● Silicon.fr Télécom 📅 21/04/2026 à 16:07

Apple tourne la page Tim Cook : 15 ans de croissance... et des ombres au tableau

Cybersécurité 👤 Clément Bohic
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Tim Cook à la tête d’Apple, c’est bientôt fini. John Termus – © Apple Favori pour lui succéder, John Termus, 50 ans, directeur de l’ingénierie matérielle, prendra bien le relais, le 1er septembre 2026. Il sera lui-même remplacé par Johny Srouji, artisan d’Apple Silicon, et nommé chief hardware officer. Ancien manager chez IBM et Compaq, Tim Cook avait rejoint l’entreprise en 1998, en tant que VP des opérations au niveau mondial. On lui doit notamment d’avoir réorganisé la supply chain du groupe. Promu COO en 2005, il en était devenu CEO en août 2011 après la démission de Steve Jobs, dont la santé s’aggravait (il décéderait le 5 octobre, à l’âge de 56 ans, atteint d’un cancer du pancréas). Lire aussi : iPhone 17e : le « cheval de Troie » à 599 $ En 15 ans, Apple a quasiment quadruplé son chiffre d’affaires. Tandis que sa valorisation a décuplé, dépassant les 4000 milliards de dollars. Pas sans ombres au tableau, néanmoins. En voici quelques-unes. Le lancement chaotique d’Apple Maps En octobre 2012, avec iOS 6, Apple remplace Google Maps par son propre outil de cartographie. Alimenté par des acquisitions de start-up et par un partenariat avec TomTom, il est malheureusement loin d’être au point : localisations erronées, rendus 3D incohérents, itinéraires fantaisistes… Assez pour qu’Apple s’excuse publiquement. Et finisse par congédier le responsable du produit (Richard Williamson, directeur des « services de plate-forme » iOS). Mais aussi Scott Forstall, directeur du développement logiciel pour iPhone et iPad. Eddy Cue, responsable des services Internet, avait repris Apple Maps. Tandis que Craig Federighi, chargé du développement logiciel pour Mac, avait vu ses responsabilités élargies à iOS. L’iPhone 6 et le « bendgate » En 2014, Apple lance les iPhone 6 et 6 Plus. Ce n'est qu'en 2016 qu'il admettra publiquement l'existence d'un défaut de conception rendant le châssis particulièrement susceptible de se déformer. Et avec lui, la carte mère, qui y est vissée. En 2018, dans le cadre d'une procédure judiciaire aux États-Unis, on apprendrait qu'Apple était au courant du risque avant même le lancement des produits. Des tests avaient démontré que les iPhone 6 et 6s avaient respectivement 3,3 et 7,2 fois plus de chances de plier que le 5s. Cette procédure concernait un autre défaut de fabrication. Surnommé « touch disease », il se manifestait par une dégradation progressive du contrôle tactile sur ces mêmes modèles. En cause, des soudures insuffisamment robustes qui finissaient par rompre le contact entre le contrôleur et la carte mère. Les déboires du clavier papillon Lire aussi : Apple et Google scellent une alliance stratégique majeure dans l'IA En 2015, Apple lance un MacBook 12 pouces aux touches particulièrement fines, mais dont la course est similaire à celle des claviers traditionnels. La conséquence de l'intégration d'un nouveau mécanisme, dit « papillon ». Il se révèle malheureusement très vulnérable aux poussières. La qualité de frappe en pâtit, entre lettres manquantes et saisies en double. Le problème ne sera globalement résolu qu'en 2018 avec la troisième génération du clavier papillon (une membrane élastique empêche la pénétration de poussières). Apple n'en admettra l'existence que cette année-là, sous la menace d'une class action, et lancera un programme de réparation. L'éphémère Touch Bar En 2016, Apple lance un MacBook Pro doté d'une barre OLED tactile au-dessus du clavier. Remplaçant les touches de fonction et la touche Échap, elle est contextuelle : ce qui s'y affiche dépend de la tâche en cours. Sujette à des problèmes de réactivité voire à des plantages, la Touch Bar n'a pas fait l'unanimité. À partir de 2021, Apple l'a fait disparaître de son catalogue. En 2019, il avait fait une première concession en réintroduisant une touche Échap physique (et en séparant le capteur Touch ID). Le « batterygate », sanctionné par la DGCCRF Début 2020, le parquet de Paris annonce qu'Apple a accepté de payer une amende de 25 M€ à l'issue d'une enquête DGCCRF. Dans le collimateur, deux mises à jour d'iOS (10.2.1 et 11.2) diffusées en 2017. Elles comportaient un dispositif de gestion dynamique de l'alimentation. Celui-ci pouvait, lorsque les batteries étaient anciennes, ralentir le fonctionnement des iPhone 6, SE et 7. Les utilisateurs n'en avaient pas été avertis. Lire aussi : Apple accélère la préparation de l'après Tim Cook Mis sous pression, Apple avait fini par reconnaître l'existence de ce dispositif, officiellement destiné à préserver le système des redémarrages inopinés lors de pics de charge. Il avait donné aux utilisateurs la possibilité de le désactiver. Puis ouvert, en 2018, un programme de remplacement des batteries. La DGCCRF a considéré qu'il s'agissait d'une pratique commerciale trompeuse par omission. Le Mac Pro format « poubelle », un redesign à oublier En 2013, le Mac Pro changeait de visage. Exit le format tour de la première génération, place au format cylindre, occupant 8 fois moins d'espace (25 cm de haut et 17 cm de diamètre). Problème : ce design limite les possibilités d'extension interne. En parallèle, Apple ne renouvellera quasiment pas la gamme, qui restera en Skylake. Il devra aussi assurer le SAV face à des problèmes de cartes graphiques, qu'il n'avait pas immédiatement reconnus. En 2017, Apple admet ne pas avoir su séduire avec ce produit. Deux ans plus tard, la troisième génération du Mac Pro sortira, à nouveau au format tour. Elle disparaîtra du catalogue en mars 2026, au profit du Mac Studio. Les espoirs déçus du casque Vision Pro Et si Safari était la « killer app » du Vision Pro ? Nous nous étions posé la question début 2024, à l'heure où allait démarrer la commercialisation de ce casque à près de 4000 €. Des doutes demeuraient effectivement sur l'ampleur de la logithèque. Apple lui-même n'entendait pas - tout du moins initialement - proposer de versions spécifiques de toutes ses applications. Certains éditeurs avaient par ailleurs refusé que leurs apps iPad soient accessibles sur Vision Pro (Google, Netflix et Spotify, par exemple), notamment sur fond de désaccord autour des politiques de commisionnement de l'App Store. Deux ans plus tard, le produit n'a pas crevé le plafond (390 000 unités vendues en 2024, d'après IDC). Le manque d'applications natives a joué. Mais le matériel aussi : port inconfortable (masse : 750 à 800 g), autonomie limitée (« jusqu'à 2 h 30 d'utilisation générale »), plage de couleurs et champ visuel limités, etc. Apple aurait largement réduit voire stoppé la production malgré l'annonce, en octobre 2025, d'une mise à niveau avec puce M5 et nouvelle sangle de tête. Il aurait aussi mis en pause son projet de casque Vision Air (pressenti pour 2027, avec un prix autour de 2000 €) au profit de travaux sur les lunettes connectées. Apple Intelligence n'a pas évolué comme prévu En juin 2024 était annoncée cette marque référente pour les services IA, notamment génératifs. Elle portait quantité de promesses, dont celles d'un « nouveau Siri ». Apple s'engageait à exploiter autant que possible des modèles locaux développés par ses soins. Et sinon, à prioriser les traitements sur des serveurs qu'il maîtriserait, avec ses propres puces et ses propres logiciels. Un partenariat était tout de même en place avec OpenAI. La perspective étant d'intégrer GPT-4o dans les outils de traitement de texte pour la partie création de contenu... et dans Siri, qui pourrait décider d'y faire appel pendant sa phase de transition. On comprit rapidement qu'Apple Intelligence allait être une épreuve de patience. Les fonctionnalités se sont diffusées très progressivement, comme la prise en charge linguistique. L'Union européenne n'en a pas systématiquement vu la couleur, faute de suffisamment de clarté au sujet des obligations du DMA (législation sur les marchés numériques). Fin 2025, en difficulté pour développer son « nouveau Siri », Apple a fini par annoncer un deal « contre nature » avec Google pour exploiter Gemini. Montant : 1 Md$ par an. Le DMA, déjà trois ans de combat En 2022, pour encadrer les grandes plates-formes technologiques, l'UE adoptait le DMA. Entré en vigueur en mai 2023, impose pas mal de changements dans l'écosystème Apple. Depuis la première heure, l'entreprise critique ouvertement ce règlement. Il lui a déjà valu un demi-milliard d'euros d'amende, au nom des restrictions techniques et commerciales ayant empêché les développeurs tiers de réorienter les utilisateurs en dehors de l'App Store. Progressivement, néanmoins, Apple a lâche du lest : possibilité d'installer des marketplaces tierces, de supprimer des applications préchargées, de modifier le navigateur par défaut, d'exploiter d'autres moteurs de rendu que WebKit... Il rechigne davantage à respecter les instructions d'interopérabilité que lui a communiquées la Commission européenne. Dans les grandes lignes, il lui incombe de garantir, sur les produits et services tiers, le même niveau de fonctionnalité que sur ses propres appareils connectés (nommément, Apple Watch, AirPods et Vision Pro). Cela implique potentiellement d'ouvrir une foule de technologies, du duo AirDrop-AirPlay au NFC en passant par les notifications, l'exécution en arrière-plan et la connexion automatique aux réseaux Wi-Fi. Face à ces exigences, Apple brandit l'argument de la confidentialité. Il dit craindre des abus de la part d'entreprises dont les pratiques data « ne sont pas au niveau de ce que les utilisateurs sont en droit d'attendre ». Il est allé jusqu'à solliciter l'abrogation du DMA dans le cadre de la première révision du texte par l'exécif européen. Puis à former un recours contre les desiderata de Bruxelles en matière d'interopérabilité. Illustrations © Apple
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