sensible. Les employés ne peuvent pas refuser ce dispositif. Interrogé en interne, le directeur technique Andrew Bosworth a confirmé que cette option ne pouvait pas être désactivée sur les ordinateurs professionnels. "Il n'est pas possible de désactiver cette option sur votre ordinateur portable professionnel", a-t-il assuré.Meta : Mark Zuckerberg fait tapis sur l'IA – 29/01 27:24La réaction ne s’est pas fait attendre. "Cela me met très mal à l’aise. Comment peut-on se désinscrire?", s’interroge un employé dans les discussions internes. Les émojis de colère, de choc ou de tristesse ont rapidement envahi les fils de conversation.Officiellement, l’entreprise assure que des garde-fous existent. Les données collectées seraient limitées à certaines applications professionnelles, comme Gmail, GChat ou des outils internes, et ne seraient pas utilisées à d’autres fins. Elles excluraient également les smartphones.Mais ces garanties peinent à convaincre en interne, tant la frontière entre surveillance professionnelle et exploitation des données personnelles apparaît de plus en plus floue.Les données, le nerf de la guerreCar dans la course à l’intelligence artificielle, la donnée est devenue une ressource stratégique. Depuis plusieurs mois, les grandes entreprises technologiques multiplient les initiatives pour enrichir leurs bases d’entraînement.Microsoft s’appuie par exemple sur les vastes dépôts de code publics de GitHub pour entraîner son assistant Copilot, tandis que Google mobilise les données issues de ses services, comme la recherche en ligne ou Youtube. De son côté, Meta a reconnu utiliser des contenus publics de Facebook et Instagram pour entraîner ses modèles.En parallèle, nombre de ces acteurs concluent des accords avec des éditeurs de presse ou des plateformes de contenus pour accéder à des données sous licence. OpenAI a notamment noué des partenariats avec l’Associated Press et le groupe Axel Springer.Mais avec ce nouveau dispositif, Meta franchit un cap. L'entreprise utilise les gestes quotidiens de ses propres salariés comme matière première. Une manière de capter des interactions "réelles", jugées plus précieuses que des données synthétiques ou simulées.Une stratégie industrielle assuméeCe projet s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation du groupe. Depuis un an, Mark Zuckerberg tente par tous les moyens de faire avancer son entreprise dans l'IA afin de parvenir à la superintelligence, soit une IA plus intelligente que les humains.Il a ainsi tenté de débaucher des employés d'OpenAI, Google et d'autres concurrents, proposant même des salaires mirobolants et une prime de 100 millions de dollars à certains. Le patron est même allé jusqu'à préparer et livrer de la soupe à des salariés d'OpenAI qu'il souhaitait recruter, selon Fortune.En interne, Meta a réorganisé ses équipes autour de l’intelligence artificielle, multipliant les initiatives internes, comme la mise en place d'une semaine de l'IA ou l'intégration d'outis automatisés dans le quotidien des employés. Un double IA de Mark Zuckerberg, pour aider les salariés à se sentir plus proche de leur patron, est même en développement.[DQJMM Bonus] : Faut-il cloner Mark Zuckerberg ? 8:22L’idée est claire: faire de l’entreprise elle-même un terrain d’expérimentation permanent. "Tous les employés peuvent contribuer à l’amélioration de nos modèles simplement en effectuant leur travail quotidien", indique le message interne.Reste la question de la vie privée. Si la surveillance des outils professionnels n’est pas nouvelle dans les grandes entreprises technologiques, son extension à des fins d’entraînement de l’IA change la nature du dispositif. Il ne s’agit plus seulement de sécurité ou de contrôle interne, mais de production de valeur. Une initiative qui brouille un peu plus la frontière entre travail, surveillance et matière première numérique.Les plus lusGuerre au Moyen-Orient: un porte-conteneur visé par des tirs iraniens au large d'Oman malgré la prolongation du cessez-le-feuUn compte dans le rouge de 559 euros pour Lecornu, un patrimoine modeste pour Darmanin mais 8,5 millions d'euros pour le ministre le plus aisé: ce qu'il faut retenir des patrimoines des membres du gouvernement"Bête sauvage", "idiote certifiée": un présentateur insulte Giorgia Meloni à la télévision russe, Rome convoque l’ambassadeurNBA: inquiétude pour Wembanyama, sorti sur protocole commotion lors de la défaite des SpursSon pire mois de mars depuis 2009: les Français se détournent encore du Livret A, dont le taux est passé de 3% début 2025 à 1,5% début 2026
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