● BFM Tech 📅 21/04/2026 à 10:09

Aux confins de l’espace, Voyager 1 est en sursis: pour prolonger son périple de près d'un demi-siècle, la Nasa sacrifie un nouvel instrument de mesure

Géopolitique
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Près de cinquante ans après son lancement, la sonde de la Nasa, Voyager 1, continue de transmettre des données depuis l’espace interstellaire. Mais l’épuisement progressif de son énergie oblige les ingénieurs à désactiver, un à un, ses instruments scientifiques. L'objectif? Prolonger coûte que coûte cette mission... initialement prévue pour cinq ans.Le message a mis près de vingt-trois heures à traverser l’espace. Le 17 avril, les ingénieurs de la NASA ont désactivé à distance l’un des instruments scientifiques de Voyager 1, rapporte NPR.Près d’un demi-siècle après son lancement, l'engin continue de transmettre des données depuis l’espace, à plus de 25 milliards de kilomètres de la Terre. Mais son déclin énergétique, anticipé de longue date, impose désormais des choix progressifs. Il faut éteindre des instruments pour prolonger, encore un peu, la mission de la sonde la plus lointaine jamais envoyée.Une mission conçue pour durer cinq ansConstruit en à peine cinq ans dans les laboratoires du Jet Propulsion Laboratory, sous la houlette du California Institute of Technology, l’engin de 815 kilos devait initialement survoler Jupiter et Saturne avant de s’éteindre.Mais l’histoire en a décidé autrement. Il faut dire qu'à la fin des années 1960, les planètes extérieures (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) s'alignent de façon exceptionnelle. Un phénomène qui ne se reproduirait pas avant environ 175 ans. Les ingénieurs le savent: c'est l'occasion idéale pour envoyer une sonde observer les planètes géantes en misant sur l'"assistance gravitationnelle", une technique qui consiste à utiliser la gravité d'un astre pour gagner de la vitesse sans consommer de carburant.Artémis 2 : 53 ans après Apollo 11, comment cette mission relance-t-elle la course à la lune ? 19:12Alors le 5 septembre 1977, c'est le grand jour. La sonde Voyager 1, pas plus grande qu'une berline, s'élance à la conquète de l'espace depuis Cap Canaveral. Elle embarque des instruments destinés à fonctionner cinq ans. Une durée idéale pour observer les planètes géantes.Le projet initial, baptisé "Grand Tour", a été revu à la baisse pour des raisons budgétaires. Le programme Voyager se concentre finalement sur l’exploration de Jupiter et de Saturne, tout en conservant la possibilité d’une extension.Sortie de routeEn mars 1979, Voyager 1 survole Jupiter et observe pour la première fois une activité volcanique en dehors de la Terre, sur le satellite Io. L’année suivante, elle atteint Saturne et fournit des images détaillées de ses anneaux et de sa lune Titan.Ce dernier survol modifie sa trajectoire. En passant trop proche de Titan, la sonde est déviée hors du plan du système solaire. Sa mission planétaire est terminée. Mais sa trajectoire interstellaire, elle, ne fait que commencer. Son nouvel objectif? Atteindre et étudier la limite de l'influence du Soleil et l'espace au-delà.En août 2012, elle franchit l’héliopause, la frontière où le vent solaire laisse place à l'espace interstellaire. Voyager 1 devient alors le premier objet fabriqué par l’homme à pénétrer dans l’espace interstellaire. Sa jumelle, Voyager 2, la rejoint six ans plus tard. Car oui, près de 50 ans après son lancement, Voyager 1 est toujours en activité. Pas mal pour un dispositif conçu pour une mission de cinq ans."Atteindre l'espace intersteillaire, c'est quelque chose que nous espérions tous quand nous avons commencé il y a 40 ans. Mais personne ne pouvait prédire que ces machines spatiales dureraient aussi longtemps", expliquait en 2017 Ed Stone, un scientifique membre du projet Voyager, sur le plateau de BFMTV.Le cœur de cette longévité ne tient pas à l'énergie solaire, bien trop faible à cette distance du Soleil mais à des générateurs thermoélectriques à radio-isotopes. Ce dispositif convertit la chaleur dégagée par la désintégration du plutonium en électricité. Mais l'énergie qu'ils dégagent diminue de 4 watts par an. Pas de panneaux solaires, pas de recharge possible. Juste une lente extinction programmée qui, après près d'un demi-siècle, commence à devenir critique.Désactiver pour prolongerCette contrainte impose une gestion rigoureuse des ressources. Fin février, une chute brutale de puissance a failli déclencher un arrêt automatique du système, obligeant les équipes à intervenir rapidement. Les ingénieurs ont donc choisi de sacrifier un instrument pour la mission.Le 17 avril dernier, c'est donc le LECP (Low-Energy Charged Particles), un outil chargé d'étudier les ions, les électrons et les autres rayons cosmiques du système solaire et de l’espace interstellaire, qui a été désactivé. Un outil précieux, mais devenu trop coûteux en énergie. Son homologue sur Voyager 2 a été désactivé en mars 2025."Bien que l'arrêt d'un instrument scientifique ne soit jamais souhaitable, c'est la meilleure option", a reconnu Kareem Badaruddin, responsable de la mission au JPL, dans un article de blog de la Nasa.L'équation est désormais simple: chaque watt compte. Pour sauver la mission, les ingénieurs arrêtent donc progressivement les équipements les plus énergivores. Le LECP est donc le 8e instrument à être débranché. Selon la Nasa, cette configuration pourrait permettre de prolonger la mission d’environ un an. De cette façon Voyageur pourrait fêter ses 50 ans dans l'espace.Il reste aujourd’hui deux instruments actifs à bord de Voyager 1. L'un mesure les ondes de plasma, l’autre les champs magnétiques. Ensemble, ils continuent de sonder un territoire que rien ni personne n’avait exploré.Maintenir un signal jusqu’aux années 2030En coulisses, les ingénieurs travaillent également sur un plan de reconfiguration plus ambitieux, surnommé "Big Bang". Il consiste à remplacer certains systèmes très anciens par des alternatives moins gourmandes en énergie dans l’espoir de prolonger encore la durée de vie des sondes.Si les tests sur Voyager 2, prévus en mai et juin 2026, se déroulent bien, la même procédure sera tentée sur Voyager 1 au plus tôt en juillet. De quoi offrir un sursis supplémentaire à la sonde, voire, hypothèse infime, ressusciter certains instruments.Les ingénieurs espèrent maintenir au moins un instrument opérationnel sur chaque engin spatial jusque dans les années 2030. En d'autres termes, prolonger, autant que possible, cette voix ténue venue de l’obscurité.Dans cet espace où aucune mission ne s’est encore aventurée, Voyager 1 continue ainsi de fournir des mesures inédites. Pour le moment, elle continue de foncer (vers l'infini et au-delà) à une vitesse de 17 km/s. Une présence scientifique minimale mais irremplaçable aux marges du système solaire.Les plus lusUne Canadienne tuée dans une fusillade sur un site archéologique au Mexique, quatre autres personnes blesséesUn traceur bluetooth, une carte postale et deux timbres: comment un gadget à 5 euros a permis de suivre un navire de guerre qui escortait le porte-avions Charles de Gaulle en MéditerranéeLe roi Charles III rend hommage à Elizabeth II, sa "chère maman" et une reine "entièrement dévouée" qui aurait eu 100 ans cette année"On a vraiment merdé": primaire à gauche, municipales... Marine Tondelier remise en cause par ses opposants internesUn trophée de prestige pour Victor Wembanyama: le géant des San Antonio Spurs élu meilleur défenseur de l’année en NBA à l'unanimité
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