● Courrier International
📅 21/04/2026 à 17:42
La Russie continue de fabriquer des armes chimiques en secret, révèle une enquête
Géopolitique
Image montrant une femme qui effectue des prélèvements, issue de la vidéo d’enquête de “Proekt” sur les laboratoires du poison. Capture d’écran de la vidéo d’enquête du média indépendant russe “Proekt” publiée sur sa chaîne YouTube. Officiellement, la Russie a renoncé à l’arme chimique. Dans les faits, relève Proekt, les compétences, les chercheurs et les infrastructures n’ont jamais disparu, ils ont juste changé la forme. L’enquête du média d’investigation indépendant russe cartographie une nébuleuse de cinq instituts comptant plus de 3 500 salariés, impliqués, à des degrés divers, dans la recherche, la production, l’expérimentation et la gestion de substances hautement toxiques. Proekt aurait obtenu les listes d’employés d’instituts scientifiques russes “impliqués dans le programme de développement d’armes chimiques”. Les journalistes ont ensuite épluché des archives et des centaines de noms, retracé des carrières, comparé des travaux de recherche, reconstitué les liens entre établissements en question, puis soumis leurs conclusions à des toxicologues et biologistes indépendants sous le couvert de l’anonymat. À lire aussi : Enquête. Navalny a été empoisonné en prison, selon une enquête internationale Au cœur de ce dispositif figure le GosNIIOKhT, l’Institut d’État de recherche en chimie organique et technologie, fort d’environ 700 employés. C’est là que, dans les années soviétiques, l’Institut développe des agents neurotoxiques de nouvelle génération. Des substances qui ont surtout été révélées au grand public après l’empoisonnement de l’ancien agent du KGB Sergueï Skripal en Angleterre, en 2018, puis celui de l’opposant russe Alexeï Navalny en 2020. Depuis l’entrée en vigueur de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, l’institut s’est reconverti dans la destruction de ces arsenaux. Pourtant, note Proekt, ses équipes continuent de travailler sur des composés toxiques, comme l’épibatidine, neurotoxique naturel issu de grenouilles d’Équateur et du Pérou, extrêmement puissant et détecté selon les autorités européennes dans les prélèvements biologiques de Navalny, mort le 16 février 2024. À lire aussi : Russie. Même mort, Alexeï Navalny continue d’être une menace aux yeux de Moscou Or, explique Proekt, ce produit a été étudié par une société privée, dont les auteurs des publications sont en réalité presque tous liés au centre scientifique Signal à Moscou, regroupant environ 500 collaborateurs. Selon les experts consultés par Proekt, Signal serait capable d’assurer un “cycle complet” : synthèse de substances toxiques, mise au point de leur mode de diffusion, expérimentation sur animaux. L’héritage soviétique Certaines équipes y travaillent sur la “nanoencapsulation”, technique qui permettrait de “retarder l’action d’un poison et d’en masquer l’usage”. D’autres étudient“la prédisposition génétique à certains toxiques”, autrement dit “la manière dont différents organismes réagissent à une même substance”. À lire aussi : Russie. Selon la veuve d’Alexeï Navalny, des tests de laboratoire confirment qu’il aurait été empoisonné Autour de Signal gravitent trois autres piliers : le 27e Centre scientifique du ministère de la Défense, le 33e Institut central du ministère de la Défense, situé dans l’oblast de Saratov – ancien site de substances toxiques – ou encore l’Institut de médecine militaire de Saint-Pétersbourg. De nombreux chercheurs passent d’une structure à l’autre, et une grande partie de leur travail reste classifiée. Proekt mentionne également des essais sur des “militaires volontaires” à l’Institut de médecine militaire, décrits en 2023 par son directeur Sergueï Tchapour. Des “soldats en service actif” sont notamment exposés à “des tirs d’artillerie à diverses distances”, afin de mesurer les effets physiologiques, neurologiques et cognitifs. À lire aussi : Enquête. Une arme chimique contre des manifestants ? La BBC accuse le pouvoir géorgien En février dernier, dans un communiqué, la France, le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas et l’Allemagne se sont dits “inquiets que la Russie n’ait pas détruit tout son arsenal chimique”, après l’enquête internationale sur la mort de Navalny. Courrier international Médecine Europe Nos lecteurs ont lu aussi Moyen-Orient. Pendant ce temps, la bande de Gaza “reste plongée dans la tragédie” Société. Date Drop, l’application de rencontre qui fait fureur chez les étudiants de Stanford Santé. Le microbiote intestinal pourrait révéler le risque de développer la maladie de Parkinson États-Unis. Kash Patel, un chef du FBI “instable” et dangereux Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? 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