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📅 21/04/2026 à 15:00
Critique Michael : le mythe Jackson enfermé dans un biopic juke-box sans âme ni vision
Data Science
👤 Thibaud Gomès-Léal
4 Commenter Présentation Elton John (Rocketman, Bob Marley (One Love), Bob Dylan (Un parfait inconnu), Amy Winehouse (Back to Black)... Longue est la liste des musiciens ayant été le sujet d'un biopic. Cet exercice qui est bien souvent la consécration cinématographique d'un artiste exceptionnel n'avait pourtant encore jamais pris l'importantissime et iconique Michael Jackson comme sujet.Un manque aujourd'hui réparé avec le film Michael, en salles ce 22 avril. Un biopic entre entretien du mythe et réécriture douteuse qui ne rent pourtant pas justice à l'immense artiste qu'était "le roi de la pop". Voici notre critique du film, garantie sans spoilers. À lire également : Avengers, L'Odyssée, Toy Story 5, Dune 3… Les 20 films les plus attendus en 2026 L'histoire du filmLe portrait cinématographique de la vie et de l’héritage de l’un des artistes les plus influents de notre époque. L'histoire de Michael Jackson au-delà de la musique, depuis la découverte d’un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu’à l’artiste visionnaire dont l’ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde.Jaafar Jackson interprète le King of Pop.© Universal Pictures / LionsgateNotre critiqueL'impact de Michael Jackson sur la musique est incommensurable. Des Jackson Five dans les années 60 à Bad en 1987 et au-delà, en passant par ses premiers disques solos dans les 70s et bien sûr l'historique Thriller en 1982 (album toujours le plus vendu de tous les temps), son empreinte est indélébile.En plus d'un artiste hors-pair, il est aussi une personnalité unique : un enfant battu par son père qui n'a jamais vraiment voulu grandir, bercé par l'histoire de Peter Pan, avant d'être lui-même accusé d'abus sexuels. Une figure qui méritait donc un film à la hauteur de sa complexité. Une mission que rate tristement ce biopic, et dans les grandes largeurs.Le film retrace le parcours de Michael Jackson de son enfance jusqu'à la fin des années 80.© Universal Pictures / LionsgateLes bruits de couloir entourant le projet depuis plusieurs mois n'étaient déjà pas rassurants. Une première version du film qui abordait frontalement les abus sexuels, avait ainsi été visiblement bloquée pour des raisons légales, ce qui a obligé à de couteux reshoots (estimés à 15 millions de dollars) et à revoir la structure du long-métrage.Le résultat ? Un biopic sans spécificité aucune, juste là pour entretenir le mythe et renouveler les royalties des ayants-droits. Ce sentiment de gâchis débute dès les premières secondes d'une banalité affligeante, qui reprennent l'arrivée sur scène de Freddie Mercury dans le douteux Bohemian Rhapsody sorti en 2018 (produit d'ailleurs par le même Graham King), et qui semble ici servir de modèle.Colman Domingo incarne Joe Jackson, le patriarche.© Universal Pictures / LionsgateLe film égrène ainsi, de 1966 à la fin des années 80, le récit de la vie de Michael Jackson réduite à sa plus simple expression, comme sortie tout droit d'une page Wikipedia. Le patriarche Joe Jackson agit comme le grand antagoniste d'une histoire qui esquisse mille pistes inabouties (l'artiste éternel enfant, sa dysmorphophobie...) sans prendre le risque de raconter quelque chose. Et surtout pas décrypter ce qui a fait de Michael Jackson la légende qu'il est.Vous étiez curieux de savoir comment Jackson avait conçu son art et révolutionné la musique ? Il faudra repasser. La création artistique en elle-même est réduite au strict minimum : on voit Jackson chantonner deux accords et griffonner trois paroles sur un calepin, et les grandes rencontres de la carrière du chanteur - Berry Gordy, Quincy Jones, Diana Ross... - ont le droit à une poignée de minutes tout au plus.La création musicale en elle-même a très peu de place dans le film.© Universal Pictures / LionsgateLe long-métrage fera rager sans doute les fans et les mélomanes, qui verront les compromis et les omissions évidentes. Les spectateurs les plus jeunes ou le grand public se laisseront prendre par un film juke-box qui reste diablement efficace et qui enchaîne les hits du chanteur comme une playlist Spotify. Et ce n'est pas la mise en scène inexistante d'Antoine Fuqua qui viendrait donner une dimension quelconque à l'ensemble.Dans ce gâchis, on sauve malgré tout la puissance indéniable des musiques et les performances de Colman Domingo (en Joe Jackson) et de Jaafar Jackson, neveu du chanteur, qui se débrouille dans son tout premier rôle au cinéma. Mais là où ce Michael aurait enfin pu éclairer les zones d'ombre d'une personnalité sans pareille, il préfère être un un biopic purement opportuniste et un produit sans aspérité et sans intérêt. Un crime de lèse-majesté pour un artiste tel que Michael Jackson.Michael sort au cinéma le 22 avril 2026. Regardez la bande-annonce du film : Publicité, votre contenu continue ci-dessous Publicité Conclusion Note de la rédaction Comment fonctionne la notation ? Michael n'est malheureusement ni le portrait de l'artiste complexe attendu, ni le grand film sur l'un des musiciens les plus importants du XXe siècle qu'on pouvait espérer. En voulant protéger le mythe, le film n'offre qu'une proposition aseptisée à l'extrême et parfois même malhonnête. Si la performance de Jaafar Jackson, la trajectoire dramatique du chanteur et les tubes iconiques séduiront assurément le public, le "King of Pop" méritait bien plus que ce biopic sans éclat. Lire la suite
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