● Courrier International 📅 21/04/2026 à 15:52

Ces hommes qui sont prêts à tout pour doper leurs spermatozoïdes

Géopolitique
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Alors qu’un couple sur huit rencontre des difficultés à concevoir un enfant, de plus en plus d’hommes essaient d’améliorer la qualité de leur sperme, résume le site américain “The Cut”. Sauf qu’une partie des discours sur la crise de la fertilité masculine est portée par des masculinistes qui colportent des informations au mieux erronées, et au pire dangereuses. DESSIN DE MARTIRENA, CUBA Santé. Ces hommes qui sont prêts à tout pour doper leurs spermatozoïdes 21 avril 2026 Depuis un an, Ashton Pienaar “s’est donné pour mission d’améliorer son sperme”, raconte le site d’information américain The Cut. Deux fois par semaine, la journée de ce trentenaire américain commence par deux petites piqûres de peptides dans les fesses, censées stimuler la production de spermatozoïdes. À cela s’ajoute une vingtaine de compléments alimentaires quotidiens, du jus d’ananas et… des caleçons munis d’une petite poche spéciale lui permettant d’y glisser de la glace, histoire de garder ses testicules au frais pendant qu’il répond à ses courriels. “Persuadés que nous sommes en pleine crise d’infertilité masculine, ils sont prêts à tout pour doper leur nombre de spermatozoïdes”, résume le site américain. Et, factuellement, on estime qu’“un couple sur huit est confronté à l’infertilité, et que dans plus de la moitié des cas, des facteurs masculins sont en cause”, rappelle The Cut. Avant, il arrivait à Ashton Pienaar de glisser son téléphone dans la poche avant de son pantalon. Aujourd’hui, il s’en éloigne le plus possible, a acheté un bloqueur de champs électromagnétiques (un autocollant à coller au dos du téléphone censé protéger des émissions nocives), et ne dort pas dans la même pièce que son portable. PHOTO DOLLY FAIBYSHEV/THE NEW YORK TIMES Parmi les causes pouvant affecter la fertilité masculine, les experts citent l’obésité, le tabagisme, la consommation de cannabis ainsi que la consommation excessive d’alcool. De son côté, Ashton évite aussi les aérosols et le liquide vaisselle, qu’il juge riches en perturbateurs endocriniens. D’autres hommes proscrivent les saunas, les douches chaudes et les boxers en polyester. “Je pense quejusque-là, les hommeséchappaient à tout ça.L’attitude était désinvolte,parce que les spermatozoïdesse comptent par millions :il y avait cette idéeque l’homme pouvait agircomme bon lui semblait,sans conséquences.” Sheeva Talebian, endocrinologue spécialiste de la procréation au centre CCRM de New York, au site américain The Cut On aurait plutôt envie de se réjouir à l’idée que les hommes se sentent enfin un peu concernés par la reproduction. Mais le souci, c’est qu’il est encore surtout question de performance, dopée par des discours masculinistes en ligne. Reformulons : il s’agit surtout de regarder qui a le plus gros… nombre de spermatozoïdes. Littéralement : en avril 2025, une start-up américaine, la bien nommée Sperm Race, a levé plus de 1,5 million de dollars pour orchestrer une course de spermatozoïdes au Hollywood Palladium de Los Angeles. Oui, on a les images. Les gamètes se sont affrontés sur “une piste de course de 20 centimètres de large, conçue pour imiter l’appareil reproducteur féminin et présentant des ‘signaux chimiques, une dynamique des fluides et des expulsions synchronisées’”, raconte le quotidien espagnol El País. Flairant un marché émergent, les marques de compléments alimentaires ont développé des gammes de vitamines spéciales fertilité destinées aux hommes. Qui dit angoisse dit business : “Samantha Diamond, PDG de Bird & Be, vend un kit pour la fertilité masculine à 63 dollars [54 euros]”, constate le site américain “The Cut”. Swim Club, une autre marque de compléments, prétend “améliorer tous les paramètres spermatiques en seulement deux semaines” pour la modique somme de 135 dollars [114 euros] par mois. PHOTO ALEX SEGRE/ALAMY STOCK/REUTERS Mais ces discours sur la fertilité tenus par la manosphère ne s’arrêtent pas là. “Si tu ne bandes pas au réveil, il est très probable que ton niveau de testostérone soit faible”, affirme un influenceur suivi par plus de 100 000 personnes sur TikTok, note le journal britannique The Guardian. Résultat : de plus en plus de jeunes hommes se soumettent à des analyses afin d’évaluer leur taux de testostérone. “Cette situation renforceun modèle étriquéet idéalisé de la virilité,tout en marginalisantles expressions de genrenon traditionnelles et plurielles.” La chercheuse Emma Grundtvig Gram au quotidien britannique The Guardian Interviewé par “The Guardian”, Oliver Jones, professeur de chimie à l’université de Melbourne, explique qu’un simple test de testostérone, en supposant qu’il soit précis, ne peut “au mieux que vous indiquer la concentration de testostérone dans votre sang au moment où vous avez effectué le test”. PHOTO MAANSI SRIVASTAVA/THE NEW YORK TIMES “Même si le dépistage d’un déficit en testostérone ne se justifie pas médicalement chez la plupart des jeunes hommes, ce groupe est la cible en ligne de campagnes agressives d’influenceurs et du secteur du bien-être encourageant des tests et des traitements hormonaux qualifiés d’essentiels pour être ‘un homme, un vrai’, d’après une étude parue dans la revue Social Science & Medicine”, note le quotidien britannique. “On ne peut pas diagnostiquer une maladie à partir d’une seule donnée”, rappelle Oliver Jones au quotidien britannique “The Guardian”. PHOTO DIMITAR GLAVINOV/ALAMY STOCK/REUTERS Enfin, “on se procure aisément de la testostérone sur le marché noir, sur Internet ou dans les clubs de sport”, rappelle Ada Cheung, endocrinologue à l’université de Melbourne. Sauf que prendre de la testostérone alors que ce n’est pas nécessaire expose à des effets secondaires parmi lesquels… l’infertilité. La boucle est bouclée.— Éloïse Duval À lire aussi : Sciences. L’homme des cavernes carnivore est un mythe À lire aussi : Réseaux sociaux. Chez les masculinistes, c’est à qui se fera le plus mâle À lire aussi : États-Unis. Du foie de veau dans les smoothies, une trend qui prend aux tripes
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