● Courrier International
📅 22/04/2026 à 05:00
“À voix basse” : quand le tabou de l’homosexualité ébranle une famille tunisienne
Géopolitique
Eya Bouteraa joue Lilia, une ingénieure tunisienne lesbienne, et Hiam Abbass campe sa mère dans le film tunisien “À voix basse”. photo Memento “Avec À voix basse, Leyla Bouzid poursuit son exploration des territoires intérieurs, là où les conflits ne s’énoncent pas frontalement mais se devinent dans un regard, un geste retenu, une phrase interrompue”, applaudit La Presse. Dans ce troisième long-métrage, la cinéaste tunisienne explore avec une grande sensibilité les brisures intimes que le tabou de l’homosexualité provoque au sein d’une famille tunisienne. À lire aussi : Art. Au Maghreb, l’art pour faire avancer les luttes LGBTQI Le film sort en salle en France le 22 avril et le 29 en Tunisie, où la presse a déjà relaté avec fierté sa présence en compétition lors du Festival international du film de Berlin, en février. Cette “consécration” vient confirmer “une trajectoire artistique singulière, patiemment construite, où l’intime dialogue avec le politique, et où les corps, les silences et les désirs deviennent des espaces de résistance”, estime le quotidien tunisien francophone. En effet, Leyla Bouzid, fille du grand réalisateur Nouri Bouzid, a toujours porté à l’écran des personnages avides de liberté, comme la jeune Farah qui rêve d’être chanteuse dans une Tunisie postrévolutionnaire en effervescence dans À peine j’ouvre les yeux (2015). Enquêter sur une mort et sur une vie Avec ce troisième long-métrage, Leyla Bouzid continue de dresser un portrait de la société tunisienne très juste et actuel à travers l’histoire de Lilia. Ingénieure tunisienne installée en France, cette trentenaire rentre en urgence dans son pays natal pour assister aux funérailles de son oncle Daly (diminutif de Mohamed Ali). En arrivant chez sa grand-mère à Sousse, une ville balnéaire, elle découvre peu à peu des secrets autour de sa vie et de sa disparition. Bien qu’une autopsie ait établi qu’il serait mort d’une crise cardiaque, les circonstances demeurent étranges, et il aurait été retrouvé seul et nu en pleine rue. Lilia enquête alors sur cet oncle dont l’homosexualité était un sujet tabou. Aux prises avec les non-dits, elle comprend que tous les membres de sa famille, dont sa mère, n’avaient pas le même regard vis-à-vis de cela. La réalisatrice porte ainsi à l’écran “des problématiques de la société tunisienne qui ont trait au désir et au droit à la différence”, selon le site panarabe Independent Arabia. Une répression durcie Et signe “une sorte d’élégie familiale qui débute par une mort ambiguë et ouvre la voie à une exploration intime d’une vie contrainte à l’isolement”. L’isolement de cet oncle résonne fortement chez Lilia. Et à travers ce voyage, les liens entre Lilia – elle-même lesbienne mais qui ne l’a pas révélé à tous ses proches – et son entourage vont aussi changer. Sa compagne française, Alice, la rejoint en Tunisie et vient présenter ses condoléances lors de la semaine de deuil où les visites se succèdent au sein de la demeure familiale. Ce qui entraîne des crispations au sein du couple, mais aussi une quête de justice puis d’apaisement chez Lilia, au fil de ses rencontres dans des bars et cafés avec des Tunisiens queers. Lesquels ont connu son oncle et vivent dans une certaine peur, notamment d’être emprisonnés. Voir aussi : Portfolio. Le grand blues de la jeunesse tunisienne Inscrite dans le Code pénal tunisien de 1913 sous le protectorat français, la pénalisation des relations homosexuelles, prévue par l’article 230, est toujours en vigueur dans le pays. Son application s’est durcie ces derniers temps sous le virage autoritaire du président Kaïs Saïed, et concerne bien plus les hommes que les femmes – le lesbianisme n’étant “pas pris au sérieux”, comme le dit dans le film un avocat à qui Lilia fait appel. À voix basse montre ainsi avec nuance comment cette répression et ce contexte affectent les intimités. “Dans la maison familiale, où cohabitent trois générations de femmes, les non-dits s’accumulent, les mémoires enfouies affleurent et les silences pèsent plus lourd que les mots”, relate La Presse. Certains silences finissent toutefois par laisser place à la parole. Des actrices magistrales Et comme souvent dans le cinéma de Leyla Bouzid, les femmes sont filmées avec une grande empathie. Al-Akhbar souligne “la prestation magistrale et remarquable d’Eya Bouteraa” en Lilia, qui est soutenue par celle tout en finesse de l’actrice franco-palestinienne Hiam Abbass, dans le rôle de sa mère. Mais le quotidien libanais, un peu moins convaincu dans l’ensemble, juge qu’une “grande partie du film a un air de déjà-vu car l’intrigue du retour au bercail et de la confrontation aux secrets de famille est devenue l’un des thèmes les plus éculés du cinéma promu par les festivals”. Le journal estime qu’il pêche un peu “lorsqu’il cède à la tentation d’un commentaire politique trop direct sur le conservatisme, la corruption et la répression en Tunisie, ainsi qu’à la glorification de l’Europe et, en particulier, de l’ouverture de la France” sur les sujets de société. Reste que le film s’empare d’un sujet rarement porté à l’écran en Tunisie, un pays où des associations LGBTQI ont vu le jour dans le sillage de la révolution de 2011 et luttent encore pour une dépénalisation de l’homosexualité. Courrier international est partenaire de ce film. Oumeïma Nechi Cinéma Afrique Homophobie Nos lecteurs ont lu aussi États-Unis. 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